Un siècle de prévention santé aux Archives Nationales de Pierrefitte

Un siècle de prévention santé aux Archives Nationales de Pierrefitte
Exposition
  • Jusqu’au 1er février 2027, retrouvez l'exposition « A Votre Santé ! » sur les murs des Archives Nationales de Pierrefitte.
  • Tuberculose, tabac, alcool, nutrition, VIH-Sida, on y remonte le temps au fil des nombreuses affiches lancées pour sensibiliser la population française.
  • Nous avons choisi de vous en détailler 5, tirées des fonds des Archives Nationales.

« Tu t’es vu quand t’as bu ? » « Le Sida ne passera pas par moi », « Cinq fruits et légumes par jour » Autant de slogans et d’affiches qui renvoient à des époques, mais aussi à des campagnes de santé impactantes. Jusqu’au 1er février prochain, les Archives Nationales de Pierrefitte proposent « A Votre Santé ! », une expo revenant sur les grandes campagnes menées en France de 1902 à 2002 en matière de santé. Pourquoi 1902 ? « Cela correspond au premier grand acte d’Etat proposant un vaccin contre la variole. C’est aussi la date du premier film d’éducation sanitaire sur la lutte contre l’alcoolisme », explique Christian Bonah, co-commissaire de cette exposition riche en couleurs.

Et ce professeur en histoire de la santé à l’université de Strasbourg de détailler trois grandes phases dans la manière dont ont été pensées les campagnes de prévention : « De 1902 à grosso modo 1968, il y a une connotation hygiéniste et moralisatrice dans l’approche de la santé. Ensuite, avec la création du CFES – le Comité français d’Education pour la Santé – on change d’échelle pour des campagnes qui empruntent aussi aux codes de la pub. Avec l’arrivée de l’épidémie de Sida à partir de 1980, le patient devient encore plus central, il y a cette notion de faire avec, après que l’Etat a un peu tardé à saisir l’ampleur du phénomène ».

Proposant beaucoup de textes, l’exposition a en tout cas le mérite de poser des questions qui restent d’actualité comme : Qu’est-ce qu’une bonne campagne de santé ? Jusqu’où une démocratie peut-elle intervenir dans la vie des gens ? Comment passer les bons messages à l’ère des réseaux sociaux ? Pour rendre l’expo plus palpable, nous avons choisi de nous concentrer sur 5 affiches, assez symboliques d’un siècle de prévention santé.

  • Qu’est-ce que la PMI ?

Difficile de faire l’économie de cette affiche, tant elle résume aussi l’histoire du Département de la Seine-Saint-Denis. Si, comme l’explique l’affiche, la Protection Infantile et maternelle est née le 2 novembre 1945, elle a été largement développée par les collectivités territoriales des banlieues, en particulier la banlieue rouge. Pesée et auscultation du petit enfant, suivi vaccinal, consultations pré-avortement, on y traite de tout ce qui concerne la santé de la mère et de l’enfant avant 6 ans. En Seine-Saint-Denis, le réseau créé par l’ancienne résistante et médecin Jacqueline de Chambrun reste particulièrement actif, avec 117 PMI gérées directement par le Département.

  • Vos dents sont vivantes, pensez à les brosser !

Au sujet de cette campagne des années 1970, Marc Danzon, ancien président du CFES, association chargée par l’Etat à partir de 1972 (et jusqu’en 2002) de penser les campagnes de prévention nationales, a une bonne anecdote : « Pour cette campagne, notre chef nous avait dit : là, pas besoin d’études préalables. On met « Brossez-vous les dents ! » et voilà. Mais on a quand même insisté sur la nécessité de faire une étude d’opinion préventive. Et même les dentistes sont tombés des nues quand ils ont vu les résultats : il ressortait de ce sondage que beaucoup de gens pensaient que les dents étaient une manière inerte et juste une question esthétique. C’est pour ça qu’on a réorienté la campagne vers le slogan : Vos dents sont vivantes » Là encore, c’est un sujet qui résonne avec les actions santé de la Seine-Saint-Denis qui, depuis 1985, possède un service d’hygiène bucco-dentaire. Soit des dentistes qui sillonnent le département pour faire de la prévention auprès des enfants des maternelles et des personnes âgées dans les EHPAD.

  • Fumer, c’est pas ma nature !

De toutes les campagnes menées par le CFES à partir des années 1970, c’est sans doute la sensibilisation contre le tabac qui a le plus marqué les équipes de prévention. « Avec la loi anti-tabac de Simone Veil de 1976, on est passé de l’artisanat au professionalisme », se rappelle Marc Danzon, ancien président du CFES. Et l’affiche mettant en scène un cow-boy sans clope au bec au milieu des grands espaces est particulièrement bien vue. « Petit à petit, les campagnes vont s’attacher à déconstruire les mythologies véhiculées par les marchands de tabac, explique Lucile Douchin, co-commissaire de l’exposition, dans une France où, rappelons-le, 46% des adultes fumaient. » (aujourd’hui, on estime cette part à 25%). Mais Marc Danzon se garde bien d’être bercé par la chaleur du souvenir : « la première véritable campagne anti-tabac du CFES, c’est 1,4 millions de francs. Mais au même moment, la SEITA – Syndicat d’Exploitation Industrielle des Tabacs – c’est 140 millions de francs en budget pub… Ca dit tout de leur force de frappe »

  • Un verre, ça va, 3 verres, bonjour les dégâts !

Quasi portée disparue depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, la prévention contre l’alcool et ses dangers refait surface avec cette campagne de 1984, entrée dans le langage populaire. Le fait qu’elle soit illustrée par le dessinateur Cabu et son grand Duduche ajoute encore à la tendresse que peut susciter aujourd’hui une telle campagne. Lui succédera le plus offensif « Tu t’es vu quand t’as bu », qui joue sur la culpabilisation.

 

  • Le sida, il ne passera pas par moi

1987, c’est la date de ce slogan qui reste forcément dans les têtes de la jeunesse de l’époque. Mais par rapport à une épidémie qui a commencé à s’étendre en 1980-81, force est de constater que les pouvoirs publics ont beaucoup de retard à l’allumage. Nathan Kraemer, doctorant en histoire de la santé à l’université de Strasbourg, livre en partie l’explication de ce retard: « Pour ce qui est des contaminations par la voie sexuelle, le fait qu’on n’ait pas pu faire de pub pendant tout un temps autour du préservatif a été très dommageable. Cela s’explique par un verrou : la loi Neuwirth de 1969 interdisait toute communication autour de la sexualité et des Maladies Sexuellement Transmissibles au nom des bonnes mœurs. Or, ce n’est qu’en 1986, avec l’action de la ministre Michèle Barzach, que ce verrou sautera. » Un point positif tout de même : bousculés par des associations très militantes (Aides, Act up), la puissance publique a été forcée de replacer le vécu des patients au centre du jeu. Ce qui débouchera notamment sur la loi Kouchner de 2002 qui rend obligatoire le consentement des patients dans les soins reçus.

Christophe Lehousse

Photos: ©Marie-Pierre Dieterlé

– Archives Nationales de Pierrefitte, 59 rue Guynemer

Entrée gratuite, du Lundi au samedi, de 9h à 16h45

 

 

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