Des clowns au collège
- 266 projets Culture et Art au Collège (CAC) ont eu lieu l’an dernier dans les collèges de Seine-Saint-Denis, impliquant plus de 6 000 élèves et leurs professeur·es.
- À Bagnolet, l’école de clown du Samovar a animé, dans ce cadre, des ateliers au collège Politzer.
Comment passer d’une salle de cours à un atelier clown ? En se retrouvant dans leur gymnase, des élèves d’une classe de 3e mettent quelques minutes à sauter le pas. Anouk l’intervenante du Samovar, l’école de clown de Bagnolet, les invite à « se lancer dans le cercle… » Après un moment d’hésitation, un garçon se détache du groupe. Un autre le suit en reproduisant la démarche du premier tout en apportant un geste personnel. C’est ainsi que démarre l’échauffement des corps. Un troisième lui emboîte le pas. « Change ta proposition, c’est pareil. Essaie des petits pas, des grands pas. Très bien ! » encourage Anouk.
Rapidement arrive le travail sur les émotions. « En musique, vous travaillez une gamme en musique, des notes. En clown, c’est pareil. On dit qu’il y a sept gammes. Essayez de faire la colère « sans parler »… La joie ! » Les ados rient, se mettent à sautiller en faisant le signe de JUL avec leurs doigts. « La peur puis une petite joie. L’idée est de passer de l’un à l’autre. Ce n’est pas grave si ce n’est pas réaliste. »
Anouk associe une indication de puissance aux différentes émotions : « Vous allez faire la colère à 7… La tristesse à 1… Le dégoût à 100 ! » Les élèves se mettent à tordre leur bouche, à gémir. Leurs cris montent en puissance pour se transformer en hurlement, en toux grasse. Leurs mains crispées maintiennent leur cou, écrasent leur estomac. Leur énergie emplit le gymnase. Le dégoût est partout.

Atelier dans le gymnase du collège Politzer pour cette classe de 3e à horaires aménagés musique, avec la participation active de leur professeur de sport Justin Ruer.

Oser l’exagération
Un groupe interprète des personnages complètement perdus mais soudés. « Épaule contre épaule. Bien serrés. Bien fluide. Les yeux grands ouverts vous regardez tous vos téléphones imaginaires. Là, vous n’êtes pas assez serrés » lance Anouk.
Au fur et à mesure que l’atelier avance, on voit plus distinctement un apprenti-clown éplucher des patates (sans pommes de terre), une autre faire sauter des légumes à la poêle, sans aucun accessoire. « Exagérez vos gestes. Fais le chef cuistot qui goûte ou la cantinière qui lève sa louche » suggère Justin Ruer, le professeur d’EPS. « Le plus important dans le clown est d’être connecté au public, de le laisser voir ce que vous vivez. explique Anouk. Régulièrement, il faut que vous regardiez le public. C’est ça qui va faire rire. »
D’une rive à l’autre
Le projet tourné vers la Méditerranée a été enrichi par des visites interculturelles notamment à l’Institut du monde arabe pour l’exposition « Captifs. Arts et esclavage dans la Méditerranée moderne » et au Cin’Hoche (cinéma de Bagnolet) pour voir le film espagnol L’être aimé. Ismail Erahhali, Prix du Jury en 2023 du Festival des Clowns, Burlesques et Excentriques, encadrait ces ateliers qui incluait aussi du jonglage, des portés acrobatiques, des prises de parole et des moments de chants. Celui qui vit une grande partie de l’année au Maroc raconte que lors de la représentation finale, dans la grande salle du Samovar, en présence des parents il n’y avait ni Auguste, ni clown blanc sur scène mais un collectif de jeunes gens, tendres, optimistes, à l’unisson : « À leur initiative justement à la fin du spectacle, les élèves ont chanté A vava inouva, en amazigh, une langue parlée en Tunisie, au Maroc, en Algérie… c’était un moment touchant. Le prof et moi, on avait les poils… »

Représentation dans la grande salle du Samovar, le 11 juin dernier en présence des parents d’éléves

Anouk Tricheur alias Clowne Krokette et Ismail Erahhali du Samovar.
L’avis de Dominique Dellac
«
En offrant aux élèves des collèges et à leurs enseignants de travailler avec des artistes dans le cadre de très nombreux parcours Culture et Art au Collège, le Département agit concrètement pour nourrir leur curiosité, affuter leur esprit critique et leur donner confiance dans leurs capacités. La Seine-Saint-Denis a fait un choix : investir dans notre jeunesse, dans son intelligence, sa créativité, son émancipation. Ici, l’éducation artistique et culturelle n’est pas une variable d’ajustement. Elle est une priorité politique quand les choix budgétaires et idéologiques des politiques nationales fragilisent toujours davantage les services publics de l’éducation et de la culture. »
Dominique Dellac (Vice-présidente chargée du patrimoine culturel, de la mémoire, du tourisme et de l’éducation artistique et culturelle)