Protéger les seniors et les personnes en situation de handicap

Protéger les seniors et les personnes en situation de handicap
Bientraitance
  • Plus de 200 professionnel·les ont assisté le 19 juin à un colloque départemental contre la maltraitance des aîné·es et des personnes handicapées à Bobigny.
  • Les participant·es ont exposé les dispositifs instaurés afin de protéger les citoyen·nes en perte d'autonomie victimes de violences.
  • Isma Zalambani, du Pôle Solidarité du Département nous présente un nouvel outil d'auto-évaluation pour repérer et agir contre les maltraitances.

Portrait d'Isma Zalambani, responsable du Pôle Bientraitance, Aidants et Lien SocialQuel état des lieux dressez-vous des maltraitances subies par les seniors et les personnes en situation de handicap en Seine-Saint-Denis ?

En 2025, 702 situations de violences physiques ou psychologiques ont été signalées par les particuliers ou les professionnel·les médico-sociaux·ales et recensées par les services départementaux. En étudiant le bilan de l’an dernier, on constate que les signalements concernent davantage les seniors que les personnes en situation de handicap, les maltraitances étant plutôt repérées à domicile. A l’inverse, les abus subis par les personnes âgées au sein des institutions : EHPAD, résidences autonomie… sont souvent invisibles pour les familles et ne remontent pas beaucoup. De même, les personnes en situation de handicap connaissant des situations difficiles ont plus de difficultés à identifier ce qui relève ou non de maltraitances et en apporter des preuves. Elles peuvent aussi s’auto-censurer de crainte de perdre leur place dans un contexte de pénuries des disponibilités au sein de structures, notamment les IME, FAM ou MAS.
La maltraitance infra-familiale est liée à différentes problématiques : des violences conjugales déjà existantes, des troubles liés à des maladies psychiatriques, des addictions, un handicap engendrant des troubles du comportement ou des maladies neuro-dégénératives… En Seine-Saint-Denis, on a des cohabitations de familles pouvant engendrer la mise à l’écart ou la relégation des seniors. Ce phénomène est aggravé par la précarité et les difficultés d’accès aux soins. Les aidant·es sont tellement épuisé·es qu’ils et elles ont parfois des réponses inadaptées menant à ces situations. Par ailleurs, les violences infra-familiales sont souvent cachées, la culpabilité et/ou la honte empêchant de porter plainte contre un fils, une fille ou un conjoint. Dernier point, les femmes, plus exposées, sont d’autant plus vulnérables qu’elles avancent en âge et en perte d’autonomie, avec des risques d’abus de faiblesse, notamment financière. Idem, une femme en situation de handicap sur 4 subirait des violences physiques ou sexuelles, les victimes n’étant pas en capacité de se protéger.

Quelles actions réalise le Département pour lutter contre ces maltraitances ? 

Notre collectivité a présenté lors du colloque à la bourse du travail de Bobigny le 19 juin une règle d’auto-évaluation conçue pour aider à repérer et évaluer les comportements abusifs au sein des familles ou des institutions. Cet outil se présente sous forme graduée, avec une échelle de couleurs (du vert vers le rouge) indiquant le niveau de maltraitance ressentie et les réponses qui peuvent être apportées. Cette réglette va être distribuée à tous·tes les professionnel·les médico-sociaux·ales qui les donneront en cas de doute aux personnes âgées et handicapées  pour les aider à réfléchir sur leur situation. Ces professionnel·les, sensibilisé·es ou formé·es par le Département pour repérer les situations à risque, pourront alors leur donner des conseils adaptés : aller consulter un médecin, appeler le 3133, porter plainte…
Ces professionnel·les peuvent aussi contacter le pôle Bientraitance, Aidants et lien social de la collectivité et bénéficier d’un accompagnement pour chaque situation : réalisation d’un plan d’aide adapté à la personne,  orientation pour un signalement à la justice…
En fonction des maltraitances détectées, les habitant·es et leurs aidant·es peuvent de leur côté bénéficier de dispositifs de soutien psychologique (en envoyant un mail à maltraitance@seinesaintdenis.fr) ou profiter d’une médiation à domicile subventionnée par le Département pour accompagner les membres de la famille et les mobiliser autour du projet de vie de la personne. Ces rencontres peuvent se faire à domicile, dans les circonscriptions de service social ou les locaux de la Maison de l’autonomie et des aidants.

Peut-on tirer un bilan de long-terme de l’action du Département contre ces maltraitances ?

Le colloque départemental contre la maltraitance des seniors et des personnes handicapées, qui souffle sa sixième édition, nous permet de mobiliser un réseau de professionnel·les pour la bientraitance de ces publics. Ceux-ci peuvent partager ensemble les bonnes pratiques comme les groupes de parole pour les services d’aide et d’accompagnement au domicile (SAAD), inciter les particuliers à déposer des alertes sur le site web Sirena
Dans le cadre du dispositif départemental de prévention de la maltraitance, notre collectivité gère les informations préoccupantes concernant les seniors et les personnes en situation de handicap, en lien avec les acteurs du territoire. Cette coordination permet de définir un plan d’accompagnement individualisé adapté à chaque personne. Le cas échéant, on peut transmettre des signalements aux autorités judiciaires (17% des cas en 2025). Dans certains cas, la situation est tellement complexe avec un retour à domicile inenvisageable qu’on trouve des solutions de mise à l’abri dans des institutions.
Notre véritable enjeu consiste à travailler sur la prévention et sur un accompagnement médico-social de long-terme. Pour ce faire, on propose six formations spécifiques par an aux professionnel·les du territoire, on travaille sur des partenariats, entre autres avec le tribunal de justice, les parquets pour fluidifier les informations préoccupantes et les signalements. Des permanences et des plate-formes de répit existent pour accueillir les aidant·es et prévenir les situations de burn-out. Les maltraitances entraînent de graves séquelles physiques et surtout psychologiques chez les victimes. Un fléau qui peut être stoppé en mobilisant de nombreux acteurs pour protéger les plus vulnérables.

 

Le Département organise tous les ans des rencontres qui permettent aussi aux aidant·es des seniors ou de personnes en situation de handicap de glaner des conseils pratiques sur les ressources existantes en Seine-Saint-Denis.

Crédit-photo : Sylvain Hitau et Nicolas Moulard

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