REMIX : micro tendu aux personnes en situation de handicap

REMIX :  micro tendu aux personnes en situation de handicap
Inclusion
  • L'association Making Waves anime un atelier radio à destination des résident·es du foyer de vie et d’accueil médicalisé AGECET de Montfermeil.
  • Une initiative qui a vu le jour il y a 18 mois dans le cadre du dispositif départemental REMIX, visant à transformer la présence artistique dans les établissements sociaux et médico-sociaux.
  • Le projet aboutira à un spectacle présenté en juin aux Laboratoires d’Aubervilliers et au Forum Léopold-Sédar-Senghor de Montfermeil.

Isabelle aime le Portugal, le pays de ses parents, et faire des massages aux gens qu’elle aime. « C’est un vrai plaisir d’être avec vous aujourd’hui », lâche-t-elle avec émotion. Naomi nous fait part de sa passion pour le judo, « je vais bientôt devenir ceinture marron », et du stress que cela représente pour elle de combattre en public. Elle aussi est « contente d’être là » et qu’on lui « laisse dire ce qu’[elle] veu[t], en parlant ou en chantant ». Bilel, quant à lui, évoque son héros préféré, Jack Bauer, personnage principal de la série culte 24 Heures chrono. « Quand j’en parle, j’en ai des frissons », confie-t-il, l’air soudainement grave, lunettes d’aviateur sur le nez. À l’occasion d’une émission radio fictive, tous les trois viennent de répondre aux questions posées par Pauline Josse, journaliste et membre de Making Waves, un collectif qui vise, à travers l’outil radiophonique, à faire émerger des espaces de dialogue, de transmission, d’expression et de création à destination de tous les publics.

Ces interviews, enregistrées et filmées, font partie d’un spectacle – qui se compose également d’interludes dansés et chantés – que répètent depuis de longs mois Isabelle, Naomi et Bilel ainsi qu’une dizaine d’autres résident·es du foyer de vie et d’accueil médicalisé AGECET de Montfermeil, un établissement qui accueille des adultes en situation de handicap mental. L’enjeu est important puisque ce spectacle sera présenté à la fin du mois de juin aux Laboratoires d’Aubervilliers et au Forum Léopold-Sédar-Senghor de Montfermeil.

Animé un mercredi sur deux depuis dix-huit mois, et pour encore une durée égale, par Pauline et son collègue Antoine Berry-Roger, comédien et réalisateur de documentaires audios, cette séance fait partie du dispositif REMIX. Lancé par le Département, le programme souhaite faire évoluer la présence artistique et culturelle dans les établissements sociaux ou médico-sociaux de Seine-Saint-Denis  : passer d’une approche ponctuelle à une coopération longue permettant la participation de tous les bénéficiaires. Actuellement, outre le foyer AGECET de Montfermeil, un projet similaire est mené à la maison d’enfants à caractère social (MECS) de Gagny en collaboration avec l’association Zebrock, avec pour finalité la création d’un club de musique qui profitera à toutes les personnes fréquentant cet établissement.

« Éviter l’écueil du misérabilisme »

« Quand ce partenariat s’achèvera, ces instants radiophoniques se poursuivront sans nous, explique Pauline. La radiobox [voir encadré] que nous allons offrir au foyer va permettre aux résident·es – mais également aux personnels et aux aidant·es pour favoriser le lien social  -, d’être autonomes. »

Si dans le spectacle, la radio reste le fil rouge, celle-ci laisse aussi la place à des saynètes qui mettent en avant les qualités de chacun, toujours en faveur du collectif. Extrait : pendant que Cécile et Claude rejouent la scène mythique du film Titanic à l’avant du bateau, l’impayable Bilel reprend le tube de Céline Dion en yaourt et David, doté de l’oreille absolue, les accompagne au clavier. Les comédiens sont en roue libre mais tous s’amusent comme des fous et le résultat est étonnant. « L’idée de ce spectacle composé de scènes sans réel fil conducteur est née d’un groupe de parole que nous avons mis en place l’an dernier, raconte Antoine. Ce groupe a fait ressortir des personnalités qui avaient toutes un talent différent et dont il aurait été dommage de passer à côté. » Et d’ajouter : « L’écueil à éviter était de tomber dans le misérabilisme ou, pire, le validisme, en disant aux spectateurs : ‘’Regardez ce que les personnes handicapées sont capables de faire, c’est formidable, pas vrai ?!’’ Nous avons donc demandé aux résident·es de nous faire des propositions puis de faire eux-mêmes le tri dans ce qu’ils et elles voulaient montrer. »

Pour Pauline, la radio possède le pouvoir de « s’inviter partout ». De par sa souplesse et sa légèreté, à coup de fiction, documentaire ou débat, ce support reste en effet le moyen idéal pour réunir les gens autour d’une table. Pour Alexandre Plank, producteur et réalisateur radio et co-fondateur de Making Waves, la radio modifie également les rapports entre les personnes. « La présence d’un micro met tout le monde sur un pied d’égalité et permet d’obtenir un propos qui sort des sentiers battus, dit-il. La radio n’est pas faite uniquement pour être écoutée mais pour donner la parole à des personnes qui en sont souvent dépourvues.»

Au foyer AGECET de Montfermeil, certains résident·es ne savent ni lire ni écrire, d’autres ne parlent pas. Mais peu importe, « on fonctionne à micro ouvert, chacun est libre de s’exprimer comme il l’entend », précise Pauline. Mathilde, éducatrice spécialisée dans l’établissement, loue les bienfaits de ce dispositif qu’elle suit depuis le départ : « Depuis qu’elle participe à cet atelier, Pascale, une résidente très effacée, a beaucoup changé. Désormais, elle exprime ses émotions et se fond facilement dans le collectif, son évolution est frappante. D’autres aussi ont fait beaucoup de progrès. » Signe supplémentaire que le projet plaît : « Les mercredis où Making Waves ne vient pas, ils et elles sont tous très déçu·es », sourit Mathilde.

Grégoire Remund

Photos: ©Bruno Lévy

Un studio radio portable

Simple d’utilisation, léger (deux kilos), ergonomique et fonctionnant sur batterie, la radiobox rend accessible la production radiophonique à des publics sous-représentés ou en situation d’exclusion. Pour concevoir cette drôle de boîte, qu’on peut facilement glisser dans un sac à dos, facile d’utilisation et fabriquée dans une entreprise à Noisy-le-Sec, Making Waves a travaillé des mois durant avec des ingénieurs et des réalisateurs de Radio France, des élèves et des enseignants de l’École Nationale Supérieure de Création Industrielle (ENSCI).

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