Demeure, l’exposition dans un cimetière

Demeure, l’exposition dans un cimetière
Art contemporain
  • Demeure, l'exposition de Poush a été inaugurée le 30 mai dans une allée du cimetière parisien de Pantin : une première en France.
  • Venez découvrir les œuvres de ces artistes contemporain·e·s, renommé·e·s ou émergent·e·s jusqu'au 15 novembre, c'est gratuit.

Si vous n’avez perdu personne, vous devez quand même vous rendre au cimetière. L’occasion est belle d’aller à la rencontre de 21 artistes de grand talent dans un cadre bucolique et verdoyant : l’allée des Sophoras du cimetière parisien de Pantin.

Aeterna de Laurent Grasso, lauréat du prix Marcel Duchamps

Dès l’entrée du cimetière, on trouve deux œuvres majeures, celles de Laurent Grasso, lauréat du prix Marcel Duchamps, qui a égrainé des feux follets sur les murs de pierre. Avec Aeterna, il a capturé le mouvement éphémère du feu pour le figer dans une lueur artificielle et permanente, interrogeant au néon notre rapport au sacré. Juste à droite, Figment, une webcam diffuse 24/24 la tombe d’Andy Warhol. Ce titre fait écho au souhait de Warhol que soit apposée cette épitaphe sur sa tombe : « pure invention »

Alice Anderson

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Lorsque vous vous serez lancé dans l’allée des Sophoras, Poush, l’organisateur de cet événement, vous propose une balade arborée, sur un tapis d’herbe ponctuée d’œuvres d’art contemporain : une sculpture métallique d’Eric Stéphany, une composition en marbre de Lucas Resta, une installation de draps peints de Valentisse Prissette, de photos d’Isabelle Boccon-Gibod, d’une toile immense recto verso d’Alice Anderson.

installation de draps peints de Valentisse Prissette

Deux stèles au prénom des visiteurs de l’exposition

Avec « The exhibition between us » (« L’exposition entre nous »), Charbel-Joseph H. Boutros dresse le portrait abstrait de cette exposition tout en y incluant ses visiteurs : « Les expositions, comme toutes choses, meurent également. Ces lieux magiques apparaissent dans nos vies et quelques mois après disparaissent. Cette œuvre est constituée de deux stèles distantes l’une de l’autre de quelques centaines de mètre. La première stèle sera gravée le jour du vernissage du prénom du premier visiteur de l’exposition.  Et le dernier jour de l’exposition, le nom du dernier visiteur va être gravé sur la dernière stèle. L’expo se déploie entre ces deux prénoms en quelque sorte.  Il y a quelque chose dans l’utilisation de la pierre qui est éternel. »

 

Quand les chauves-souris accompagnent les âmes des morts

Pour trouver l’œuvre de Tilhenn, les Shapeshifters, il vous faudra lever les yeux, ses sculptures de bois représentant des chauves-souris endormies étant suspendues aux arbres.  « Les chauves-souris ont la particularité d’habiter l’entre-deux, vivant à la tombée du jour et à la levée de la nuit. Dans beaucoup de culture, elles ont cet attribut qu’on nomme psychopompe, c’est-à-dire qu’elles accompagnent les âmes des morts depuis le monde des vivants vers le monde des morts. Elles ont la capacité de nous relier. Je porte un regard attentif aux croyances et aux idées culturelles qui concernent la mort et l’au-delà dans beaucoup de cultures où la pensée qui prévaut n’est pas la pensée rationaliste. « 

 

 

Faire mourir son œuvre

Quant à la lauréate du prix Marcel Duchamps, Gaëlle Choisne, elle a rassemblé Diorama pour qu’elle y finisse ses jours dans ce cimetière, comme elle l’explique : « J’ai décidé de faire une sélection d’œuvres qui allaient mourir, ici. C’est leur dernière exposition.»

 

 

 

La beauté du vivant

Avec Coucou, Max Fouchy joue à cache-cache avec le public. Ce sont les œuvres les plus difficiles à repérer mais sans doute celles qui vous marqueront le plus. Délicates, fantastiques et attachantes elles surgissent dans … « J’ai travaillé sur le côté vivant du cimetière. Au final les cimetières sont finalement des sanctuaires au milieu de la ville qui abritent le vivant, qui protègent le vivant.  Je présente deux projets qui s’orientent vers l’animisme. Ce sont des branches que j’ai récoltées sur le chemin et que j’ai taillées.  Elles sont là pour essayer de rentrer en contact avec nous. Ce sont des pièces qui se découvrent au fur et à mesure du chemin en se baladant.

Pour le deuxième projet, il y a un œil de verre incrusté dans la pierre qui est motorisé. Cette pierre est une présence discrète qui existait dans le cimetière depuis toujours et qu’on avait soudainement découverte. Ou plutôt comme si l’œuvre découvrait le spectateur et pas l’inverse. »

Une arche de pierres concassées

On aperçoit de loin, « Cimetière » l’œuvre de Thibault Lucas dans ce lieu qu’il connaît bien :« On avait nos locaux de Poush en face du cimetière et moi très vite j’ai découvert ce lieu et je suis venu traîner régulièrement. Un jour où j’ai rencontré le chef des espaces verts, j’ai pu découvrir avec lui le cimetière du cimetière. Ce sont toutes les tombes qui arrivent en fin de concession qui sont du coup mises au rebut, concassées et réexploitées dans la mesure du possible. Ils en font des murs, du remblai etc. L’œuvre que j’ai faite ici est plus une installation, avec des gabions. Ces cages en métal dans lesquels on met des cailloux.  J’ai voulu questionner ce qu’est un cimetière aujourd’hui ? pourquoi on fait des pierres tombales, des caveaux ?  J’ai fait la plus grosse sculpture, le plus gros monument, justement pour questionner notre ego. J’aurais pu l’appeler aussi vanité. C’est une vanité ! »

Des œuvres chez les commerçants du cimetière

L’exposition Demeure démarre en fait bien avant l’entrée. Les artistes Arnaud Adami, Saeedeh Mirshekar, Morteza Khosravi, Ece Bal ont installé leurs œuvres chez les commerçants de l’avenue du cimetière parisien, côté impair : un fleuriste, un marbrier et une brasserie.

Pour Demeure, l’artiste Ece Bal a choisi de travailler sa matière fétiche : le verre. « Je travaille beaucoup le verre, je souffle le verre.  J’ai pensé utiliser le verre pour en faire des verres à thé traditionnels turcs. Ce café a comme moi des origines turques. » Elle a créé 27 verres à thé qu’elle a gravé de phrases. « Inspirez quand quelqu’un vous sourit. Expirez quand elle disparaît ». « Inspirez lorsqu’une conversation commence. Expirez quand il y a du silence ». Autant de phrases inspirées par « ce qui peut se passer dans un café en étant juste avec les gens, en étant un peu plus conscient des gens autour » explique la jeune femme qui a créé aussi une infusion en utilisant des plantes de Turquie : mélisse, verveine, camomille et basilic. « Ce sont des plantes qu’on utilise traditionnellement dans ma culture pour accompagner les morts. Là, c’est plus pour accompagner les vivants, ceux qui restent. »

 

 

 

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