Grâce à Canal 93, le raï n’en fait qu’à sa tête 

Grâce à Canal 93, le raï n’en fait qu’à sa tête 
Exposition
  • A partir du 21 juin, une grande expo interactive sur le raï s’ouvre à Saint-Ouen puis à Sevran.
  • Portée par la salle de concerts de Bobigny Canal 93, « Ya rayi » revient sur les grandes étapes de ce genre musical que la France a véritablement découvert grâce au mythique concert 1.2.3 Soleils en 1998 à Bercy.
  • Naïma Yahi, commissaire de l’exposition et historienne des musiques du Maghreb, revient sur l’historique de ce genre synonyme de liberté.

Naïma Yahi, directrice artistique de Canal 93 et commissaire de l’expo Ya rayi !

Pourquoi cette exposition sur le raï ?

Parce que la France organise depuis mai dernier la Saison Méditerranée et que cette expo s’inscrit dans ce cadre. Et parce que le raï fête aussi ses 40 ans de présence en France puisqu’en 1986, le producteur Martin Meissonnier avait convaincu la Maison de la Culture de Bobigny d’organiser un grand concert de raï, avec entre autres Cheb Khaled et le duo Fadela-Sahraoui. On est alors dans les « années beur ». La France résonne encore de la grande Marche contre le racisme et pour l’égalité de 1983, et ce concert va être à guichets fermés, notamment grâce aux enfants d’immigrés maghrébins.

Que va-t-on pouvoir voir dans cette expo ?

C’est une expo interactive qui raconte l’histoire de la musique raï, des années 20 aux années 90, co-produite entre Canal 93 et l’Institut du Monde Arabe de Tourcoing. Il y a des panneaux sur les principaux artistes du genre, des paroles de chansons mais aussi des supports d’écoute : des 78 tours, 45 tours, cassettes, CD… Ainsi qu’un panel des différents instruments qui ont porté cette musique, traditionnels comme la flûte gasba, le tambour galal, mais aussi modernes puisque cette musique a évolué au fil des époques.

D’où vient le raï et pourquoi porte-t-il ce nom ?

Au départ, c’est un répertoire musical et poétique colporté par des nomades dans l’Ouest algérien. Puis ce genre se sédentarise dans les grandes villes comme Oran ou Sidi Bel Abbès. C’est une musique qui célèbre la liberté et l’individu. « Ya rayi », c’est une interjection qui signifie « je n’en fais qu’à ma tête ». Mais par extension, c’est aussi une musique de la plainte puisque beaucoup de chansons regrettent les décisions prises. La revendication « je n’en fais qu’à ma tête » devient ainsi un « mais pourquoi n’en ai-je fait qu’à ma tête ? »

La France entière a découvert Cheb Khaled, Faudel et Rachid Taha en 1998 avec leur mythique concert 1.2.3 Soleils, mais sans doute y a-t-il d’autres représentants du raï ?

Oui bien sûr. Cheikha Remitti, une femme, est considérée comme la grand-mère du raï. Elle enregistre des albums dès les années 50 et va faire son dernier Zénith en 2006. Elle revendiquait d’ailleurs la maternité du mot « raï ». Il y a bien évidemment aussi Cheb Mami, qui devait initialement faire partie du trio de 1.2.3 Soleils mais qui avait été remplacé au dernier moment par Rachid Taha parce que Cheb Mami faisait partie d’une maison de disques concurrente. J’en profite d’ailleurs pour rappeler que stricto sensu, Rachid Taha n’était pas un chanteur de raï : son répertoire à lui, outre le rock, c’est plutôt du chaâbi qui est une musique populaire de la région d’Alger.

Que se passe-t-il dans les années 90 en Algérie, la décennie noire de la guerre civile ?

Le raï n’est pas interdit, mais comme d’autres intellectuels- écrivains, journalistes – ses chanteurs sont intimidés voire assassinés. Cheb Hasni, une figure centrale pour la jeunesse algérienne dans les années 90, est assassiné de deux balles dans la nuque en 1994 alors qu’il vient de donner un concert mythique dans un stade d’Alger pendant le couvre-feu. Le producteur Rachid Baba Ahmed est lui aussi assassiné, tout comme Lounes Matoub, même si ce n’est pas une figure du raï.

Et aujourd’hui, le raï a-t-il encore une actualité ?

Oui ! Il y a eu les compilations bien connues « Raï ‘n B Fever »  de DJ Kore, qui va d’ailleurs mixer à La Courneuve le 25 juillet. Et aujourd’hui, il y a un retour vintage des premières grandes figures du raï. De jeunes chanteurs comme Cheb Bello ou Cheba Warda réinventent le genre et on a aussi une scène électro-raï qui se réapproprie les vinyls des anciens chanteurs, comme la DJ La Louve qui va ouvrir le bal d’inauguration le 21 juin à Saint-Ouen.

Expo « Ya Rayi »

  • du 21 juin au 20 septembre au Château de Saint-Ouen
  • Du 17 octobre au 7 novembre à la Micro-Folie de Sevran

Propos recueillis par Christophe Lehousse

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