Une librairie qui roule vers ses lecteurs
- Le dionysien Vincent Kherchaoui a transformé un bibliobus en librairie itinérante pour rapprocher les livres des Séquano-Dionysien·nes.
- Il vous accueille jusqu'au 2 août dans son camion aux allures de caverne d'Ali Baba au parc Valbon à La Courneuve lors du Bel été.
- Nous avons rencontré ce passionné de littérature attaché à redonner le goût de la lecture aux habitant·es des quartiers prioritaires.
Vous avez nommé votre librairie mobile ‘La Mauvaise Graine ». Pour quelle raison ?
J’ai été éducateur de rue de 2015 à 2021 entre autres à La Courneuve après un Master en Sciences sociales à l’université Paris VIII de Saint-Denis. C’était une très belle expérience avec de la prévention dans des quartiers populaires pour surmonter les problèmes de déscolarisation, de difficultés familiales, d’addictions… Dans ma pratique éducative, j’essayais d’avoir un rôle de facilitateur, en amenant les jeunes à la médiathèque ou en organisant des activités autour de la lecture. Il n’y a pas de mauvaises graines, que des mauvais jardiniers et c’est cette certitude que le livre est un vecteur d’émancipation qui m’a poussé à baptiser ma librairie sur roues « La Mauvaise Graine ».
A un moment, j’ai sauté le pas en prenant des cours du soir en lien avec le métier de libraire. Après plusieurs expériences dans ce milieu, j’ai souhaité créer une structure qui peut aller dans des villes où l’accès au livre manque, dans les quartiers prioritaires ou ailleurs. En 2025, j’ai acheté et retapé un ancien bus municipal de 15 mètres de long que nous avons customisé avec deux illustrateurs. En me fournissant auprès de diffuseurs, plus de 2500 ouvrages sont proposés aux passant·es, avec des romans, des livres jeunesse, mangas, des BD, des enquêtes dont certaines sont dédiées à la Seine-Saint-Denis. En entrant dans ce camion aménagé, les gens découvrent surtout un repaire, un lieu de convivialité, qui ouvre l’imaginaire et invite le lecteur à ralentir…
Votre bus est stationné jusqu’au 2 août au parc Valbon. Le public du Bel été est plus détendu que pendant l’année ?
Peut-être… Je rencontre beaucoup de familles avec des enfants qui m’ont très bien accueilli, avec un certain émerveillement lorsqu’ils voient à quel point l’espace est vaste de l’intérieur. Le fait de ne pas être une grande surface oblige à offrir une sélection plus resserrée de livres, ce qui rend le public plus curieux. Ce sont des ouvrages que je choisis personnellement, ce qui donne plus d’authenticité et de sérieux dans la présentation. Et les lecteurs peuvent commander des publications reçues en une semaine. Le Département a accepté que je m’installe sur la circulaire du parc, sur la même période que le Bel été, mais sans en faire partie.

J’ai posé ma librairie sur pas mal d’événements à La Courneuve, à la ferme urbaine de la Prairie du Canal à Bobigny, lors de la Fête des tulipes à Saint-Denis ou du festival Terre Terre à l’Ile-Saint-Denis et ceci continuera lors des marchés, des événements locaux… Après négociation avec l’équipe municipale, je vais à la rentrée m’installer du mardi au samedi à la sortie du métro Front populaire à La Plaine Saint-Denis. C’est un lieu de passage, fréquenté par les étudiant·es du campus Condorcet, les agent·es du Département, les habitant·es… Pour ces publics, je pense que cela sera plus facile pour eux d’entrer dans mon camion que de prendre le métro pour des achats à Paris. Par ailleurs, les gens apprécient le contact humain avec un libraire et pour les enfants, le côté un peu farfelu d’un camion aux teintes pastel.
Vous avez déjà organisé des rencontres avec des auteurs lors d’arrêts. Avez-vous des projets pour la rentrée ?
En février, j’ai mis en place une rencontre littéraire dans le parc de la Légion d’Honneur à Saint-Denis avec l’écrivaine Lucile Novat qui présentait justement son roman « Voir venir » dont le décor est justement le lycée de la Légion d’Honneur. Un peu plus tard, j’ai pu faire venir la journaliste Sofia Kessas et l’historien Fabrice Riceputti qui ont parlé de la répression coloniale en Algérie en 1956 abordée dans « Un massacre en Kabylie » aux éditions La Découverte. Etant en partenariat avec la Maison du quartier de la Plaine, on a pu faire des rencontres hors les murs en soirée, ce qui permet de toucher un plus large public. J’ai aussi été nommé juré du Prix du roman Multitude, ce qui a été une belle expérience.
Fin septembre, on va organiser un événement avec l’ingénieur écologue Pierre Neau, qui va dévoiler son « Plaidoyer pour une transition éolienne et solaire » et les actions engagées par la coopérative dionysienne Plaine Energie Citoyenne qui crée de l’électricité grâce à des panneaux photovoltaïques sur les toits. On va aussi inviter les chroniqueurs Mehdi et Badrou originaires de Saint-Ouen et de la Courneuve qui sortent un nouveau livre sur les ambitions de la jeunesse contemporaine. Actuellement, je lis pas mal de romans en amont de la rentrée littéraire pour sélectionner les romans que je vais proposer au public en septembre. Comme vous le voyez, mon été est à la fois animé et studieux !

L’édition Lire au parc, intégrée au Bel été attire tous les ans dans les parcs départementaux une foule de promeneur·euses, attiré·es par les milliers d’ouvrages mis à la disposition des familles.
Crédit-photo : Nicolas Moulard et Sophie Loubaton