Amandine Buchard voit double

Amandine Buchard voit double
Judo/Rugby
  • A 31 ans, la native de Bagnolet repart dans sa 5e olympiade, elle qui a déjà décroché 2 médailles olympiques en judo.
  • Mais cette fois, elle courra deux lièvres à la fois : le judo donc, et le rugby, une passion d’enfance, avec laquelle elle a décidé de renouer.
  • Pour se donner toutes les chances, « Bubuche » a signé cet été chez les Louves de Bobigny, qui évoluent au plus haut niveau français à 15 comme à 7.

« Si je peux être un modèle pour des jeunes, leur transmettre l’idée qu’il ne faut jamais s’interdire de rêver, tant mieux. » Et des rêves, Amandine Buchard en a plein la tête. Même à 31 ans, même après 2 médailles olympiques en judo… Pour les prochains JO à Los Angeles 2028, la native de Bagnolet, qui a grandi à Noisy-le-Sec, s’est mis en tête de participer à ses deux disciplines de cœur : le judo donc, mais aussi le rugby.

Pour accomplir cette ambitieuse mission, « Bubuche » a rejoint cet été les Louves de Bobigny, qui évoluent au plus haut niveau français à 15 mais aussi à 7, qui est justement discipline olympique.  Avec un certain succès puisque dans les 2 tournois qualificatifs pour le Super Sevens- le championnat de France Elite à 7 – l’ailière des Rouges et Noires a déjà inscrit deux essais et largement participé à composter le billet du club pour les phases finales de février prochain, à la  Paris La Défense Arena.

Le rugby, une découverte à l’époque du collège

« Je suis vraiment épanouie. Les filles m’ont tellement bien accueillie ! Elles ont toujours les mots justes pour m’expliquer telle ou telle situation, tout comme le staff », détaille celle qui s’estime encore largement perfectible sur sa « vision du jeu et sa connaissance en profondeur de l’arbitrage ».

Humble et travailleuse, Amandine Buchard n’en sait pas moins ce qu’elle veut. Quitte à se mettre parfois en franche opposition avec son encadrement. La Fédération française de judo avait ainsi peu goûté la double quête d’Amandine, annonçant sa non-sélection pour les prochains Mondiaux de Bakou en octobre. Peu importe, la combattante est droite dans ses bottes :  « Lors des Jeux de Paris 2024, je vais chercher la médaille de bronze et pourtant j’avais déjà repris le rugby à haut niveau (avec le RC Noisy-le-Grand puis les Pink Rockets du Stade Français, ndlr)… », lâche-t-elle avant d’écourter, soucieuse de ne pas remettre de l’huile sur le feu. On peut en effet faire confiance à la quintuple médaillée mondiale des tatamis, qui vient de signer au Judo Marnaval Saint-Dizier, pour ne pas lésiner sur le travail…

C’est juste qu’à l’heure de sa 5e olympiade – avant Los Angeles, il y a donc eu Londres, Rio, Tokyo et Paris – les joies collectives du rugby fonctionnent un peu comme une bulle d’oxygène pour Amandine la combattante.

Et tant pis s’il faut pour cela en passer par des journées marathons. « C’est sûr que ça me fait des journées à rallonge. Mon lundi de reprise à l’INSEP (à Vincennes), par exemple, j’ai fait un entraînement judo le matin, axé sur de la vitesse et du cardio, puis un autre à base de musculation l’après-midi. Puis, le soir, j’étais à Bobigny pour de l’analyse vidéo avant l’entraînement à proprement parler. Mais ça ne me fait pas peur : après toutes ces années, je connais parfaitement mon corps », insiste Amandine.

Si le rugby peut s’avérer un moteur dans sa réussite en judo, c’est aussi parce qu’il la reconnecte à l’enfance, à ce plaisir du jeu resté au fond d’elle. « Pour moi qui ai grandi dans le 93, c’est un plaisir de revenir à Bobigny, souligne-t-elle. Quand j’étais au collège Jacques-Prévert à Noisy-le-Sec, l’équipe à battre, c’était justement Bobigny, s’enthousiasme-t-elle.

Et d’évoquer, pas avare en souvenirs, sa découverte de l’Ovalie en sport scolaire avec ses profs de collège, Stéphane Gaubert et Adrien Marbot (devenu arbitre de rugby de haut niveau) avant que le judo ne la happe.

« La jeunesse du 93, réservoir à talents »

Fidèle à son franc parler, « Bubuche » n’hésite pas à revendiquer sa fierté d’avoir grandi en Seine-Saint-Denis : « On catégorise souvent le 93 comme un territoire difficile, mais quand on regarde un peu sa jeunesse, on s’aperçoit que nombre de talents en sortent, insiste celle qui n’aime pas les gens qui ont la mémoire courte. « Moi, j’ai perdu mon père à 13 ans et je me suis toujours sentie soutenue par mes profs au collège », souligne-t-elle.

Amandine Buchard arrivera-t-elle en 2 ans à trouver le chemin de l’équipe de France de rugby à 7 ? Pourra-t-elle mener de front deux années à haute intensité dans des disciplines très différentes ? Seul l’avenir le dira. Une chose est sûre : avec Amandine, le 93 tient en tout cas une belle ambassadrice, qui n’est pas près d’oublier d’où elle vient.

Christophe Lehousse

Photos:© Tristan Prod ou Romain Perrocheau / AC Bobigny 93

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