Boost : du bonheur sur le dancefloor
- Le Festival Boost était à la Cité fertile à Pantin le 4 avril. Un temps fort des Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine-Saint-Denis centré autour du hip-hop et du handicap.
- L’occasion pour l’Institut Médico-Educatif des Moulins-Gémeaux de Saint-Denis de montrer pourquoi la danse est entrée dans la vie de ces jeunes, lors d’un débat et d’extraits de leur spectacle.
Des personnes en situation de handicap qui prennent la parole pour dire combien la danse compte dans leur vie. D’autres qui investissent la piste de danse comme si de rien n’était. Des jeunes en situation de handicap mental qui interprètent leurs propres chorégraphies.
Lors de cette journée à la Cité fertile de Pantin, le collectif Adelphes a rempli son objectif : « Pour nous, l’inclusion passe avant tout par une mixité réelle. Aujourd’hui, les personnes en situation de handicap restent souvent entre elles, dans des espaces dédiés. Grâce à la danse, nous voulons créer des espaces de rencontre et d’inclusion où tout le monde peut échanger sans que cela pose question. Il reste encore beaucoup à construire ».
Expérience de création
La journée commence en mettant en lumière cet IME (institut médico-éducatif) de Saint-Denis qui a fait entrer la danse dans sa vie. Grâce au projet « Faire corps et rayonner », il permet à 80 enfants et jeunes en situation de handicap d’expérimenter la danse. « Pas l’art-thérapie, pas la danse-thérapie, explique la psychomotricienne Sarah Fery. Mais la danse en tant qu’expérience sensible et en tant qu’expérience de création »

Agathe Pfauwadel de la Cie Pasarela, Céline Schneider, psychomotricienne à l’IME Moulins-Gémeaux, Zoe Fornara, des Rencontres Chorégraphiques de Seine-Saint-Denis et Sarah Fery, psychomotricienne à l’IME Moulins-Gémeaux.
En résidence à l’IME Moulins-Gémeaux, Agathe Pfauwadel, à la tête de la compagnie Pasarela, explique ce que la danse apporte : « Par la danse, je choisis, je décide, je modèle qui je suis, qui je veux être. La danse est un pouvoir extra-fort ». » La psychomotricienne Céline Schneider ajoute : « La danse nous apporte la rencontre avec les autres, elle maximise les rencontres : les salles de spectacles, être ici à Boost aujourd’hui ».

Jean-François prend la parole pour dire combien danser est important pour lui
Jean-François, très ému, prend la parole en public pour dire son amour de la danse qu’il a découvert en hôpital de jour : « La danse apporte un équilibre psychique. Elle nous fait avancer dans la vie. Des fois, on fait des expériences dansantes, des petits spectacles et ça fait beaucoup de bien. Ça nous fait évoluer psychologiquement et ça nous fait beaucoup de bien. »
Un autre témoignage tout aussi fort lui emboîte le pas: « La danse, ça permet aussi de montrer aux autres ce qu’on est capable de faire, de montrer ce qu’on fait. Ça permet d’évoluer. Et c’est énorme pour moi. Quand j’ai visité cet IME, franchement, je me suis dit : s’ils y arrivent, moi, je n’y arriverai pas. Et aussi, je n’ai pas honte. Je danse aussi. J’aime énormément, on va dire. C’est quelque chose qui me touche au cœur. Il ne faut pas avoir peur de danser… du tout. »

Aminata participe au projet « Faire corps et rayonner » à l’IME des Moulins-Gémeaux de Saint-Denis. Elle est l’auteure du solo « Soie-Peau », danse et musique comprises.
Au moment des battles, Fanta, la maman d’Aminata est assise au premier rang avec ses deux filles. Toute la salle applaudit pour encourager les jeunes de l’IME qui vont danser. Après une prestation en groupe, Aminata se lance très émue pour son solo « Soie-peau ». Le chant qui accompagne la musique, c’est aussi elle qui l’a créé. « La danse, ça change la vie d’Aminata. Elle est bien. Ça la fait rêver. Depuis qu’elle est à l’IME, elle s’est bien éveillée avec toutes les activités qu’ils font à l’école. Je suis fière d’elle et des profs car ils forment un groupe qui travaillent ensemble. »

Jean-François participe aux battles du festival Boost
Sur un son d’Ari Lennox lancé par DJ Kristian Amou, celles et ceux qui ont assisté au talk et celles et ceux qui rêvent d’être sélectionnées pour les 8e de finales des battles se retrouvent sur la piste. Des enfants, des jeunes, des adultes de tous âges, amoureux du hip-hop dansent en toute décontraction. Les uns se poussent pour faire de la place aux autres. On s’observe, on se sourit, on se regarde, on apprécie le moment, on danse. A Boost, le bonheur rime avec inclusion.
« La danse, c’est la chose qui m’a sauvé jusqu’à maintenant »

Mac-Ennery est accompagné depuis 3 ans par l’association SAVS les trois rivières à Stains. Il va ensuite participer aux sélections des battles.
« J’habite à La Courneuve, j’ai 25 ans. Quand on m’a parlé de ce festival qui mêle danse et santé mentale, j’étais beaucoup intéressé et j’avais des choses à dire et d’ailleurs je les ai dites. J’ai commencé la danse à l’âge de 7 ans. J’ai dû arrêter pour raisons médicales. Et quand j’ai recommencé dix ans plus tard, j’ai enchaîné sur du breakdance, du popping et du hip-hop. Je me suis entraîné seul en faisant des Tik Tok, des vidéos et tout. Avec des amis danseurs, on a décidé de faire un groupe à trois. On a dansé pendant six ans. Après on devait faire notre vie chacun de notre côté. La danse, c’est la chose qui m’a sauvé jusqu’à maintenant.
« Tout le monde doit se sentir bienvenu pour danser »

Raphaël Saubole travaille pour les Rencontres chorégraphiques de Seine-Saint-Denis
« C’est la troisième année, que les Rencontres chorégraphiques de Seine-Saint-Denis travaillent avec le collectif Adelphes dans le cadre de Boost. Deux fois au Sample à Bagnolet, et cette année pour la première fois à la Cité fertile à Pantin. Nous sommes un acteur culturel investi dans le droit culturel, la démocratisation culturelle. Nous menons des projets à l’année comme avec les jeunes de l’IME. Notre but est d’être sur le territoire pour transmettre la danse au maximum de personnes. Au-delà de la question des origines, de genre, du handicap, de la sexualité. La danse est ouverte à tous et tout le monde doit se sentir bienvenu pour danser. »