Rapper pour (re)trouver sa place

Rapper pour (re)trouver sa place
Plan hip-hop
  • Une quinzaine de femmes bénéficiaires du RSA suivent des séances de rap et de slam dans les locaux de l'Agence locale d'insertion (ALI) de Bourget.
  • Ce dispositif, financé par le Département, leur permet de retrouver confiance en elles, en fluidifiant les relations avec les professsionnel·les de l'ALI.
  • Le Président Stéphane Troussel et la vice-présidente Mélissa Youssouf ont assisté à un atelier le 13 mai et salué le souffle créatif des participantes.

« Le rap, c’est des flows et de l’énergie qui viennent de l’intérieur. Pour écrire, il faut se reconnecter à soi, explorer ses émotions, laisser son corps s’exprimer… C’est super Mériem ton idée d’employer l’espace autour de toi ! » déclare Virginia, qui anime depuis plusieurs semaines ces rencontres dans les salles « cosy » de l’ALI du Bourget. Mériem, Barbara, Naomi, Farida… qui ont réalisé une demi-douzaine de séances, débutent de petits exercices d’expression scénique en cherchant l’endroit le plus inspirant pour imaginer des punchlines ou « trouver la rythmique ». Les Bourgetines, qui ont travaillé leur posture, ont également présenté aux agent·es du Département ainsi qu’aux partenaires, les apports de ces ateliers en terme de cohésion de groupe et d’émancipation.

Lier culture et insertion socio-professionnelle

Cette initiative s’inscrit dans un appel à projets lancé en 2025 par le Département, visant à employer l’art comme un levier pour favoriser l’intégration et l’accès à l’emploi d’allocataires du RSA et de chômeur·euses de Seine-Saint-Denis. 24 projets ont ainsi été financés qui permettront à 1850 personnes de bénéficier d’un accompagnement, en lien avec le service social départemental, France Travail, les Missions locales, des structures d’insertion par l’activité économique… « Une dizaine de projets visent à faire découvrir certains métiers techniques de l’audiovisuel comme régisseur, ingénieur du son… où des filières en tension ont été identifiées » explique Mathilde Maillet, cheffe de projet. « D’autres actions dans les domaines du spectacle vivant, du théâtre, des musiques actuelles, cherchent plutôt à développer les compétences psycho-sociales des participants, leur estime de soi… bref, à les valoriser dans un parcours pas toujours facile ». 

Les 15 Séquano-Dionysiennes ont ainsi été orientées vers le projet CaRAPace, porté par la société RAFE Production, qui met en avant des rappeuses dans une optique pré-professionnelle. En plus de séances d’écriture dans les 700mde l’ALI, le groupe non-mixte a profité de sorties au sein du tiers-lieu Yookan (découverte de métiers via des outils de réalité virtuelle) et sur un chantier de BTP avec un formateur attaché à déconstruire les stéréotypes de genre. « Les dames ont aussi bénéficié d’un atelier de beauté avec une socio-esthéticienne où elles ont réalisé des masques qu’elles ont visiblement adorés » sourit Chérine, conseillère en insertion socio-professionnelle et référente du parcours.

 

Les participantes sont sorties de leur zone de confort en taillant leur plus belle plume puis en prenant la parole devant des élu·es, des agent·es de la collectivité et leurs partenaires.

Un morceau de rap bientôt dévoilé lors d’un job dating

Certaines dames ont appris à « sortir de leur coquille » et à poser leur voix avec une coach vocale. Riham, rappeuse depuis plus de 15 ans, les a également fait travailler en leur demandant de rédiger un texte inspiré de 5 mots agréables ou en leur faisant composer la lettre qu’elles écriraient à l’enfant qu’elles ont été. « Ce n’est pas évident d’écrire sur soi en public quand on ne se sent pas légitime » confie l’une d’entre elles. « L’avantage, c’est que l’ambiance est ultra-bienveillante et que chacun encourage l’autre, ce qui permet de lâcher prise et d’exprimer des émotions profondes. En plus, cette formation nous permettra d’être plus à l’aise lors des entretiens de recrutement et d’évacuer le stress ». 

Les bénéficiaires, qui préparent un couplet de rap, réfléchissent à des flows sur le thème « On prend notre destin en main ». Aissata, ancienne salariée dans la logistique, aimerait quant à elle envoyer un message en rimes aux futur·es recruteur·euses en les priant de laisser leur chance aux jeunes mamans.

Les protagonistes dévoileront en public leur création début juin lors d’un forum de job dating qui regroupera une trentaine d’entreprises et plusieurs centaines de demandeur·euses d’emploi du territoire. « Le morceau sera enregistré et diffusé en podcast au niveau des CV et des lettres de motivation en ligne qu’ont réalisés ces dames, ce qui pourrait faire la différence avec les autres candidatures lors de leur recherche de travail » indique Aymeric Pichevin, directeur de RAFE Production, porteur du projet. C’est tout le mal qu’on souhaite à ces rappeuses en herbe après ces semaines de remobilisation qui ressemblent furieusement à un nouveau départ…

 

Les Agences locales d’insertion de Seine-Saint-Denis proposent des espaces de convivialité à proximité de salles de confidentialité destinées aux rencontres avec les usager.ères.

Crédit-photo : Marie-Pierre Dieterlé

 

 

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