Les lycéen·nes de Seine-Saint-Denis font entendre leur voix
- Après déjà 10 jours de mobilisation, les lycéen·nes de Seine-Saint-Denis, qui ont été parmi les premiers à se mobiliser, étaient nombreux.euses dans le cortège parisien du mardi 6 octobre.
- Comme leurs homologues de toute la France, ils et elles réclament le remplacement des professeurs absents, des locaux décents, le remplacement de Parcoursup et la création de places supplémentaires dans les universités.
- Nous avons recueilli leurs témoignages et revendications au cœur du cortège parisien.
« Aujourd’hui, on marche une nouvelle fois pour dénoncer le manque de moyens pour le 93 : les locaux insalubres, le matériel détérioré, le manque de profs… Et on continuera jusqu’à ce que le gouvernement nous entende ! » On sent l’émotion percer dans la voix de Lucie, 17 ans. Emmitouflée malgré la chaleur dans son pull siglé « La jeunesse emmerde toujours le Front National », cette élève en 1ere générale au lycée Le Corbusier d’Aubervilliers est partagée entre la joie de ne pas se sentir seule dans son combat et l’impression de prêcher dans le désert face à un gouvernement sourd aux revendications de sa jeunesse.
« On se sent méprisé. Tout ce qu’ils retiennent, c’est les quelques mouvements de casseurs. Alors qu’il faut se poser la question de pourquoi il y a toute cette colère dans la jeunesse française », lance encore cette élève investie, qui aimerait étudier la psychologie après son bac.
« Vraiment, quand on dit qu’on manque de profs, ce n’est pas juste une manière de parler, intervient à son tour Sarah, en terminale dans le même lycée. L’année dernière, j’avais 7 œuvres au programme du bac français, on n’a pu en voir que 2 parce qu’on n’a pas eu de prof de français pendant 5 mois. Franchement, on vient pas au lycée pour apprendre par nous-mêmes. On veut juste le même traitement que tout le monde », poursuit la jeune fille, dont c’est la première manifestation.
Une année perdue en raison d’absences non remplacées
Défilant derrière une banderole mentionnant « Le 93 vise le bac ; la BAC vise le 93 » en référence aux violences policières des derniers jours, plusieurs lycées de Seine-Saint-Denis – Aubervilliers, mais aussi Pantin, Saint-Denis ou Noisy-le-Sec – s’étaient donné rendez-vous Mairie d’Aubervilliers pour se coordonner avant le rendez-vous parisien.
Ils étaient escortés par plusieurs collectifs étudiants, comme celui de Paris-8 Saint-Denis, université bloquée depuis une semaine. « Pour nous qui étions lycéens en Seine-Saint-Denis il n’y a pas longtemps, le soutien aux lycéens était naturel, explique ainsi Milan, étudiant à Paris-8. Et nos revendications en tant qu’étudiants sont très proches des leurs, poursuit-il, évoquant notamment les demandes de remplacement de la plateforme Parcoursup couplée avec la création de places supplémentaires dans les universités. « Parcoursup représente un tri social parmi les étudiant·es. Par exemple cette année, à Paris-8, 1700 étudiants sont toujours sans aucune affectation, ça crée de la tension et de l’incompréhension. »
Dans leur combat, les lycéen·nes ont aussi reçu le soutien de certains élus comme celui du président de la Seine-Saint-Denis Séphane Troussel. Présent à la manifestation de mardi en compagnie de Magalie Thibault, maire de Rosny-sous-Bois, du maire d’Aubervilliers Sofiane Karroumi, l’élu de Seine-Saint-Denis écrivait dans une tribune datée de vendredi : « ce n’est pas le décompte des interpellations qui devrait être à la une de l’actualité, mais la liste des revendications des lycéens et de leurs enseignants ». En Seine-Saint-Denis, on estime qu’un élève perd environ une année sur toute sa scolarité en raison d’absences d’enseignants non remplacés.
Christophe Lehousse
*Le prénom a été changé