En atelier d’écriture avec le duo Terrenoire et leurs jeunes protégés de Pantin
- Ce duo de chanteurs français, révélation aux Victoires de la musique 2022, est intervenu en atelier d’écriture pendant deux jours avec des élèves du collège Joliot-Curie à Pantin.
- Organisé avec la Philharmonie de Paris, où le groupe Terrenoire joue samedi 17 octobre, cet atelier a permis à des 3e de travailler leur expression et leur confiance en eux. Reportage.
« A 14 ans, j’habitais une petite ville populaire qui s’appelle Pantin. J’aimais bien. J’habitais à côté du canal. A côté, il y avait La Villette avec sa grand boule argentée, la Géode. Du coup, j’y allais souvent. Ambiance « Je me souviens… » au collège Joliot-Curie de Pantin. Lenny, en 3e, a parfaitement compris l’esprit de l’exercice demandé par Théo Herrerias, l’un des deux frères du duo Terrenoire, venu donner ce mardi un atelier d’écriture dans l’établissement. « Faites comme si vous aviez 25 ans de plus et que vous deviez raconter votre adolescence à un ami. Qu’est-ce que vous lui diriez ? »
Sollicités par les enseignants de français et de musique de cet établissement, les deux frères ont animé deux fois deux heures d’écriture autour du souvenir, de l’enfance, de la révolte et du lien social, des thèmes qui composent aussi l’essentiel de leur album « Protégé·e », qu’ils présentent d’ailleurs samedi à la Philharmonie.
« Dans notre tournée, on a décidé de ne pas rester dans notre bulle, mais d’aller au contact des différentes populations qu’on allait croiser, pour s’en imprégner. Et il se trouve que cette démarche correspond aussi à la philosophie du lieu qui nous accueille samedi, la Philharmonie », explique Raphaël, l’un des deux membres du groupe Terrenoire, qui doit son nom au quartier de Saint-Etienne dans lequel ont grandi les deux frères.
S’appuyant sur la musique comme un puissant vecteur de lien social, la Philharmonie mène en effet quantité d’ateliers de proximité avec les habitants. « Il y a les projets Studio 19 ou encore Demos, qui consiste à prêter pendant 3 ans un instrument de musique à des enfants qui n’avaient jusqu’ici aucune pratique instrumentale », intervient Lilia Khier, chargée de projets éducatifs pour cette institution financée notamment par le Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis.
« Ça fait du bien de dire ce qu’on a en soi »

Raphaël Herrerias, l’une des moitiés du groupe Terrenoire, a animé un atelier d’écriture pendant que son frère Théo assurait l’autre.
Pendant que dans le CDI, Raphaël Herrerias questionne les collégiens sur leur soutien au mouvement lycéen et leurs propres revendications, Théo poursuit dans la nostalgie. « Racontez-moi un dessin animé que vous aimiez quand vous aviez 7-8 ans, un endroit à Pantin qui n’existe plus, ce que vous voulez… »
« Je me souviens de cet ami avec qui je parlais chaque midi, avec qui je jouais à la switch tous les week-ends et qui, un jour, est parti… », se livre Noah. Son voisin tente un « C’était qui ? », mais on n’en saura pas plus et c’est déjà beaucoup.
« Je trouve que ce genre d’ateliers leur permet de travailler sur leur expression mais surtout de verbaliser leurs émotions. Là, il n’y a pas de note au bout, on est dans un contexte non scolaire, et les élèves se sentent sans doute plus libres dans leur expression. C’est ça qu’on veut aller chercher », analyse après coup leur enseignant de français Mathieu Méric.
Le mieux est de laisser les élèves eux-mêmes rendre compte de ce qu’ils gardent de cet atelier. « Je trouve qu’on sait mieux raconter une histoire. La plupart du temps, on ne donnait pas assez de détails. Grâce à Théo et Raphaël, on sait maintenant qu’il faut être plus précis pour capter l’attention des gens. » Zaharaben, elle, a surmonté sa timidité et envisage désormais de davantage écrire ses pensées pour elle-même. « Ça fait du bien de dire ce qu’on a en soi ».
Ce pourrait être un début de chanson de Terrenoire. L’histoire entre le groupe et le collège Joliot-Curie de Pantin n’est en tout cas pas terminée puisqu’une classe de 6e de ce même établissement interprétera samedi soir sur la scène de la Philharmonie deux de leurs chansons, « Jusqu’à mon dernier souffle » et « Alma », avec un chœur de seniors de Pantin.
Christophe Lehousse