Le bonheur est dans le Pré (Saint-Gervais) et dans l’alpage…
- La saison des Odyssées Jeunes, voyages pédagogiques dédiés aux collégien·nes de Seine-Saint-Denis, touche à sa fin à l’approche des vacances d’été.
- Mais joue néanmoins les prolongations dans les collèges lors des séances de restitution de fin d’année scolaire.
- Une manière de raviver les souvenirs comme au Pré-Saint-Gervais où les 4e du collège Jean-Jacques-Rousseau ont appris à aller vers l’autre en prenant de la hauteur à l’assaut des Alpes.
Il est 9 heures du matin et la sonnerie de début des cours retentit entre les murs du collège Jean-Jacques Rousseau au Pré-Saint-Gervais. L’heure de se mettre au travail entre deux ponts du mois de mai, mais aussi de voyager… Ou du moins de se replonger dans l’Odyssée Jeunes encore toute fraîche réalisée avant les vacances d’avril dans la station du Grand-Bornand en Haute-Savoie.
Au menu de la séance, un atelier partagé qui permettra en toute fin d’année de présenter ce voyage aux parents lors d’une soirée « Retour d’horizons ».
Une aventure qui a embarqué 47 élèves de quatrième sur les traces des résistants du plateau des Glières, et permis de pratiquer le biathlon, sport multi-médaillé côté tricolore, l’hiver dernier lors des Jeux de Milan-Cortina. « L’objectif de cette matinée sera de créer une affiche sur un des aspects de notre voyage, énonce Damien Chaumay, professeur de sciences de la vie et de la terre (SVT) et l’un des coordonnateurs de l’Odyssée. Vous avez 3 heures ensemble pour vous remémorer ce voyage. Pour composer votre affiche, il faudra lui trouver un titre, rédiger un texte qui résume votre Odyssée et vous pourrez aussi ajouter une carte, un dessin, un schéma. A vous de jouer donc… »

Vivre libre ou mourir aux Glières
Aussitôt dit, les élèves se répartissent en petits groupes pour plancher en mode souvenirs-souvenirs. Parmi les élèves, une quinzaine font partie de la classe des élèves allophones, soit les élèves de l’Unité Pédagogique pour Élèves Allophones Arrivants (UPE2A) dans la terminologie de l’Éducation nationale. Pour ces « UP2A » récemment arrivés en Seine-Saint-Denis et en plein apprentissage de la langue française, le voyage a été total… Et davantage encore pour Saly, 15 ans, qui a quitté la Côte d’Ivoire en septembre dernier pour la France où une parente qui devait l’accueillir l’a finalement laissée en plan : « C’était vraiment magnifique de découvrir d’autres paysages, très différents de ceux de la ville. Je ne savais pas que la France pouvait ressembler aussi à ça, raconte timidement la frêle mineure isolée. Des maisons en bois, des endroits ultra-calmes, c’était beau… Et puis, l’histoire des résistants des Glières m’a vraiment impressionnée. Savoir que des jeunes ont été capables de se battre si jeunes pour la France, de choisir de vivre libre ou mourir, c’était très émouvant… »
« Un avant et un après l’Odyssée »
Effectuer l’ascension vers le plateau des Glières avec une météo pas très printanière a aussi été l’occasion de resserrer les liens entre élèves allophones et les autres. « Le constat de départ, c’est que l’intégration pour les classes d’allophones est souvent assez difficile, explique Sylvie Bertrand, enseignante en français au sein de cette section particulière du collège. Aussi bien dans la cour de récréation que dans la vie de tous les jours. Avec ce voyage, je me suis vraiment rendu compte qu’il n’y a rien de mieux que cette expérience de vie quotidienne en commun pour rapprocher les élèves. Partager des moments forts change la donne. Clairement, il y a eu un avant et un après cette Odyssée. Les moqueries sur les accents dans la cour ont vite disparu en rentrant au Pré… »

Ce que confirme dans un grand sourire Kadiatou, 14 ans, grandie, elle, dans l’Hexagone : « Franchement, ce voyage était génial parce qu’il y avait une bonne ambiance entre nous et on a appris à mieux se connaître. D’habitude, on ne parle pas trop avec les Cosmos (l’appelation de la classe UP2A au sein du collège Jean-Jacques Rousseau. NDLR) et là j’ai pu discuter avec Jihad et Reahyad qui viennent du Bangladesh. Et bah, franchement, ils sont super-sympas ! Même s’ils ont encore un peu de mal avec le français, on a pu vraiment communiquer, se parler en fait… »
Mais aussi s’encourager, se supporter et repousser ses limites ensemble lors des activités sportives du voyage concoctées par Loïc Perrin, professeur d’EPS : « L’épreuve de biathlon disputée au Grand-Bornand a permis de former des équipes mixtes entre les élèves Cosmos et les autres, où chacun est obligé de compter sur l’autre, donc forcément on crée rapidement des liens. C’étaient des bons moments partagés. De la même façon, on a pu mener une année en mode projet entre les différentes disciplines d’enseignement alors que d’habitude les profs ont tendance à travailler plutôt chacun de leur côté… »
Une préparation très sportive
Pour cela, l’Odyssée des collégien·nes du Pré a été menée bien en amont du voyage du mois d’avril. « C’est un projet qu’on a vraiment travaillé tout au long de l’année, détaille Damien Chaumay, l’enseignant en SVT. On a, entre autres, organisé une randonnée d’intégration en début d’année scolaire à Fontainebleau ou plus récemment une course d’orientation à Vincennes. A chaque fois, l’objectif, en dehors de découvrir la faune et la flore, était d’aider les élèves de Cosmos à rester moins à l’écart des autres. Au final, on se rend vraiment compte que les élèves allophones qui ont participé au projet sont maintenant mieux armés pour intégrer les classes « normales » lors de la prochaine rentrée. »
Sur les traces des loups…
Comme dans toute Odyssée, il restera des souvenirs mémorables et peut-être de futures vocations. En tout cas du côté du duo composée par Madeleine et Suzilou, Gervaisiennes qui se fréquentent depuis l’école primaire. La première se verrait bien vétérinaire et la seconde se passionne pour la géologie : « On a appris beaucoup de choses sur la vie en montagne, sur la végétation et c’était surtout impressionnant de découvrir les traces d’animaux comme des lièvres, des chevreuils et même des loups. Ca change vraiment du Pré-Saint-Gervais et c’est vraiment plus vivant d’apprendre ça dans les Alpes plutôt que dans un livre », enchaînent les deux copines.

Tellement vivant que Suzilou semble, après son retour à la vie urbaine, toujours subjuguée par les roches sédimentaires observées à l’occasion d’une visite guidée : « Je les trouve jolies à observer et leur histoire est surprenante. Savoir qu’elles proviennent des fonds des océans, c’est incroyable ! »
De quoi donc graver cette Odyssée dans le marbre, ou tout au moins dans la roche sédimentaire…
Bientôt une nouvelle saison d’Odyssée(s)
Depuis 2009, le Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis, la Direction des services de l’Éducation Nationale du 93 et la Fondation BNP Paribas développent « Odyssée Jeunes », un programme de subvention unique en France qui contribue au financement des voyages pédagogiques pour les élèves de collèges publics en Seine-Saint-Denis. Les projets Odyssée Jeunes peuvent être financés à hauteur de 16 000 euros. Une contribution qui représente en moyenne 60% du coût des projets. Depuis la création du programme, ce sont 63 666 collégien·nes qui ont mené 1570 Odyssées à travers l’Hexagone et le monde.
La prochaine session pour candidater à Odyssée Jeunes sera ouverte du lundi 14 septembre au vendredi 16 octobre 2026, pour des projets de voyage courant sur l’année scolaire 2026-2027. Pour en savoir plus, c’est par ici !