« Faire pour mais surtout faire avec les jeunes » : le Département présente sa stratégie jeunesse

« Faire pour mais surtout faire avec les jeunes » : le Département présente sa stratégie jeunesse
Politiques publiques
  • Le Département a présenté le 10 avril la feuille de route de ses futures politiques jeunesse, née d’une grande concertation.
  • Précarité, accès à l’emploi, santé mentale, discriminations : au cours de 6 derniers mois, plus de 1000 jeunes et des partenaires importants ont été consultés pour connaître leurs besoins premiers.
  • Douze objectifs ont au total été définis dans la feuille de route. On vous en présente cinq.

« Quand tu seras grand, tu feras ce que tu veux, nous dit-on depuis l’enfance. D’accord, mais pas dans un 10m2 et sur un matelas gonflable… » C’est peut-être parce qu’elle est passée par Eloquentia Saint-Denis, association visant à développer la prise de parole des jeunes en public, que Constance a le sens de la formule. Mais au-delà de la punchline, cette ancienne étudiante de Paris 8 Saint-Denis pointait une réalité criante : la précarité grandissante d’une bonne part de la jeunesse française, et tout particulièrement celle des quartiers populaires. Un jeune sur 5 en France a déjà eu recours à l’aide alimentaire, 4 sur 10 ont renoncé à se chauffer pour pouvoir dîner, comme le rappelait Cop1, une autre association basée à Saint-Denis et Aubervilliers, invitée à la présentation de la nouvelle stratégie jeunesse de la Seine-Saint-Denis.

Vendredi 10 avril, le département le plus jeune de France – 28% de sa population a moins de 25 ans – a en effet dévoilé sa feuille de route pour les futures politiques publiques concernant cette tranche d’âge. « Dans un département où 30% de la population a moins de 25 ans, où la jeunesse est confrontée à de nombreux problèmes de discriminations, d’accès à l’emploi ou au logement, nous nous devions d’agir, a ainsi expliqué Stéphane Troussel, président du Département. Avant de revenir sur la méthode : « Nous avons choisi de le faire en allant chercher la parole des jeunes sur tout le territoire, à travers des temps d’échanges soit directement avec eux soit avec des partenaires qui les accompagnent. »

Ces 6 mois d’échanges ont débouché à la fois sur une feuille de route – listant les principales actions départementales préconisées pour répondre aux besoins des jeunes – mais aussi un livre blanc, insistant de son côté sur des actions de plaidoyer auprès de l’Etat, dans des domaines qui sont hors des compétences des Départements. 12 objectifs clairs ont été définis, dont 5 ont été exposés en détail au cours de la soirée de présentation.

S’engager pour une alimentation saine et équilibrée

Charles Cuvillier, responsable à Saint-Denis de l’association Cop1

« Aujourd’hui, le temps de la vie étudiante qui devrait être un temps d’épanouissement est devenu un temps contraint : 1 étudiant sur 3 saute régulièrement des repas, 1 sur 5 a déjà eu recours à l’aide alimentaire. Certes, on note quelques améliorations comme la généralisation des repas des Crous à un euro. Mais ce que le gouvernement donne d’une main, il le reprend de l’autre : en témoigne par exemple sa volonté de supprimer les APL (Aides personnelles au logement) pour les étudiants étrangers. Il faut donc vraiment se battre pour des mesures qui diminuent la précarité chez les jeunes » Charles Cuvillier, l’un des responsables de Cop1, dressait un tableau assez préoccupant de la précarité étudiante en Seine-Saint-Denis. Présente dans 31 villes en France, Cop1 intervient aussi à Saint-Denis et Aubervilliers où elle organise une distribution alimentaire par semaine, en proposant un maximum de produits bio.

Belaïde Bedreddine, vice-président du département en charge de  l’écologie urbaine, a exposé les quelques solutions nées des échanges avec les étudiants de Paris-8 ou d’ailleurs : la multiplication d’épiceries solidaires ou encore un plaidoyer pour l’instauration d’un RSA jeunes, puisque le RSA exclut toujours de facto tous les jeunes de moins de 25 ans.

Prendre soin de la santé physique et mentale des jeunes

Lisa, étudiante à Paris-8

C’est par cet axe qu’avait commencé la grande concertation des jeunes en Seine-Saint-Denis. Sans doute parce que ce thème, notamment la santé mentale, a été identifié comme une urgence, eu égard aux chiffres alarmants qui tombent année après année, au moins depuis le Covid : un jeune sur 2 se sent mal mentalement, un sur 7 a un risque de détresse sévère, 9 sur 10 ressentent une pression à la réussite autour de leur avenir, révélait l’étude nationale Mentalo (datant de 2025). Lisa, étudiante en Master Culture à Paris 8 n’hésitait elle pas à lier précarité générale et répercussions sur la santé mentale.

« Face à cette urgence, le Département va notamment débloquer 130 000 euros pour soutenir 30 associations proposant des actions d’accompagnement dans le cadre de la santé mentale. », a signalé Magalie Thibault, vice-présidente du Département en charge de à la santé. Une clinique-étude, portée par la Fédération Santé des Etudiants de France, qui pilote déjà le Relais 93 à La Courneuve proposant des consultations psy pour les étudiants de Seine-Saint-Denis, devrait aussi voir le jour.

 

Accompagner l’accès à la formation et l’insertion professionnelle

Ayrin et Menel, étudiantes à Paris-8

En Seine-Saint-Denis, 12% des 83 000 allocataires du RSA sont des jeunes entre 25 et 30 ans. A cela s’ajoutent les jeunes ni en étude ni en emploi qui ne sont pas forcément repérés par des Missions locales. Des situations qui suscitent souvent essoufflement et perte d’espoir et contre lesquelles ne protège pas toujours le fait d’avoir un diplôme. « Souvent, on a l’impression d’être livrés à nous-mêmes. Par exemple, pour trouver un stage, ce n’est pas évident : j’ai frappé à tellement de portes, mais à chaque fois, c’est non. Tout ça crée un stress assez néfaste. », expliquait Nisrine, étudiante en Master 1 en droit à la santé à Paris-8. Le manque de réseaux et de réelles discriminations à l’embauche sont autant de freins supplémentaires, ajoutait Ayrin, présente sur scène, dans un slam inspiré.

Les outils à disposition ? S’il n’y a pas de baguette magique, le Département a tout de même doublé les moyens alloués à l’insertion professionnelle en 3 ans et modernisé le suivi des allocataires à travers un réseau de 22 Agences Locales pour l’Insertion. La demande de généralisation de l’anonymisation des CV, contenue dans le « livre blanc », a par ailleurs provoqué les applaudissements de la salle.

Lutter contre les discriminations

Noor Chayet, responsable à l’association Ghett’Up

« Dans les quartiers populaires les discriminations sont bien réelles et elles ne concernent pas que l’emploi, mais aussi l’accès au logement, à la santé, aux institutions. L’accompagnement individualisé existe bien sûr, mais on aurait besoin d’un changement systémique. » Noor Chayet, qui a grandi dans le 18e arrondissement de Paris, n’a pas rejoint Ghett’Up par hasard : cette association de Saint-Denis veut par tous les moyens donner la parole aux habitants des quartiers populaires, trop souvent invisibilisés dans les médias et laissés en marge des grandes décisions politiques. La réalité décrite par la jeune femme rejoint une statistique donnée chaque année par l’Observatoire des discriminations en Seine-Saint-Denis : 7 habitants sur 10 estiment avoir été discriminés au cours des 5 dernières années.

Oriane Filhol, conseillère départementale déléguée à la lutte contre les discriminations et à la jeunesse, a insisté sur divers objectifs listés par la stratégie jeunesse : mieux former les conseillers en insertion professionnelle pour éviter des biais en fonction du genre ou de l’origine, généraliser le dispositif « Jeunes contre le racisme » lancé dans les collèges de Seine-Saint-Denis et interpeller l’Etat sur la formation initiale des policiers.

Soutenir l’accès à la culture

Le collectif IZAO, de Clichy-sous-Bois, a donné un échantillon de son talent après la présentation de la stratégie Jeunesse.

Le Covid s’est chargé de nous le rappeler : un monde sans culture et sans liens est un monde mort, désincarné. Souvent, quand on pose la question aux jeunes des quartiers populaires sur leurs priorités, l’accès à la culture arrive dans les premiers besoins exprimés. C’était le cas pour Souleyman, 18 ans, habitant de Tremblay-en-France : « La priorité pour moi, ce serait un meilleur accès à la culture. Le but n’est pas de toujours rester dans le département, mais de s’ouvrir au monde. Pour des raisons de coût, mais aussi certains freins psychologiques, on ne se le permet pas, c’est dommage. »

En 2026, le Pass Jeunes, donnant accès à 40 « bons plans » culture ou sport à Paris et en Seine-Saint-Denis, est d’ores et déjà reconduit : 30 000 seront distribués, dont 2000 pour des jeunes de l’Aide Sociale à l’Enfance. Grâce à cette mesure, ils verront peut-être le spectacle d’IZAO, compagnie de hip hop de Clichy-sous-Bois, qui a donné un échantillon de son savoir-faire après la présentation de la stratégie jeunesse. Autre préconisation : développer des formations professionnalisantes dans la culture comme cette initiation aux métiers de la musique à Canal 93, une salle de musiques actuelles à Bobigny proposée par différentes Missions locales.

Christophe Lehousse

Photos: ©Marie Magnin

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