Les jeunes de l’ASE Césars de l’espoir
- Quatre jeunes de l'Aide Sociale à l'Enfance ont écrit, réalisé, tourné chacun·e un court-métrage et l'ont projeté jeudi 16 avril au cinéma Alice-Guy de Bobigny.
- Quatre films à l'intelligence sensible et aux messages forts tirés de leur expérience d'enfants placés.
- Et surtout, la fierté d'avoir mené à bien un projet de bout en bout, une bouffée d'espoir.
« Vous êtes des enfants de l’Aide sociale à l’enfance, des enfants à protéger. Nous avons à prendre soin de vous. » Nadia Azoug, vice-présidente du Département en charge de l’enfance, la prévention et la parentalité rappelait le jeudi 16 avril au cinéma Alice-Guy de Bobigny le rôle essentiel de l’ASE auprès d’enfants et de jeunes trop tôt confrontés à des difficultés trop grandes pour eux. Pas facile de grandir sans les repères de parents, pas facile d’acquérir la confiance en soi nécessaire pour atteindre ce dont on rêve.
Une caméra pour prendre confiance
Devant l’écran du cinéma, Thierry Pambou, responsable de la circonscription de Bobigny raconte. « L’idée de ce projet vient un peu de Jean-Philippe (un des jeunes cinéaste) Je savais qu’au moment de se rendre à ses rendez-vous à la Mission locale, il jouait un peu Casper le fantôme… Il m’expliquait : « Quand je vais à ce type de rendez-vous, j’ai pas confiance. Parce que j’ai l’impression que c’est marqué ASE sur mon visage. » C’est de là que vient l’idée de travailler sur l’image, la représentation de soi à travers la caméra. » Thierry Pambou appelle alors Ludmila Donn, une spécialiste des castings sauvage et réalisatrice qui l’avait contacté auparavant pour trouver des acteur·rices parmi les jeunes de l’ASE. elle explique : « Au départ, nous faisions des ateliers d’improvisation sur des situations de leur quotidien. Puis nous cherchions à accomplir un projet ensemble et je me suis dit que la meilleure chose ce serait qu’ils soient meneurs, meneuses de leur projet. Qu’ils aillent au bout de quelque chose. L’idée de la réalisation de court-métrages est venue ainsi. » A raison d’une séance par semaine, les jeunes commencent à écrire, avec plus ou moins de difficulté. Ludmilla Donn les accompagne à chacune des étapes, écriture, tournage… Elle précise que « la régularité n’était pas le moindre des obstacles. Une journée par semaine, c’est à la fois beaucoup et peu, surtout avec les congés scolaires. Et bien souvent ces jeunes ont des préoccupations plus importantes que l’écriture d’un scénario. Alors parfois ils sont là, parfois non…. » Mais Ludmila ne les lâche pas, et les projets avancent, avec succès. « J’ai vu qu’ils avaient une grande sensibilité, ce sont des artistes. L’art permet d’exprimer ce que l’on a vécu, et je leur dit souvent « ce que vous avez vécu, c’est de l’or. »
Chaque jeune a finalement écrit son film, qui, budget serré oblige, a été tourné en une journée avec un caméraman et un preneur de son. Ludmila Donn précise au public « Tout ce que vous voyez dans les films est improvisé et c’est en plan séquence. Il n’y a pas de coupes. Les jeunes, vous pouvez être fiers de vous ! Ce n’est pas facile d’improviser, de tenir la scène durant 5 minutes. Même certains comédiens professionnels ont du mal. Pas de coupe, pas de triche ! »
Quatre films témoignages
Dignité, Sofiane Ramzi Bacha a choisi d’évoquer la difficulté pour une jeune de l’ASE de trouver un emploi, la facilité avec laquelle elle peut se retrouver sur le chemin de la prostitution. Il explique : « Ce film, c’est un message plus qu’autre chose. J’ai été dans des foyers, et c’est ce qu’on voit souvent. Il ne faut jamais baisser les bras, toujours demander de l’aide quand on va pas bien. Quand ça ne va pas, il ne faut pas rester dans un coin. »
A la question qu’est-ce qui a changé chez toi entre avant et après ce film ?, il répond : « Tout simplement, le fait d’avoir fait un film dans ma vie. Je pense que ça changé beaucoup de choses. Je n’aurais jamais imaginé qu’un jour je ferais un film. »
La fin est le début de quelque chose d’Elias Gonzalez : « Je ne suis pas doué pour écrire, mais je trouve que l’idée de ce film est bien. Parce que dans ma famille il y a des personnes qui dorment dans la rue, et moi pour leur rendre hommage je voulais jouer le rôle d’un SDF. »
Ce que ce film a changé ? : « Je n’avais jamais fait ça auparavant, et honnêtement je n’avais pas envie de le faire. Il fallait que Sofiane et Ludmila me donnent l’envie, parce que de base devant la caméra je baissais les yeux, j’étais timide. Par la suite ça m’a carrément intéressé et je me suis mis à faire du théâtre et là t’as pas le choix, tu dois pas être timide. Depuis je suis des cours de théâtre, une école de photographie, des stages dans le cinéma aussi, et j’ai joué dans des courts-métrages. »
Regarde-moi de Léa Touvy « Je voulais parler de perdre quelque chose qu’on a, comme un membre. Je connais quelqu’un à qui c’est arrivé. Mon court-métrage, je ne le voyais pas du tout comme ça, je devais finir à l’hôpital… Mais par manque de moyen, de temps nous avons tout tourné dans une journée. Ce qui m’a plus plu, c’est de tourner. C’est devenu une vraie passion, je veux devenir actrice ! Je suis une enfant de l’ASE depuis 15 ans, je suis actuellement en contrat jeune majeur, je sais comme ça peut être dur. Mais je voudrais dire aux jeunes dans la salle, ne lâchez rien ! »
« Qu’est-ce que ça a changé chez moi ? Beaucoup de choses ! Quand j’ai commencé ce projet, j’étais perdue. J’étais déscolarisée, je ne
voulais plus rien faire. Beaucoup de problèmes personnels. Et le fait de faire ce projet, ça m’a accroché à la vie, ça m’a donné un objectif, un but à atteindre. Et j’ai adoré tourner. Je ne voulais plus que ça s’arrête. En fait je ne peux même pas décrire tout ce que ça m’a fait ! »
Le Dilemme de Jean-Philippe Fay Un film sur les bons et les mauvais choix, leurs conséquences, l’aide qu’on peut recevoir « Ce qui m’a inspiré, c’est mon histoire personnelle, au point de vue des conneries mais aussi
de ce grand cousin qui est venu et m’a un peu tiré les oreilles. »
« Avant ce projet, je publiais des trucs que je faisais, mais c’était pas des trucs trooop…. Trop légal on va dire. Je faisais beaucoup de bêtises, j’ai fait de mauvais choix, je fréquentais de mauvaises personnes. Ce projet ça été pour moi une porte de sortie, ça m’a permis de réaliser le potentiel que j’avais. Et de me réveiller. »
Wendy Lagabrielle a tourné dans Dilemme. Elle conclue : « Je pense que ça m’a apporté énormément de résilience, savoir comment aborder les choses. Ce n’est pas parce qu’on a un gros souci dans la vie que tout s’arrête. L’important c’est de se relever, on prend confiance et on avance. »
Photos Marie Magnin