Une exposition sur les métiers des Archives
- Pendant plusieurs mois, le photographe montreuillois Olivier Culmann est venu immortaliser le travail des archivistes de la Seine-Saint-Denis.
- Son exposition de photographies a été inaugurée le 17 septembre dans le hall des Archives départementales de Bobigny.
- Nous avons rencontré l’artiste qui s’est longtemps plongé dans les bureaux des administrations françaises.
Pourquoi avez-vous décidé de braquer votre objectif sur l’univers des Archives départementales ?
Par appétence pour ce milieu et par un heureux enchaînement de circonstances… En 2022, j’ai répondu à une commande initiée par le Ministère de la Culture auprès de deux cents photographes pour effectuer une radioscopie de la France suite à la crise sanitaire. J’ai alors proposé un projet qui a été retenu sur les administrations françaises et me suis longtemps plongé dans les bureaux de services publics en Seine-Saint-Denis puis plus tard en Normandie dans le cadre d’une résidence du Festival Planches Contact de Deauville.
J’ai ainsi pu explorer la mairie ou l’URSSAF de Montreuil, les Directions de l’Enfance et de la Famille (DEF) et de la Prévention et de l’Action Sociale (DPAS) du Département de la Seine-Saint-Denis, puis en Normandie la préfecture et les archives du Calvados, la CAF et l’URSSAF du Havre, la CPAM d’Evreux…
Contacté par Caroline Andréani, cheffe du service de la valorisation des Archives départementales, j’ai tout de suite adhéré à ce projet de faire connaître cet univers, en mettant en lumière tous les gens qui travaillent dans l’ombre au sein des services publics.
Les coulisses des Archives sont des sujets peu photographiés, pas forcément spectaculaires mais qui nous concernent tous·tes puisqu’elles conservent et valorisent les documents qui racontent notre histoire locale en permettant aux usager·ères de se plonger dans le passé. J’ai été bien accueilli par des agent·es, très content·es de faire connaître leur travail et qui souffrent parfois d’un manque de visibilité auprès du public.
Comment faites-vous pour inciter les agent·es à se livrer devant votre objectif ?
Mon immersion dans les services des Archives s’est très bien passée, les agent·es ayant été très positif·ves à mon égard. Evidemment, chaque personne est libre d’être photographiée ou pas. Je suis vraiment là en observateur, en me fondant le plus possible dans le décor et en restant parfois assez longtemps sur le terrain. J’essaie d’avoir un regard documentaire pour capter les mini-événements (gestuelles, expressions…) de manière à ce que chaque photo raconte une petite histoire particulière, en évitant le côté ennuyeux. Marqué par le style d’Henri Cartier Bresson qui laisse vivre les sujets devant son objectif, je peux avoir un regard un peu décalé, parfois humoristique, tout en gardant de la bienveillance pour les personnes mises en avant. Je défends le fait que la photographie est nécessairement subjective et montre non pas le réel mais une vision à un moment donné d’un monde qui ne cesse de bouger.
Grâce à mes visites, j’ai vu à quel point les archivistes, magasinier·ères, médiateur·rices du patrimoine sont des personnes passionnées et donc passionnantes qui travaillent sur le long-terme. La diversité des archives qui prennent la forme de documents papier, de photographies, de supports audiovisuels m’a également surpris. Les magasins du site de Bobigny renferment près de 24 000 mètres linéaires de stockage, répartis dans trois tours de 10 à 12 étages, qui comprennent des archives administratives pures mais aussi les fonds du Parti communiste français, des éléments liés à la mémoire ouvrière ou au patrimoine industriel du département, des archives culturelles et artistiques…

L’expo-photo présente en détail les missions de la structure départementale et le circuit des documents d’archives, de leur collecte à leur communication auprès du public.
Est-ce la première fois que vous travaillez sur le territoire de la Seine-Saint-Denis ?
Non, pas vraiment. Montreuillois depuis 25 ans, je suis membre du collectif de photographes Tendance floue, qui réalise des projets collectifs de production d’images. Grâce à cette structure, j’ai notamment effectué des reportages photographiques dans des écoles de ma commune, une série de portraits d’une quinzaine de Montreuilloises… Je me souviens par exemple d’un projet sur le thème de la subjectivité effectué auprès d’élèves que j’avais photographiés à des moments différents dans leur classe (lorsqu’ils rigolaient ou faisaient la tête par exemple). Les photos sélectionnées visaient à leur montrer que le moment choisi par le photographe peut grandement influencer la lecture et montrer des choses très positives ou très négatives. D’où la nécessité de contextualiser…
J’aime beaucoup la Seine-Saint-Denis mais c’est vrai que j’évolue plutôt à Montreuil, une ville que j’apprécie pour son multiculturalisme, avec par exemple des communautés maliennes, nord-africaines, gitanes qui vivent ensemble sans difficulté. J’aime beaucoup aussi sa diversité architecturale, ce côté mélange des genres, l’attention portée à la mixité urbaine. C’est un territoire qui bouge énormément sur le plan de l’urbanisme, ce que je trouve passionnant.
*Le Pulse, qui héberge les services centraux du Département de la Seine-Saint-Denis, est situé au 46 rue Proudhon à Saint-Denis (métro Front-populaire).
Exposition gratuite « Les métiers des archives » labellisée « Bicentenaire de la photographie » par le Ministère de la Culture, visible jusqu’au 15 janvier 2027 aux Archives départementales de Seine-Saint-Denis
situées au 54 avenue du Président Salvador-Allende à Bobigny
archives.seinesaintdenis.fr

Lors de l’inauguration, Olivier Culmann a rencontré une partie des agent·es photographié·es, Dominique Dellac, la vice-présidente en charge du patrimoine culturel…
Crédit-photo : Bruno Lévy