Catherine Ringer, chanteuse des Rita Mitsouko, est décédée
- Habitante des Lilas depuis de nombreuses années, la chanteuse des Rita Mitsouko est décédée dans la nuit du lundi 14 au mardi 15 septembre à l’âge de 68 ans.
- Citoyenne du monde, une histoire forte la lie pourtant au département, où elle avait notamment connu son grand amour Fred Chichin, à Montreuil.
- La créatrice de « Marcia Baila » ou « C’est comme ça » aura été de nombreux combats au sein du département, dont celui pour la préservation de la Maternité des Lilas.
Dans l’histoire des Rita Mitsouko, la Seine-Saint-Denis n’est pas un lieu quelconque. En 2019, Catherine Ringer elle-même racontait au Parisien le début de son histoire d’amour avec Fred Chichin, en 1979 : « C’était à la Maison populaire de Montreuil. Je chantais dans une espèce de spectacle de théâtre d’extrême gauche sur les exclus. Je déblatérais des propos musclés, que je ne pensais pas forcément d’ailleurs. On a eu besoin d’un guitariste et Fred est venu. Il est resté une semaine et m’a débauchée : Allez viens on va faire un groupe de rock. »
Les Rita Mitsouko étaient nés et allaient faire danser la France pendant une bonne vingtaine d’années. Une vie de tournées, de fête et de poésie. Mais au milieu de ce tourbillon, le duo se ressourçait aux Lilas, où il avait élu domicile. « Elle était une personnalité hors norme : une franchise rare, parfois piquante, mais qui faisait du bien ; une humanité profonde et un altruisme sincère ; une proximité rare et une simplicité toujours surprenante. », lui rendait d’ailleurs hommage Lionel Benharous, l’actuel maire des Lilas.
De toutes les manifs avec la Maternité des Lilas
Et, pour Catherine Ringer, être de quelque part voulait aussi dire se battre pour ce lieu. C’est ainsi qu’elle aura mené aux Lilas des combats en accord avec ses valeurs humanistes, féministes et écologiques. « Ah ça oui, c’était une féministe, clairement, témoigne Chantal Birman, sage-femme pendant 40 ans à la Maternité des Lilas pour laquelle Catherine Ringer s’est fortement impliquée. Et si la Maternité a finalement fermé ses portes en 2025, après plus de 60 ans d’activité, ne laissant qu’un centre de santé, ce n’est pas parce que Catherine Ringer a baissé les bras. « Elle a été d’un soutien sans failles, elle était là à toutes les manifs. Elle avait même créé un clip « La Maternité des Lilas vivra » qu’on peut encore trouver sur internet (2013) », se souvient Chantal Birman.
Pas étonnant donc qu’on ait retrouvé Catherine Ringer à chanter la Marseillaise au moment de l’inscription de l’IVG dans la Constitution, le 8 mars 2024. Un moment où sous le regard d’Emmanuel Macron, elle n’avait d’ailleurs pas pu s’empêcher de féminiser la Marseillaise : « Marchons et chantons cette loi pure dans la Constitution ».
Du Ringer dans le texte. Une poétesse bien plus qu’une star. Une rêveuse dans l’action. Autre anecdote bien représentative de ses engagements en Seine-Saint-Denis, celle racontée par Maxime Carsel, journaliste indépendant aux Lilas. « Avec un collectif écologiste, j’ai l’habitude de faire des sessions de ramassage de déchets au parc Barbusse, entre les Lilas et Romainville. Un jour, je lui avais écrit un mail pour lui proposer de venir nous donner un coup de main. Le mail était resté sans réponse et je m’étais dit « tant pis ». Le jour-même, je vois Catherine arriver et mettre la main à la pâte comme tout le monde. Pendant qu’elle ramassait les déchets avec nous, elle chantait : « Marciaaa ! » Un moment surréaliste. On s’est sentis hyper-privilégiés d’avoir un concert privatif ». Ce serait bien, d’ailleurs, que ce parc ou un autre équipement public porte son nom », souhaite ce militant écologiste.
Engagée, Catherine Ringer l’était aussi pour la vie culturelle de sa commune, comme à l’heure de sauver le Melting Potes, un bar accueillant tous les mois des groupes, dont celui de son fils, Raoul Chichin, guitariste de son état. A sa famille, à ses proches, nous adressons nos plus sincères condoléances.
Christophe Lehousse