Après la tempête des classes préparatoires

Après la tempête des classes préparatoires
Littérature
  • Originaire du Raincy, Adélina Lauruol publie « Après la pluie », son premier roman contemporain aux éditions Milan.
  • L’histoire ? Justine, jeune fille en classe prépa littéraire, est tiraillée entre ses ami·es, son milieu social et des études exigeantes.
  • Interview avec l’autrice qui a elle-aussi connu cette filière d’excellence en Classe Préparatoire aux Grandes Ecoles (CPGE) Albert-Schweitzer au Raincy.

Vous êtes écrivain et éditrice spécialisée en littérature jeunesse. Pourquoi avoir réalisé cette œuvre sur l’univers des hautes études ?

J’aime écrire depuis mon enfance et l’ouverture à l’imaginaire qu’apportent les publications dédiées à la jeunesse m’a toujours passionnée. J’ai découvert la littérature contemporaine qui inclut de plus en plus de personnages d’étudiant·es dans lesquel·les je me reconnaissais. J’avais envie de parler des classes prépa, de l’univers post-bac perçu souvent avec un peu d’angoisse par les bachelier·ères et de façon plus générale, de la difficulté à trouver sa place à ce moment charnière.

Par ailleurs, je me suis inspirée de ma propre expérience puisque j’ai effectué une année d’hypokhâgne et une de khâgne au lycée Albert-Schweitzer au Raincy, prolongées par une licence en Littérature édition et métiers de l’audiovisuel suivie par un Master Commercialisation du livre à l’Université Sorbonne Paris Nord jusqu’en 2023. Ce roman n’est toutefois pas autobiographique. Justine est une bonne élève, comme je l’ai été, mais se met une énorme pression pour tenir le rythme intense des innombrables révisions, khôlles (NDLR : interrogation orale individuelle) à préparer ou devoirs sur table de 6 heures ou à rendre… Personnellement, j’étais moins stressée et perdue que mon personnage, d’autant plus que je savais très bien ce que je voulais faire plus tard.

Vous décrivez une jeune fille à fleur de peau, qui a du mal à supporter la dureté des professeurs. Comment avez-vous construit ce personnage ?

Quand on est auteur, on a souvent l’impression que les personnages viennent comme ça, dans un processus très inconscient. J’y ai mis un peu de moi dans cette impression d’être jetée dans le grand bain des hautes études après le baccalauréat. Justine, éponge à émotions, gravite autour de sa meilleure amie Salomé en endurant la compétition et l’individualisme qui règnent dans sa promotion. Elle souffre d’un tiraillement entre un nouveau cercle social qu’elle se crée et l’éloignement de ses ami·es de lycée ne comprenant pas le rythme de travail des classes préparatoires. Justine craque nerveusement à un moment lorsqu’elle subit des remarques désagréables d’un professeur. J’avais très envie de présenter un personnage qui représente les jeunes d’aujourd’hui de façon générale. Aujourd’hui, moins d’un étudiant·es sur deux est en bonne santé mentale, ce sujet est même devenu une cause nationale en France. Je voulais montrer que c’est normal parfois dans la vie d’être perdu·e, ne plus se reconnaître ni savoir ce que l’on veut faire de sa vie. Justine vit des moments de solitude puis un chagrin d’amitié, quelque chose que tout le monde vit au moins une fois dans sa vie.

Que pensez-vous du recrutement des élèves des classes prépa ?

La Seine-Saint-Denis intègre plusieurs CPGE : les lycées Jeanne d’Albret à Bobigny, Henri-Wallon à Aubervilliers, Paul-Éluard et la Maison d’éducation de la Légion d’Honneur à Saint-Denis… qui forment à des parcours scientifiques, technologiques, littéraires, économiques, commerciaux…

Etant banlieusarde et n’ayant eu qu’une expérience au lycée Albert-Schweitzer au Raincy, j’aurais du mal à parler des inégalités dans l’accès aux grandes écoles. Je regrette cependant l’opacité de l’algorithme de Parcours Sup qui détermine pourtant tous les ans l’avenir de centaines de milliers de jeunes.

De mon côté, même si mes deux années en prépa ont été dures avec peu de loisirs, ces études ont été très intéressantes et très utiles pour la voie que j’ai choisie.  J’ai toujours été passionnée par le milieu de l’édition pourtant très compétitif. J’ai travaillé entre autres pour les groupes Editis, Milan, Ellipses, j’ai été blogueuse littéraire et j’ai aussi publié un livre de fantasy « Moons and sun » chez Hachette Lab en 2022, qui a été sélectionné au Prix Rosny Aîné 2023 et au Prix littéraire de l’imaginaire Booksphère 2022. Actuellement, je suis éditrice en fiction étrangère et mes journées sont occupées par les traductions, les droits d’auteurs, le suivi éditorial, les liens avec les auteurs, les graphistes, les fabricants… C’est ultra-enrichissant et j’attends avec impatience la rentrée littéraire et un peu plus tard en novembre le Salon du livre de jeunesse de Montreuil, subventionné par le Département, où je réaliserai des séances de dédicaces pour mon dernier roman. La production de livres explose depuis 25 ans et j’espère que les lecteurs continueront à faire le choix de ralentir un peu et de pousser les portes des librairies.

 

Avec plus de 60 000 étudiant·es, la Seine-Saint-Denis constitue le deuxième pôle universitaire d’Île-de-France.

Des filières d’excellence en Seine-Saint-Denis

Depuis 2024, le Département et l’Education Nationale ont lancé des mesures ambitieuses pour accroître l’attractivité de collèges du territoire. En effet, certains collèges souffrent d’une image négative, parfois injuste, qui engendre un « évitement » : les parents, inquiets, préfèrent parfois inscrire leurs enfants dans le privé ou demander une dérogation.

Un Observatoire de l’attractivité et de la mixité sociale et scolaire des collèges de Seine-Saint-Denis a été créé afin de comprendre ce phénomène et proposer des mesures rendant ces établissements plus désirables aux yeux des familles. Au programme : la création d’options comme des sections linguistiques, sportives, grec et latin, des classes à horaires aménagés artistiques, des sections d’excellence mathématiques, des actions contre les fausses rumeurs… Une quarantaine d’établissements en bénéficient actuellement, le Département ayant débloqué plus de 5M€ de travaux pour embellir les locaux, créer des salles innovantes, améliorer la sécurité…

De même, 6 collèges (Gérard-Philipe à Aulnay-sous-Bois, Pablo-Néruda à Stains…) proposent un internat, permettant un environnement encadré favorisant la régularité et l’autonomie des élèves, l’accès à des sections sportives, culturelles ou linguistiques.

Toutes les conditions pour réussir ses études, construire son esprit critique et un bel avenir !

Crédit-photo :  Adélina Lauruol, Nicolas Moulard et Fatima Jellaoui

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