Mohamed Sankhé, au-dessus du panier

Mohamed Sankhé, au-dessus du panier
Basket
  • Passé par les meilleurs clubs du département étant ado, le basketteur Mohamed Sankhé évolue aujourd’hui parmi l’élite, dans l’équipe Espoirs des Metropolitans de Boulogne-Levallois, l’ancienne formation de la star française Victor Wembanyama.
  • Surclassé, et alors qu’il a découvert la balle orange il y a seulement six ans, le Montreuillois de 18 ans connaît une ascension fulgurante.
  • Son objectif ? Devenir professionnel. Son rêve ? Jouer un jour en NBA, la ligue de basket américaine.

Samedi 3 février, Palais des Sports Marcel-Cerdan, à Levallois. Dans le bouillant derby opposant les Espoirs des Metropolitans de Boulogne-Levallois à leurs homologues du Paris Basket, il en est un, sur le parquet, qui semble imperturbable. Sous la raquette, Mohamed Sankhé, pivot des Mets, fait parler avec rage et autorité ses 2,05 m et ses 116 kg. Il rendra au final une copie très propre (9 points, 10 rebonds, 2 passes et 2 contres) qui lui vaudra d’être élu MVP (homme du match) de la rencontre – pour la troisième fois cette saison, en seize matches. Il permettra aussi à son équipe d’enregistrer un succès (72-59) qui en plus d’être prestigieux, face au grand rival, est le bienvenu, elle qui stagne dans le ventre mou du championnat. La performance de ce jeune homme (18 ans depuis le 1er janvier) originaire de Montreuil est d’autant plus remarquable qu’il évoluait ce soir-là aux côtés de joueurs qui avaient trois à quatre ans de plus que lui. Mais visiblement, il en fallait plus pour déstabiliser ce roc qui navigue depuis un an entre les U18 (la catégorie qui correspond à son âge) et les Espoirs.

La victoire et les honneurs digérés, il nous convie quelques jours plus tard dans ce qui est, après l’appartement familial de la Croix-de-Chavaux, à Montreuil, son deuxième chez lui depuis trois ans : le centre de formation des Metropolitans, à Boulogne. Dans les couloirs et les pièces communes, le décor est épuré. Sur les murs, quelques paniers de basket « vintage » et une écharpe aux couleurs du club nous rappellent où on est. Sur la table basse du petit salon, la pile de magazines à la gloire de Victor Wembanyama est bien la preuve que le spectre de la star française parti rejoindre l’été dernier les San Antonio Spurs en NBA (la célèbre ligue américaine) plane toujours au-dessus des Mets. « Il a 20 ans mais c’est déjà une légende, c’est un honneur de porter ce maillot qu’il a bien connu. Mais en même temps, c’est un joueur tellement hors-norme qu’il n’est pas vraiment une source d’inspiration pour moi. Sur le plan du jeu, il y a Victor et puis les autres », commente avec lucidité Mohamed.

Si marcher sur les pas de Wembanyama semble inaccessible, le Montreuillois caresse lui aussi, comme n’importe quel joueur de sa trempe,  le doux rêve de jouer un jour en NBA. Durant les fêtes de fin d’année, il a profité d’un voyage aux États-Unis pour aller voir jouer son pote Bilal Coulibaly, autre jeune crack français passé par les Mets, qui joue désormais aux Washington Wizards. « Bilal, je l’ai connu au centre de formation, on est resté en contact. Il a connu une progression fulgurante, ses conseils sont toujours précieux. » Si rien ne semble arrêter « Mo », la priorité cette année pour lui s’écrit également en trois lettres mais n’est pas vraiment du même tonneau : le BAC. Options maths et sciences éco, en ce qui le concerne. Un précieux sésame qui, en plus de lui donner accès à des études supérieures, lui ouvrirait les portes de l’équipe première (le club en a fait une condition), qui connaît une année difficile en championnat de Pro A (1ère division) et pourrait être amenée la saison prochaine, notamment en cas de descente, à faire davantage appel à son vivier de jeunes.

Découverte du haut niveau à Villemomble

Voix posée – il n’a jamais un mot plus haut que l’autre -, calme à toute épreuve, lesquels tranchent avec son physique de déménageur, Mohamed se remémore pour nous ses premiers pas dans le basket : « Après avoir pratiqué la natation, je me suis mis au basket quand j’avais 12 ans, c’est très récent quand on y pense », glisse-t-il. Son histoire d’amour avec la balle orange est le résultat de plusieurs rencontres déterminantes. Il y eut d’abord celle avec Teddy Servais, son prof d’EPS au collège Marcelin-Berthelot de Montreuil qui, impressionné par le gabarit du jeune homme, lui propose d’intégrer l’équipe de basket de l’association sportive et de disputer ainsi le championnat UNSS (Union nationale du sport scolaire). « Ça a été pour moi une révélation, confie Mohamed. J’ai tout de suite su que ce sport était fait pour moi, j’y suis même devenu complètement accroc. » Dans sa chambre, il regarde en boucle des matches NBA où il analyse les systèmes tactiques, décortique les shoots, scrute les déplacements des joueurs. « J’essayais de reproduire sur le terrain ce que j’observais à la télé, j’étais conscient que j’avais du boulot (sourire). » Très vite, il s’impose comme le maillon essentiel de son équipe, qu’il conduira en finale du championnat, et éveille l’intérêt des clubs voisins. Il tape ainsi dans l’œil de Coumba Traoré, entraîneuse charismatique de l’Alsace de Bagnolet, un club précédé d’une excellente réputation. Il rejoint l’équipe U13 mais ne s’y éternisera pas : un tel talent doit jouer à un niveau supérieur, dans une ligue de premier plan où il pourra rapidement progresser.

C’est ainsi que le « petit » Mohamed atterrit chez les U15 de Villemomble, la meilleure équipe du département dans cette catégorie d’âge et qui évolue dans le championnat de France. « À l’époque, j’étais en surpoids, il a fallu que je fasse preuve de beaucoup de volonté, que je travaille beaucoup, au niveau du foncier notamment, pour m’imposer. Je basculais dans un autre univers, passais de deux à quatre entraînements par semaine. Je me nourrissais de basket matin, midi et soir. » Mamadou Camara, son coach, décèle immédiatement le potentiel. Son protégé ayant accompli une belle année sous le maillot gris et bleu, il se résout à ouvrir son épais carnet d’adresses et prend langue avec une de ses vieilles connaissances, Trésor Masidi-Mampa, entraîneur des U18 aux Metropolitans de Boulogne-Levallois. « Il se trouve que je le connaissais déjà et que je l’avais dans le viseur depuis quelque temps, assure ce dernier. La Seine-Saint-Denis possède un vivier intarissable de jeunes talents si bien que les Mets ont des yeux partout dans ce département. » Quelques essais plus tard, Mohamed s’engage à Boulogne où il intègre le centre de formation. À 15 ans, il quitte pour la première fois le nid familial montreuillois (sa mère, sa sœur et son frère) pour s’établir à l’autre bout de Paris, le cœur lourd mais l’esprit conquérant. « Villemomble a été la transition idéale pour la découverte du haut niveau et les sacrifices que cela demande mais là c’était encore un palier au-dessus. J’ai dû serrer les dents notamment quand on m’a demandé de perdre beaucoup de poids », raconte le jeune homme.

Présélectionné en équipe de France U18 ?

En trois ans chez les Mets, les progrès réalisés par Mohamed sont évidents. Que ce soit chez les U18 ou les Espoirs, il est titulaire indiscutable. « C’est un combattant, il ne lâche jamais rien, note Trésor Masidi-Mampa. Sur le parquet ou à l’école, il a fallu qu’il fournisse beaucoup d’efforts pour atteindre ses objectifs. » Et d’ajouter sur le ton de la mise en garde : « Il peut percer au plus haut niveau car il apprend très vite. Malgré un physique imposant, il a cette capacité à vite changer de rythme et à faire plus que ce qu’on attend d’un joueur de sa taille. En revanche, il doit apprendre à surmonter l’échec et améliorer sa lecture du jeu. En tant que joueur majeur, il est davantage attendu et doit à chaque fois trouver une nouvelle solution pour tromper la défense de l’adversaire. »

Philippe Sudre, responsable du centre de formation et coach des Espoirs, ne dit pas autre chose : « Au regard de son niveau actuel, il a toutes les chances d’être présélectionné en équipe de France U18 pour disputer les championnats d’Europe l’été prochain. De plus, Mohamed est bien entouré, sa famille est très présente mais jamais intrusive et, surtout, ne tire pas de plans sur la comète – l’écueil à éviter. À l’instar du club, elle veille à ce qu’il performe aussi dans ses études. S’il ne fait aucun doute qu’il signera professionnel un jour, il est impossible de prédire la suite, une carrière repose sur trop de paramètres. » « Mon objectif est de vivre du basket, où que ce soit. La NBA attendra, affirme Mo. Le plus important est que ma famille soit fière de moi et vienne assister à mes matches pour m’envoyer leur énergie. » Quand sa mère, sa sœur et son frère sont dans la salle pour l’encourager, Mohamed n’est jamais aussi fort, révèlent les statistiques. Quand il a fini homme du match, ses proches devaient être assis au premier rang.

Grégoire Remund

Photos: ©Nicolas Moulard (entrée) et ©club des Mets 92

Tous les commentaires3

  • Camara

    Fière de toi momo

  • Malcolm

    On est là depuis le début et on sera là à la fin

  • Nat Pat

    Magnifique ascension bravo..

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