Alain Chamois, pilier de l’AC Bobigny 93 rugby, est décédé

Alain Chamois, pilier de l’AC Bobigny 93 rugby, est décédé
Disparition
  • Joueur à l’AC Bobigny 93 puis président de 1990 à 2018, ce Balbynien de toujours est décédé jeudi 16 avril à l’âge de 71 ans.
  • Passionné de ballon ovale, il aura fait énormément pour le club rouge et noir où sport rimait avec fête sous sa présidence.
  • Celui qui était grossiste à Rungis durant sa vie active laisse à tous le souvenir d’un homme taiseux mais jovial, et amateur de bonne chère.

« Dans la cité Normandie de Bobigny où on a grandi, il y avait une place intérieure avec un bac à sable où on aimait jouer. Quand on descendait, Alain avait toujours trois chapeaux de cow-boy et deux pistolets à nous prêter à nous qui n’en avions pas. Déjà petit, c’était tout lui : fédérateur et avec une âme de dirigeant. »

L’anecdote vient d’André Lentini, un autre enfant de Bobigny qui aura joué puis œuvré au sein de l’AC Bobigny rugby 93 aux côtés d’Alain Chamois. Celui qui fut joueur au sein des Rouge et Noir dès ses 12 ans avant de présider aux destinées du club de 1990 à 2018 est décédé jeudi 16 avril, à l’âge de 71 ans.

Avec son épouse Yannick décédée l’année dernière, elle aussi une cheville ouvrière au sein du club, c’est toute une page d’histoire qui se tourne à l’ACB rugby. « Alain, il vivait pour son club, 7 jours sur 7, 24 h sur 24 », témoigne à son tour Claude Antony, ancien adjoint au maire de Bobigny, l’un des premiers à avoir vu dans le rugby une activité bénéfique pour des jeunes de quartier, dès 1965.

Avec d’autres éducateurs, Claude Antony voit débarquer le jeune Alain qui joue à l’époque arrière puis troisième-ligne. Sacré champion d’Ile de France 2e série en 1978, Alain arrête toutefois assez vite sa carrière pour reprendre le club des mains de son père André, et fait passer le club à la vitesse supérieure.

« Il vivait pour son club »

Alain Chamois (2e en partant de la gauche) au début des années 2000. A cette époque, son fils Sébastien, présent sur la photo, joue au sein de l’équipe réserve.

En 28 ans sous sa présidence, les Rouge et Noir se structurent : les « champs de patate » du stade de la Motte laissent place au stade Henri Wallon inauguré en 1987, qui accueille aussi une Maison du rugby digne de ce nom à partir de 2007. Apparaissent aussi les premiers salariés du club, qui font notamment la promotion du rugby dans les écoles de la ville, tout cela avec l’appui considérable du Département dès 1989. Logiquement, les résultats suivent : en 2002, les garçons atteignent la Fédérale 1, le plus haut niveau amateur français.

Tout cela, Alain Chamois ne le fait évidemment pas seul. Car évoquer « Chaton » – son surnom qui ne collait guère avec son mètre 80 et ses larges épaules – c’est surtout évoquer une famille. La famille Rugby, celle des Jacky Courrent, André Lentini, Jacky Dany, Patrick Elia dit « Craquette », à laquelle se seront agrégés d’autres passionnés d’Ovalie, venus d’ailleurs mais partageant les mêmes valeurs : Jean-Luc Pussacq, Olivier Astier, Vincent Gabrelle. « Famille, c’était le maître-mot dans ce club, souligne d’ailleurs Sébastien, le fils d’Alain et Yannick, lui même joueur en seniors de 1998 à 2008 et champion de France avec la réserve en 2002. Mon père et ma mère, tous deux de Bobigny, ont su créer un esprit familial qui a contribué à la solidité du club. Je tiens vraiment à parler des deux car ils étaient indissociables. Il était rare qu’on parle de l’un sans parler de l’autre ».

Tous gardent le souvenir de l’engagement corps et âme d’un homme pour son club et de sa passion inextinguible pour le rugby. « Je le revois au bord de la main courante, assis sur une sorte de glacière, très calme, qu’on perde ou qu’on gagne, se souvient Vincent Gabrelle, actuel secrétaire général. On peut dire qu’il connaissait son affaire : il s’est rarement trompé dans ses choix de staff ou de joueurs. »

3e mi-temps

Visionnaire, Alain Chamois l’est peut-être un peu moins avec le lancement de la section féminine, en 2003. « On ne peut pas dire qu’il y ait cru dès le départ, mais il s’est laissé convaincre », poursuit Vincent Gabrelle. Ironie du sport : aujourd’hui, les garçons évoluent au niveau régional quand les filles enchaînent leur 22e année au plus haut niveau, en Elite. Des résultats qui amènent Alain Chamois à élargir le cercle des fameux repas du vendredi soir, où joueuses comme joueurs viennent célébrer leur passion commune autour d’un beau gueuleton.

Car Alain Chamois savait aussi faire rimer sport et fête. « Les 3e mi-temps aux Six-Routes de Bobigny, dans un club house que nous avions construit nous-mêmes, restent mémorables pour ceux qui les ont connues », se souvient encore Jacky Courrent. Plus tard, ce seront donc les repas au stade Henri-Wallon où Alain, grossiste en viande à Rungis, ramène de la barbaque à se damner.

Jeudi, un dernier banquet est prévu après les obsèques du dirigeant à Montfermeil. On peut être sûr que « Chaton » y refera sur un coin de table les lancements de jeu ou y commentera les rucks avec Jacky, André, Craquette et tous les autres. A son fils Sébastien et à sa fille Charlotte, à tous ceux qui l’ont côtoyé, Seine-Saint-Denis magazine adresse ses plus vives condoléances.

Christophe Lehousse

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