Une rencontre pour lutter contre les violences conjugales
- Une soixantaine de professionnel·les et des familles ont participé le 21 avril à une journée de prévention des violences conjugales à Bagnolet.
- Après avoir présenté les formes de ce phénomène, des intervenant·es ont rencontré le public pour faire connaître les ressources disponibles localement.
- Reportage dans les travées du centre socioculturel Anne-Franck au contact d'habitant·es, d'agent·es du Département, d'associations...
Deux féminicides ont endeuillé la Seine-Saint-Denis en avril en seulement quatre jours. Face à cette recrudescence préoccupante, le Département a souhaité participer à une première journée d’information sur les violences conjugales ouverte à tous·tes, qui a permis à une demi-douzaine d’intervenant·es de présenter en matinée les conséquences de ce fléau, le parcours pénal des victimes, les impacts sur les enfants…
Pendant l’après-midi, des agent·es du Département (service social, PMI, Aide sociale à l’enfance…), de la Ville de Bagnolet, des membres d’associations… ont informé les participant·es autour des stands et les ont orienté·es au plus près de leurs problématiques. Parmi les 60 visiteur·euses présent·es : des professionnel·les du secteur médico-social, des citoyen·nes mobilisé·es, mais aussi des victimes qui ont trouvé des oreilles attentives et un accompagnement adapté à leur situation.
Un réseau pour aider les femmes en détresse
Amélie* a récupéré un grand nombre de flyers et discuté longuement avec les agent·es dans les travées. « Une de mes connaissances a subi des violences de la part de son beau-père. Malgré la pression de sa famille, elle a porté plainte et vit actuellement dans un appartement mis à disposition par une association. Elle est encore très angoissée à l’idée de le rencontrer au détour d’une rue » explique la Bagnoletaise qui a glané des informations auprès des professionnel·les pour lui venir en aide.
Non loin d’elle, Manon Lecce, juriste de l’association SOS Victimes 93 répond aux questions d’une habitante. Cette structure, soutenue par le Département, accompagne les personnes victimes d’infractions pénales (agressions, accidents, escroqueries…) en Seine-Saint-Denis. « Nous proposons des permanences, notamment au tribunal de Bobigny et aidons les femmes sur les questions d’accès aux droits, en incitant les victimes à porter plainte ou à déposer une main courante, tout en évaluant le niveau de danger subi. C’est hyper important que les dames soient accompagnées juridiquement pour lutter contre le positionnement de l’agresseur qui cherche à les isoler et à les démoraliser ».

Comme SOS Victimes 93, les services départementaux sont très attentifs à ce phénomène et travaillent en transversalité avec un ensemble d’acteurs. Les agent·es ont mis en place un questionnement systématique auprès des usagères afin de détecter plus facilement les violences conjugales.
« Toutes mes collègues sont sensibilisées et nous informons ou orientons les personnes qui nous dévoilent des abus. Ceux-ci ont des répercussions sur les enfants qui peuvent avoir des retards de langage, des difficultés dans la relation à l’autre ou des baisses de niveau scolaire… et qu’on essaie aussi de protéger » déclare Edwige, puéricultrice et coordinatrice de deux centres de PMI.
Agir sur une multitude de leviers
Le service social départemental, comme la PMI, offre un cocon protecteur à celles qui souhaitent confier leurs angoisses et leurs dilemmes. Les discussions avec les agent·es peuvent quelquefois enclencher la prise de conscience d’être victimes et la nécessité de sortir de ce continuum de violences. Ce processus est souvent semé d’embûches lorsque la personne est dépendante financièrement de son conjoint, subit une pression familiale ou maîtrise mal le français ou les procédures judiciaires permettant une émancipation.
L’Observatoire des violences faites aux femmes, lancé en 2002 par le Département, joue un rôle déterminant contre cette réalité, en centralisant les données sur les violences en partenariat avec les associations, le tribunal de Bobigny, les services sociaux et médicaux… Il a mis en place des dispositifs innovants comme le téléphone « grave danger », les ordonnances de protection, le violentomètre aidant à identifier les situations à risque… « Pendant l’après-midi, j’ai renseigné une femme ayant subi des maltraitances, qui m’a fait part de sa volonté de se réinsérer professionnellement » indique Maëva Bonnet, chargée de mission de l’Observatoire. « Cette dame était déjà suivie par le CIDFF 93 qui ouvre des permanences sur le réemploi, ce qui permet l’accès à l’indépendance ».
Les violences conjugales sont à l’origine de 167 féminicides recensés en 2025 par le collectif Nous Toutes. Farida, venue chercher des ressources pour soutenir une proche, n’a pas de mots assez durs contre les courants masculinistes qui fleurissent sur internet. « On ne doit pas jouer aux apprentis sorciers avec cette question. Je connais une dame battue par son mari, qui frappait également ses enfants. Un jour, il a voulu la tuer avec ses trois filles en essayant d’incendier l’appartement. Malgré l’essence sur le sol, la justice a reconnu les violences mais n’a pas conclu à une tentative d’homicide volontaire. Elle est aujourd’hui en sécurité mais galère financièrement avec son époux qui refuse de payer la pension alimentaire ».
Les professionnel·les observent toutefois que les campagnes de communication menées par l’Etat ou les collectivités territoriales incitent les femmes à davantage porter plainte que dans le passé. L’Observatoire des violences faites aux femmes sensibilise par ailleurs les jeunes générations avec le programme « Jeunes contre le sexisme » qui touche des centaines de collégien·nes par an. Des associations interviennent aussi directement dans les classes pour conscientiser les adolescent·es à l’égalité hommes / femmes. Des sensibilisations qui sont autant de façon de semer des graines pour faire changer les mentalités et endiguer le phénomène des violences conjugales…
*Prénom modifié à la demande de l’intéressée

Sexismomètre, roue de la protection… le Département multiplie les outils pour faire progresser l’égalité hommes/femmes.
Crédit-photo : Carine Arassus et Nicolas Moulard