Accompagnement défaillant du handicap  : le Département en appelle à l’Etat

Accompagnement défaillant du handicap  : le Département en appelle à l’Etat
Solidarité
  • Face au manque criant de places adaptées pour les personnes en situation de handicap en Seine-Saint-Denis, le Département en appelle à nouveau à l’Etat.
  • Déjà sollicité en 2023, celui-ci n’avait en effet débloqué que 723 places quand le Département en réclamait 5 000 pour offrir des solutions dignes aux habitant·es.
  • Un mois avant la Conférence nationale du handicap, le Département publie donc un plaidoyer à l'adresse de l'Etat, co-signé par 27 associations et partenaires.

Yanis* a 12 ans. Sa scolarisation a débuté en maternelle mais a rapidement été interrompue en raison de difficultés majeures d’apprentissage. Malgré un besoin avéré d’accompagnement éducatif, il n’a jamais pu bénéficier d’une prise en charge en Institut Médico-Éducatif (IME). Depuis, il vit au domicile familial, ses deux parents se relayant parce que sa situation demande une surveillance constante.

13 000 enfants sans solution, 15 000 adultes

Des enfants sans solution d’accompagnement adapté, le Département en recense actuellement 13 000, dont 7 000 pour lesquels leurs familles cherchent activement une solution et n’en trouvent pas. Pour les adultes handicapés, ce chiffre sur le territoire atteint 15 000. Une situation qui s’explique par un manque criant de places en structures adaptées : la Seine-Saint-Denis présente le plus faible taux d’équipement en places d’hébergement de la métropole.

Face à cet état de fait préoccupant, le Département a une nouvelle fois choisi de tirer la sonnette d’alarme. « Nous en appelons à l’Etat qui, en Seine-Saint-Denis, ne respecte pas sa promesse d’égalité républicaine. Sur notre territoire, il y a une carence inacceptable dans l’accueil des personnes en situation de handicap alors que les besoins vont croissant », ont ainsi expliqué Stéphane Troussel, le président de la Seine-Saint-Denis, et Stéphane Blanchet, vice-président en charge de l’autonomie lors d’une visite de l’IME « Les Mille Couleurs » de Bondy.

27 acteurs du territoire sont ainsi déjà signataires de ce plaidoyer « Handicap : ce que la République doit à la Seine-Saint-Denis », dont plusieurs associations spécialisées comme APF France handicap, qui gère notamment l’IME des Mille Couleurs. « Qu’on réfléchisse un instant à la situation : c’est comme si on annonçait aux parents qu’à la rentrée prochaine, 7000 enfants n’auront pas de places en maternelle. Est-ce que ça passerait ? Non ! Alors pourquoi c’est acceptable s’agissant d’enfants handicapés ? », a tonné Pascaline Marchand, vice-présidente du Conseil départemental Citoyenneté Autonomie (CDCA).

5 mesures d’urgence réclamées à l’Etat

Déjà sollicité par la Seine-Saint-Denis en 2023, l’Etat n’avait débloqué que 37 millions d’euros sur les 204 millions estimés nécessaires pour offrir des solutions dignes aux habitants. Face à des situations de souffrance toujours plus alarmantes chez les personnes concernées et leur entourage, la Seine-Saint-Denis renouvelle donc son appel à travers un plan proposant 5 mesures d’urgence. « Parmi celles-ci figure notamment la reprise de 3 projets déjà proposés à l’Etat en 2023, lors de notre précédent plaidoyer, ou encore la prise en charge de tous les enfants en situation de handicap, que leurs parents soient en situation régulière ou pas. », a souligné le président de la Seine-Saint-Denis. Qui a aussi tenu à souligner que le Département ne se défaussait pas : « Chaque fois que nous devons verser la Prestation de compensation du handicap à des personnes qui ne trouvent pas de prise en charge, nous le faisons. Cela nous pénalise d’ailleurs très fortement vu le taux de compensation que nous reverse l’Etat, l’un des plus faibles de France (23%) », a-t-il insisté.

Le Département et les 27 signataires vont maintenant suivre avec attention les arbitrages qui seront rendus lors de la prochaine Conférence nationale du handicap, en juin prochain.

*Le prénom a été modifié

Christophe Lehousse

Photos: ©Nicolas Moulard

Reportage

« Des places manquantes, ce sont des vies qui se dégradent »

Au premier étage, un atelier contes vient de se terminer. Autour de l’éducatrice spécialisée, une dizaine d’enfants, transportés ailleurs le temps d’une lecture. Bienvenue à l’IME « Les Mille Couleurs » de Bondy. Cet institut médico-éducatif, géré par l’association APF France handicap, est spécialisé depuis 21 ans dans l’accompagnement d’enfants polyhandicapés. 50 salarié·es – psychomotricien·nes, éducateur·trices spécialisé·es, kinés, psychologues – se relaient tous les jours de la semaine pour y accueillir 40 enfants qui cumulent souvent un handicap moteur lourd avec un autre trouble, soit autistique, soit cognitif. L’externat, doté d’une cantine, est complété par un internat où vivent du lundi au vendredi 13 enfants nécessitant des soins renforcés. Baignoires spécialisées, lits médicalisés équipent ce petit bâtiment présenté comme modèle.

« Les 40 places disponibles sont prises en permanence. Pour vous dire : quand un enfant part en vacances ou en stage, on essaie systématiquement de « combler » sa place par un autre, pour donner un petit temps de répit aux parents. Par exemple, un jeune garçon est parti pour une semaine visiter un autre établissement, eh bien pendant cette période, deux jeunes filles ont pris sa place », explique Coraline Charaix, directrice adjointe du Pôle Jeunesse d’APF France handicap, qui prend en charge la visite du bâtiment.

Et la professionnelle de regretter le temps perdu par certains enfants, qui ne trouvent pas de solution et sont donc contraints de rester à la maison. « Plus ils sont pris tôt, plus ils ont de chances de progresser dans leur autonomie. A l’inverse, les retards engendrent souvent des situations de tension dans les familles. Des places manquantes, ce sont des vies qui se dégradent.», estime-t-elle.

Une liste d’attente d’une centaine d’enfants

« Bien sûr qu’il y a un manque de places, renchérit la directrice Catherine Houriez. On estime la liste d’attente à une centaine d’enfants », chiffre cette professionnelle, en poste depuis 22 ans.

Egalement présente à Villepinte, Bondy et Noisy-le-Grand pour ce qui est de  l’accompagnement enfants, l’association aimerait transférer son antenne de Villepinte, « mal située et pas toujours adaptée », vers Tremblay. Un projet qui avait déjà été soumis à l’ARS (Autorité régionale de Santé) lors du précédent plaidoyer lancé par le Département, mais resté lettre morte, faute de financements. « Le terrain, le feu vert de la mairie et du Département, tout est là, sauf les financements de l’ARS », indique la directrice. La construction de ce nouveau bâtiment permettrait pourtant d’accueillir 14 enfants supplémentaires en externat. Une aide qui serait bien précieuse compte tenu de la rareté des places.

CL

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