20 ans après, des collégien·nes rendent hommage à Zyed et Bouna
- Dans le cadre d’un projet Agora du Département, centré sur l’éducation aux médias, des élèves du collège Anatole-France aux Pavillons-sous-Bois ont réalisé une création sonore sur la mort de Zyed et Bouna.
- En 2005, ce fait divers tragique survenu à Clichy-sous-Bois avait embrasé les banlieues françaises.
- Un projet porté par le Salon du Livre et de la Presse Jeunesse et encadré par deux journalistes professionnelles.
Karim, Niouma, Jana et Kevin, collégien·nes de Pavillons-sous-Bois, ont 13 ans. Un peu moins que Zyed Benna et Bouna Traoré quand ils ont perdu la vie le 27 octobre 2005, électrocutés dans le transformateur EDF de Clichy-sous-Bois où ils s’étaient réfugiés en fuyant un contrôle de police. Un troisième jeune, Muhittin Altun, avait lui survécu, mais en était ressorti gravement brûlé. Terrible, ce fait divers révélateur des relations tendues entre jeunes des quartiers et police avait embrasé les banlieues françaises pendant plusieurs semaines.
Trop jeunes pour les avoir vécus, les 26 élèves de 4e 5 du collège Anatole-France de Pavillons-sous-Bois se sont néanmoins approprié ces événements tragiques à travers la réalisation d’un podcast, porté par le Salon de la Littérature et de la Presse Jeunesse de Seine-Saint-Denis et financé par le Département. Le jour de sa présentation, Dominique Dellac, vice-présidente du Département chargée de l’éducation artistique et culturelle, Oriane Filhol, conseillère départementale déléguée à la lutte contre les discriminations et à la jeunesse et Elodie Girardet, conseillère départementale déléguée au projet éducatif départemental, étaient présentes.
Le traitement médiatique en question
« Le style vestimentaire des jeunes a changé. Sur les images, on voit Zyed et Bouna en jeans, alors que nous c’est plutôt jogging. Mais ce qui ne change pas, c’est la relation entre jeunes et police ». Voilà notamment ce qu’on peut entendre dans « Nous avons le même âge », la création sonore de ces jeunes, pilotée par les journalistes Joséphine Lebard et Emilie Chaudet.
Ce podcast sensible et bien construit nous ramène d’abord 20 ans en arrière, au moment des faits, avant de s’interroger sur le traitement médiatique de l’affaire ou encore de dresser un portrait de Zyed et Bouna qui auraient atteint 37 et 35 ans. « Habillée » avec des extraits de l’enquête de Joséphine Lebard sur « Une année à Clichy », 10 ans après le drame ou encore la « Lettre à Zyed et Bouna » du rappeur La Fouine, l’œuvre pose une question, assez triste : « de Zyed et Bouna à Nahel, pourquoi y a-t-il toujours des violences policières ? »
Après la diffusion du podcast, plusieurs jeunes disaient d’ailleurs avoir déjà été contrôlés sans raison, alors que leur seul « tort » était d’évoluer dans l’espace public. « Franchement, il faudrait que la police arrête de contrôler des jeunes de 13 ans qui, comme par hasard, sont souvent noirs ou arabes, estimait ainsi Inès. Et leur port d’armes, il faudrait aussi le réduire parce que parfois on se sent en danger alors qu’ils devraient nous protéger », poursuivait la jeune fille.
D’autres moyens de s’informer
Côté enseignant aussi, on se disait satisfait des progrès entrevus. « Sur une initiative pareille, on ne récolte pas les fruits tout de suite, mais ils sont là, estimait Stéphanie Jarrad, professeure d’espagnol, qui a accompagné le projet. En donnant leur avis sur des sujets complexes, les élèves ont développé leurs compétences à l’oral, pris confiance et aussi découvert d’autres moyens de s’informer que les réseaux sociaux qui sont leurs sources habituelles », pointait cette référente culture du collège, qui tenait d’autant plus au projet qu’elle a enseigné 9 ans au lycée Robert-Doisneau de Clichy-sous-Bois, l’ancien établissement de Zyed et Bouna.
« Vous dites dans le podcast : « Rappelez les noms de Zyed et Bouna à vos enfants ». Eh bien je trouve que c’est exactement ce travail de transmission que vous avez fait. », confiait, ému, Michel Simonot, auteur de la pièce de théâtre « Delta Charlie Delta », également présent. 21 ans après, des collégiens et collégiennes de 13 ans portent désormais dans leur mémoire les visages de Zyed et Bouna.
Christophe Lehousse
Photos: ©Nicolas Moulard