Les discriminations au travail dans le viseur du Département

Les discriminations au travail dans le viseur du Département
Egalité
  • Selon la dernière étude de l’Observatoire départemental contre les discriminations, 49 % des discriminations signalées par les habitant·es de Seine-Saint-Denis l’ont été dans la recherche d’emploi ou dans le monde du travail.
  • La Seine-Saint-Denis a donc lancé le 4 juin son réseau de lutte contre les discriminations ethno-genrées dans l’emploi, devenant ainsi le premier département français à le faire.
  • Le but de ce réseau ? Sensibiliser un maximum de recruteurs ou de conseillers en insertion contre les discriminations et faire remonter des cas de potentielles discriminations.

« Au sortir de mes études- à l’époque un DESS – j’ai dû attendre deux ans pour qu’on me rappelle. A l’époque, je n’avais pas conscience des mécanismes de discriminations ethniques mais aussi géographiques à l’oeuvre dans le recrutement. Ce n’est que petit à petit que j’ai compris les freins existants. Pour les lever, avec un groupe de copains, j’ai créé un cabinet de recrutement s’adressant aux jeunes des quartiers populaires et cette dynamique m’anime encore aujourd’hui ».

Saïd Hammouche, originaire d’un quartier de Bondy et président de Mozaïk RH, a fait l’expérience de cette discrimination à l’embauche il y a plus de 20 ans, mais les mêmes logiques prédominent encore aujourd’hui, et peut-être même de façon plus marquée.

Selon la dernière étude de l’Observatoire départemental contre les discriminations, 69% des habitant·es de Seine-Saint-Denis ont ainsi été victimes d’une discrimination au cours des 5 dernières années, 49% de ces discriminations concernant l’emploi ou l’insertion.

Jeudi 4 juin, la Seine-Saint-Denis a donc lancé son réseau de lutte contre les discriminations ethno-genrées dans l’emploi, devenant ainsi le premier département français à le faire.

« Entre 2000 et 2015, ce qui a prévalu, ce sont des politiques de promotion de la diversité, mais sans véritable aspect de lutte contre les discriminations. Puis, à partir des attentats de 2015, cette thématique est devenue très peu audible. Sur le plan de la lutte contre les discriminations, ce sont les collectivités locales qui mettent le plus la main à la pâte. L’État, lui, ne fait à peu près rien. », a cinglé le sociologue Thomas Kirszbaum, auteur d’une « Analyse transversale des réseaux de lutte contre les discriminations » en 2023.

Après la pionnière Villeurbanne, Nantes ou encore Nantes Métropole, la Seine-Saint-Denis devient ainsi le tout premier département à lancer un tel réseau, qui doit bien sûr dépasser le stade du symbole.

Former un maximum de recruteurs

« Le but de ce réseau est notamment de sensibiliser un maximum de recruteurs ou de conseillers en insertion contre les discriminations de tous types. Il doit aussi faire remonter des cas de potentielles discriminations et offrir une aide aux victimes », ont rappelé Mélissa Youssouf et Oriane Filhol, respectivement vice-présidentes en charge de l’insertion et de la lutte contre les discriminations.

Des référents en matière de discrimination doivent ainsi être identifiés dans chaque entreprise ou organisme décidant de rejoindre le réseau et des formations seront animées à destination de tous les recruteurs, qui peuvent parfois être amenés à discriminer, même de manière inconsciente.

« En France, l’interdiction des statistiques ethniques contribue à masquer des discriminations ethnico-raciales réelles. Ce qui prédomine, c’est la volonté de ne pas légitimer le concept de race qui est effectivement un concept fasciste. Mais ce faisant, on légitime quand même de très nombreuses discriminations, héritées de la colonisation. Ne pas nommer les choses, c’est contribuer à défendre un système inégalitaire», rappelait Nacira Guénif, sociologue et professeure à l’université Paris-8 Vincennes-Saint-Denis.

Le président Stéphane Troussel revendiquait lui une exemplarité politique de la Seine-Saint-Denis, « à l’heure où les tenants de la préférence nationale sont de plus en plus décomplexés ». Et de rappeler déjà le refus du département d’appliquer les décrets de la loi immigration concernant les suppressions d’allocations départementales aux étrangers non-communautaires ou son combat contre les hausses des frais d’inscription des étudiants étrangers à l’université.

En attendant la constitution de réseau, le travail de terrain du Département contre les discriminations suit son cours : la Caravane contre les discriminations va reprendre sa route, pour sa 6e campagne estivale, et fera halte à La Courneuve à l’occasion de la Pride des banlieues ce week-end.

Christophe Lehousse

Photos: ©Bruno Lévy

À lire aussi...
Concertation jeunesse

Discriminations : les jeunes concerné·es et mobilisé·es

Trois jeunes du territoire sur quatre déclarent avoir été victimes de discriminations en 2023, selon le Baromètre annuel des discriminations en Seine-Saint-Denis. Le 17 septembre, le Département a invité les professionnel·les à réfléchir à ce phénomène et agir pour l'accès[...]
À lire aussi...
Egalité

Une caravane pour ne pas laisser passer les discriminations

Pour la 4e année de suite, la Caravane de lutte contre les discriminations du Département a parcouru des villes de Seine-Saint-Denis pour informer et sensibiliser aux discriminations. 69 % des habitant·es du département déclarent avoir été victimes de discrimination au cours des[...]

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *