Histoire d’eau au Pré Saint-Gervais

Histoire d’eau au Pré Saint-Gervais
Les Sources du Nord
  • Les anciennes sources du Pré-Saint-Gervais forment un réseau hydraulique médiéval unique créé au XIIème siècle pour alimenter Paris en eau.
  • Composé de rigoles, de regards monumentaux et d'un aqueduc, ce système a été plusieurs fois modifié et restauré jusqu'à son abandon au XIXème siècle.
  • Le Département et l'association l'ASNEP ont mené des études pour ouvrir et valoriser ces sources au sein de l'espace urbain.

« J’habite le quartier du Trou Morin depuis plus de 20 ans. C’est émouvant de savoir que des captations d’origine médiévale sont à côté de chez moi » confie avec un sourire Jeannie, 60 ans. Passionnée par l’architecture, la pimpante gervaisienne a profité d’une visite organisée par l’association Sources du Nord – Études et Préservation (ASNEP).  Constitué d’une trentaine de visiteur·euses, le petit groupe a découvert un très ancien système hydraulique ayant alimenté les premières fontaines parisiennes du XIIème jusqu’en 1861 et a pénétré dans plusieurs regards protégeant les sources. Plongée dans l’histoire de ces eaux traversant une partie de la Seine-Saint-Denis, dont les sources pourraient être ouvertes dans les prochaines années.

Un patrimoine exceptionnel

Ce réseau est l’un des plus anciens systèmes d’adduction d’eau de la région parisienne. Créé au Moyen-Âge par les religieux de la léproserie de Saint-Lazare, il a permis de capter les eaux des collines du Pré Saint-Gervais, des Lilas et de Romainville au bénéfice du monastère. Philippe Auguste racheta en 1181 la foire Saint-Lazare qui appartenait alors aux religieux puis négocia avec eux l’acquisition d’une partie de leur ressource.

Un aqueduc, composé de rigoles, de bassins et de conduites en pierre (« pierrées ») acheminait les eaux de source vers des fontaines publiques parisiennes comme celles des Halles ou des Innocents, grâce à des canalisations enterrées entre autres sous la rue Saint-Denis. « Une dizaine de regards servaient de points de contrôle afin de surveiller le débit ou la qualité de l’eau et la répartir vers différentes destinations » explique Jean-Luc Largier, président de l’ASNEP, mobilisé depuis des années pour la préservation de ces ouvrages.

Dans sa plus grande extension, ce système compta une vingtaine de regards abandonnés au XIXème siècle avec l’urbanisation de Paris et la construction de nouveaux aqueducs modernes, comme celui de la Vanne, sous Napoléon III. Quatre d’entre eux, classés au titre des Monuments historiques en 1899, sont encore visibles aujourd’hui en Seine-Saint-Denis depuis la voie publique.

 

La fontaine du Pré Saint-Gervais (ou regard de la Prise des Eaux)

Situé en face de la mairie, cet édifice construit pendant le Moyen Age, rassemblait les eaux captées sur le plateau de Romainville et les collines environnantes. Considéré comme un des monuments les plus emblématiques de la commune, il marquait le départ d’une conduite unique vers Paris, après la jonction des trois ensembles de captage des « sources du Nord ». Ce site est remplacé sous le règne de Louis XIV par un édifice rectangulaire de 6 mètres de hauteur abritant une fontaine qui libère encore aujourd’hui un mince filet d’eau.

Les personnes qui ont la chance d’entrer à l’intérieur de ce regard peuvent observer les vestiges d’une cuvette de répartition et de contrôle des flux, avec des tuyaux de distribution, toujours équipés de leur plomberie ancienne.

Le regard du Trou-Morin

En contrebas de la sente des Cornettes, il drainait les eaux des coteaux de Romainville et des Lilas vers le regard de la Prise des Eaux. Construit au XVIIème siècle, l’édifice, recouvert d’une lourde carapace de pierre à quatre pans, a bénéficié de deux campagnes de restauration en 2004 et 2017. « Il s’y écoule encore aujourd’hui une eau abondante jaugée au moyen d’une feuille métallique en arc de cercle qui permettait de déterminer le débit des flux » explique Dider, membre de l’ASNEP. La porte de ce regard est dotée d’une ancienne et imposante serrure avec un cache « à secret » dont le modèle équipe tous les regards des Sources du Nord.

Le regard de Bernage

Installé dans le 19ème arrondissement, cet espace voûté a pris le nom de Louis-Basile de Bernage, prévôt des marchands de Paris de 1743 à 1758, qui inspectait chaque année l’état de ces ouvrages avec les échevins et le maître des œuvres de la Ville de Paris. Les eaux coulant dans les pierrées sont acheminées vers la station d’épuration d’Achères dans les Yvelines.

Cette oeuvre, comme les autres anciens ouvrages d’adduction d’eau, est conservée, étudiée et mise en valeur par les bénévoles de l’association ASNEP, qui remettent également en état les canalisations de ce patrimoine souterrain méconnu.

Le regard des Maussins

Cet édicule en pierre, construit au Moyen Age et remanié à la Renaissance était strictement surveillé afin d’éviter toute contamination ou empoisonnement de l’eau. Il a été déplacé en 1963  de 350 mètres vers le sud-est pour permettre la construction du périphérique et du réservoir des Lilas. Séparé des drains qui l’alimentaient, il ne reçoit plus aujourd’hui une goutte d’eau.

Les bénévoles de l’ASNEP ont réalisé plusieurs études opérationnelles pour l’établissement public territorial Est Ensemble sur le potentiel de valorisation des sources du plateau de Romainville. « On peut envisager de ressortir les eaux des surfaces souterraines en employant le fonctionnement gravitaire, les sources se trouvant dans les parties hautes des versants » déclare Emmanuel Dumont, membre de la structure et ingénieur en hydrologie de la CEREMA. En 2024, une deuxième étude a également été menée en partenariat avec le Département de la Seine-Saint-Denis afin de recueillir le maximum d’informations sur les nappes enfouies des buttes et des plateaux de l’ensemble du territoire.

« On a identifié des sources entre autres au parc arboretum de Montfermeil, à Noisy-le-Grand… qui pourraient être ouvertes et rendues accessibles dans les prochaines années pour l’agrément du grand public » ajoute Linda Abbas, responsable du programme d’études partenarial sur l’Eau dans la ville, un projet qui s’inscrirait dans le manifeste La Seine-Saint-Denis, territoire d’eau. Ces initiatives permettraient de rapprocher l’eau des habitant·es et de renforcer les îlots de fraîcheur dans les villes Séquano-Dionysiennes. Une façon aussi de favoriser la nature en ville et le développement des espaces verts pour le bien-être de tous·tes les citoyen·nes.

 

À lire aussi...
Mémoire

Canal historique

200 ans c’est peu ou beaucoup au regard de l’Histoire ? Quelle que soit votre réponse, voilà déjà 2 siècles que le canal de l’Ourcq dessine les paysages des villes de Seine-Saint-Denis qu’il traverse. Débutant à Mareuil-sur-Ourcq dans les Hauts-de-France[...]
À lire aussi...
Bel Été

Balades au fil de l’eau

La cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques et paralympiques n’est pas le seul événement estival prévu sur l’eau ! Tout l'été, venez profiter de balades sur l'eau pour (re)découvrir la Seine-Saint-Denis !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *