La Science du Tournage

La Science du Tournage
Atelier
  • Pendant un mois, Saint-Ouen a accueilli l’Usine des Films Amateurs, une idée du réalisateur Michel Gondry permettant au grand public de réaliser son propre court-métrage.
  • Scénario, découpage des séquences, tournage : en l’espace de 3 heures, les apprenti·es cinéastes passent par toutes les grandes étapes de réalisation d’un film.
  • Nous avons suivi un groupe de jeunes de l’association Un Espoir pour Tous, qui accompagne des familles de la cité Soubise à Saint-Ouen.

Deux jeunes bleus débarquent à Saint-Ouen pour y résoudre leur première affaire. Pour qu’ils se fassent les dents, on leur refile un cold case resté lettre morte depuis des années. Et quand ils pensent avoir trouvé le coupable, le chef de la police décide contre toute attente de classer l’affaire… « Le poste des horreurs » n’est pas le dernier polar d’Olivier Norek ou de Dennis Lehane, mais un court-métrage réalisé par des jeunes de Saint-Ouen dans le cadre de l’Usine des Films Amateurs (UFA).

Ce dispositif ludique et sympathique a été imaginé par Michel Gondry, le réalisateur de « Eternal Sunshine of the Spotless Mind » ou de « La Science des Rêves ». Le but est justement d’amener les habitant·es d’une ville à faire comme Jack Black dans « Soyez sympas, rembobinez », un autre de ses films : bidouiller, commencer et recommencer pour créer leur propre film.

Et Michel Gondry n’a pas lésiné sur les moyens : un faux vidéo-club, un salon, un bar, une discothèque, un cabinet médical, un poste de police, tous ces décors sont à la disposition des habitant·es pour qu’ils créent une œuvre aussi talentueuse que possible.

« C’est trop bien ici ! », s’enthousiasmait Awa, 11 ans, installée à la fenêtre du faux compartiment de train construit par les équipes de Michel Gondry dans l’ancienne patinoire de Saint-Ouen, qui hébergeait tous les décors. C’est en effet dans ce lieu, reconverti depuis 2022 aux cultures urbaines, que se seront déroulés tous les tournages de l’Usine des Films Amateurs, du 6 juin au 5 juillet dernier.

Démocratiser la culture

« L’idée, en accueillant ce dispositif, était de favoriser l’accès de la culture à tous, et aussi de faire de la culture un vecteur de lien social, de vivre-ensemble », insistait Samia Khitmane, directrice de la Mission Cinéma à Saint-Ouen, en rappelant la volonté de son maire Karim Bouamrane, par ailleurs vice-président du Département, de démocratiser un maximum l’accès à la culture.

Mission réussie avec l’association Un Espoir pour Tous qui a investi ce matin-là les installations de l’UFA. « Là, on vient de tourner la scène où les bleus sont témoins d’un des crimes du tueur en série, c’est quoi la prochaine ? », demande Jinane, 14 ans, à Merlin, l’un des deux encadrants de l’Usine des Films Amateurs. Pendant ce temps, Yasmine rajuste sa perruque, elle qui joue l’un des deux apprentis policiers. Caméscope à la main, fourni par l’UFA, Amadou Ba, président d’un Espoir pour tous, suit tout ce petit monde, filmant les scènes les unes après les autres.

« Notre association accompagne une cinquantaine de familles de la cité Soubise, une cité populaire de la ville. On fait de l’accompagnement aux devoirs, des sorties culturelles et on donne des conseils en parentalité. Alors, quand on a eu l’opportunité de s’inscrire à l’Usine des Films Amateurs, on n’a pas hésité : c’est complètement dans notre optique de renforcer le lien social », détaille Amadou Ba, fondateur de l’association en 2013. Même Claude et Michelle, membres d’honneur de l’association, 80 ans au compteur tous les deux dont 40 ans pour le Secours catholique, sont venus donner la réplique sur certaines scènes.

« Je ne pensais pas qu’un film, c’était autant de travail »

Créativité, écoute et respect des idées de l’autre, esprit de débrouillardise, le projet fait en effet appel à différentes qualités. « Je ne pensais pas qu’un film, c’était autant de travail, lâche Alassane, collégien de la ville qui vient de passer le brevet. « Un projet comme celui-là permet d’aller vers les autres. Et ça m’a aussi donné envie de découvrir les films de Michel Gondry », témoigne quant à elle Wissam, 16 ans, qui retrouvait là les plaisirs de ses cours de théâtre.

Auprès de Merlin, l’un des deux encadrants de l’activité et par ailleurs enfant de la ville, on apprend que le genre le plus plébiscité par les groupes venus tourner est… le polar. « C’est le plus simple à écrire et à construire, le genre dont les gens maîtrisent le plus les codes. L’autre jour, un centre de loisirs, des petits de 6 à 8 ans nous ont attendris en écrivant une comédie romantique. C’était touchant », explique cet étudiant en cinéma, qui nous révèle aussi qu’une scène de « L’Ecume des Jours » de Michel Gondry a été tournée… à la patinoire de Saint-Ouen.

« Et… coupez ! » Après avoir hurlé à la fin de l’ultime scène comme une vraie équipe de tournage, toute le groupe se retrouve ensuite au centre de l’ancienne patinoire. Pendant que tout le monde se congratule, Merlin est à pied d’œuvre pour faire un « bout à bout », un montage sommaire des scènes tournées. 5 minutes plus tard, Un Espoir pour Tous est déjà en train de visionner sa production. Rires de plaisir et checks prennent le dessus sur certaines gênes adolescentes. « Le poste des horreurs », dont chacun repartira avec une copie, est déjà un must du cinéma français. En revanche, comptez sur nous pour ne pas vous spoiler la fin.

Christophe Lehousse

Photos: ©Eric Garault

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