Sur le plongeoir avec Juliette Landi
- Juliette Landi, licenciée au club du centre aquatique olympique à Saint-Denis, disputait mardi 4 août le championnat d'Europe de plongeon individuel à 3m.
- Un retour deux ans après dans ce bassin où elle avait participé au 3m synchronisé lors des JO de Paris 2024.
- A 19 ans et déjà une première médaille de bronze européenne en 2024 au 3m synchronisé, elle avait de belles ambitions... Revivez sa compétition avec elle !
C’est la journée pour laquelle Juliette Landi s’est préparée tous les jours depuis un an, celle du championnat d’Europe de plongeon individuel féminin à 3 mètres. Celle pour laquelle cette franco-américaine née il y a 19 ans en Oklahoma a traversé l’Atlantique. Alors elle est un peu tendue, ressent ce stress propre aux grands événements. Elle explique, avec son petit accent « made in USA » : « Je m’y prépare depuis octobre, ma rentrée à l’université d’Auburn en Alabama où j’étudie le journalisme sportif. Il y a beaucoup de compétitions dans le circuit universitaire américain, et la compétition c’est la meilleure préparation. Mais, là forcément, je reviens dans cette piscine où j’étais lors des Jeux… Il y a de l’enjeu !»
Atteindre la finale
Depuis que ce matin elle a quitté le H4 hôtel (l’ancienne tour Pleyel ) où sont logées tous·tes les sportif·ves, Juliette est dans sa bulle, casque sur les oreilles, musique pour s’isoler. Les qualifications vont commencer. Elles sont 27 à les disputer et seulement 12 d’entre elles seront qualifiées pour la finale. Juliette a de bonnes chances d’être l’un des douze élues. En juin dernier lors du meeting international de Madrid, elle s’est classée 6e, 5e européenne et première française. « J’étais 10e avant mon dernier saut, je l’ai réussi et j’ai terminé 6e. Mais le plongeon, c’est très incertain. Tu peux être 4e, 5e lors des éliminatoires et puis tu manques ton dernier saut et tu te retrouves 13e. En plongeon, on ne sait jamais avant la fin ! »
Les juges, tout de blanc vêtus, ont pris place sur leur chaise, trois d’un côté du bassin, quatre de l’autre. Chaque plongeuse leur a communiqué avant la compétition la liste des 5 sauts qu’elle va effectuer. Chaque saut est noté de 0 à 10, puis multiplié par son indice de difficulté. Sur les 5 notes, on élimine la plus basse et la plus haute et on n’en garde que 3. On additionne les résultats des 5 tentatives. Les indices des plongeons de Juliette Landi s’échelonnent de 2,7 à 3,0. La meilleure européenne, l’Italienne Chiara Pellacani n’a pas un seul plongeon en dessous de 3.0… Juliette le reconnaît, il lui manque encore un peu de technique pour être sûre lors des plongeons difficiles grâce auxquelles les meilleures font la différence. « J’ai commencé à plonger il y a seulement cinq ans et je suis encore l’une des plus jeunes. Il me manque encore de l’expérience, mais je progresse. D’ailleurs depuis octobre, j’ai ajouté un nouveau plongeon à ma liste, le double saut périlleux arrière renversé piqué.» (ndlr indice 3.0)

Bon début !
C’est parti ! Juliette est la huitième à se présenter sur le plongeoir. Elle commence avec un double saut périlleux et demi retourné, avec un indice de 2,7. Bien exécuté, entrée dans l’eau impeccable, sans éclaboussures. Trois autres plongeuses ont réalisé la même figure, mais Juliette est la seule à être aussi bien notée : 7,0 ; 7,0 ; 7,0. « J’étais vraiment contente, ça fait du bien de commencer une compet’ comme ça ! » A la fin de la série, la Française est classée 9e, tout va bien. Pour son deuxième plongeon elle exécute un triple saut périlleux et demi avant groupé, à l’indice légèrement supérieur, 2,8. « J’ai senti que mon entrée dans l’eau était légèrement moins bien. On a tellement l’habitude de plonger qu’on n’a pas besoin de ralenti, on sait si on est verticale ou pas, on sent ce qui va ou ce qui ne va pas. » Juliette ne se trompe pas, les notes baissent légèrement : 7,0 ; 6,5 ; 6,5 et elle recule à la 10e place.
Rester concentrée
Entre chaque plongeon, les compétitrices attendent une vingtaine de minutes, le temps que les autres passent. Vingt minutes, c’est à la fois court et long, surtout lorsqu’on a un peu manqué un saut. Pour rester concentrée, chacune à sa méthode. « Moi j’écoute de la musique, je sors de la piscine, parfois je m’isole aux toilettes pour rester dans ma bulle. J’essaye de ne pas penser au dernier plongeon et de me concentrer sur le suivant. Je le détaille dans ma tête, je fais de l’imagerie mentale. »

Le double saut périlleux et demi arrière groupé, le préféré de Juliette Landi.
Lorsqu’elle se présente pour son troisième plongeon, elle est tendue. Son double saut périlleux avant avec vrille (indice 3.0) est partiellement réussi et noté 5,0 ; 5,5 ; 5,5. Mais comme les autres rencontrent aussi des difficultés, elle reste à la 10e place. « Je savais que si je ne réussissais pas bien mon quatrième saut, ça n’irait pas. » Ce quatrième saut, c’est double saut périlleux arrière renversé piqué, indice 3,0, le dernier qu’elle a travaillé. Mais il ne se passe pas aussi bien qu’espéré : l’entrée dans l’eau manque de verticalité, les mollets heurtent légèrement la surface de l’eau et créent des éclaboussures… La sanction tombe : 4,0 ; 4,5 ; 4,5. Juliette glisse à la 14e place, hors des qualifications. Le lendemain elle explique avec un peu de tristesse dans la voix : « C’était « short », ça arrive sur ce plongeon. Le début du saut est très bien, j’essaye de trouver du positif, même si c’est un peu dur aujourd’hui… » Lorsqu’on lui demande si elle manquait de vitesse de rotation, elle répond : « Oui, mais ça vient avec du temps, ça fait moins d’un an que je le travaille… »
Si proche…
Pour le 5e plongeon, Landi a prévu son saut « sûr », celui qu’elle préfère : le double saut et demi périlleux arrière groupé, indice 2,8. Pour se qualifier parmi les 12 meilleures, non seulement elle doit parfaitement le réussir, mais aussi compter sur une moindre réussite de ses adversaires. Mais quand ça ne veut pas… Elle réussit moins bien que d’ordinaire (5,5 ; 5,5 ; 6,0) et termine 14e avec 247,5 points, à 20,9 points de l’Italienne Pizzini, dernière qualifiée. Son score est correct au regard de son niveau, mais la compétition au niveau européen est tellement serrée ! Juliette est forcément déçue, elle espérait disputer la finale.

Chiara Pellicani, reine de ces championnats d’Europe, 4 médailles d’or !
Une finale remportée par l’Italienne Chiara Pellacani qui décroche ainsi sa quatrième médaille d’or lors de ses championnats d’Europe après celle de l’épreuve par équipe, du 1m, et du 3m synchro avec Matteo Santoro. Notre jeune plongeuse est admirative : « Chiara est à son niveau à elle, au-dessus des autres ! Elle est impressionnante ! Personne en Europe ne peut la battre, dans le reste du monde peut-être les Chinoises ou les Australiennes… Elle est tellement régulière, ses plongeons sont toujours du même niveau. Moi un jour je veux plonger comme elle, avec cette régularité. Sans jamais une erreur comme celle que j’ai faite au quatrième plongeon. En plus elle est très gentille, c’est quelqu’un que je regarde attentivement. Je veux être comme elle un jour. » A 19 ans et après seulement 5 ans de pratique du plongeon, Juliette Landi a l’avenir devant elle. Alors pourquoi pas ? Et après avoir disputé les JO de Paris 2024, notre franco-américaine pourrait à Los Angeles en 2028 être la seule sportive de l’histoire à disputer deux Jeux olympiques successifs à domicile, unique !
Reportage photo : Franck Rondot