A Saint-Denis, flexion, extension et invention !

A Saint-Denis, flexion, extension et invention !
Nuit du design sportif
  • Retour sur la première édition de la Nuit du Design sportif à la Fabrique Pointcarré.
  • Dans cet antre du recyclage, une montagne de rebuts sportifs issus des stades et gymnases du 93 a repris vie.
  • Des objets recyclés et originaux à découvrir le 28 novembre au Campus Condorcet d’Aubervilliers. Récit.

Prenez un ballon de volley, une casquette, des bâtons de relais, des baudriers d’escalade, un casque de vélo un peu cabossé et quantité d’autres objets sportifs, mixez le tout, creusez-vous les méninges et inventez une « recette » d’objets sportifs made In Seine-Saint-Denis… Vous avez 24 heures ! Voilà, en quelques mots, le défi relevé, entre vendredi 17 et samedi 18 novembre par une douzaine de vaillants « Géo Trouvetou » venus de divers horizons. Le tout à quelques mètres du Stade de France, futur berceau des Jeux Olympiques et Paralympiques (JOP) de 2024 où la Fabrique Pointcarré et la marque territoriale du In Seine- Saint-Denis organisaient de concert la première « Nuit du design sportif ».

Une idée simple germée dans les cerveaux de l’équipe d’Elie Préveral, créateur en 2016 de la Fabrique Pointcarré, une boutique-atelier d’insertion où le recyclage est roi et le leitmotiv quotidien très simple : « Produire sans bla-bla et greenwahing des objets utiles, beaux, écologiques et solidaires. » Mais, avant de mettre les concurrents sur la ligne de départ, il fallait compter sur la force de la FSGT 93, ses 180 clubs, 11 000 adhérents et partenaires sportifs pour récupérer tout un lot de déchets sportifs destinés à la poubelle. Ces préliminaires réglés, il est 18h à Saint-Denis : l’heure de la fièvre créatrice du vendredi soir…

Des juniors et des minots

Du côté de l’équipe junior, on est même dans les starting-blocks. Louise, 9 ans, venue du Pré-Saint-Gervais, a son plan d’attaque en tête : « On va créer une sorte de jeu de paume, vous allez voir, ça va être super !» Tout aussi confiants, les « minots » de l’École nationale supérieure de création industrielle de Paris, Louis-Jacques et Léopold, 18 ans : « L’idée, c’est de faire de l’impro, on va voir ce qu’on peut faire avec les objets sportifs qu’on va nous fournir. En tout cas, c’est une bonne manière de passer la nuit et de découvrir la ville des Jeux », raconte Louis-Jacques, originaire de l’Ile d’Yeu.

Tout aussi juvénile mais trentenaire, Louis est, lui, venu d’une autre île plus proche, L’Ile-Saint-Denis où il recycle des toiles de montgolfière pour en faire des poufs géants : « J’aime beaucoup l’ambiance de ces hackatons, ça stimule l’imagination et me donne des idées pour de futures créations », explique cet ingénieur de formation.

« Papy Michel » a tenu le choc…

Et de l’imagination, il en faudra au cours des 24 prochaines heures. Tic-tac, le chrono de la « Nuit du design » sportif commence à tourner…
Tellement vite qu’on retrouve les designers de Pointcarré, le lendemain. Il est 16 heures, samedi 18 novembre, et le moment de ramasser les « copies » vient de sonner. En ligne de mire également, l’épreuve du pitch devant un jury réuni autour de Stéphane Troussel, président du Conseil départemental de Seine- Saint-Denis -lire son interview ci-dessous.  Heureusement, Michel, 76 ans, le doyen des quatre équipes en lice, a pu faire un « petit somme entre « 4 heures et 7 heures du matin. Je craignais que « papy » ne s’écroule à minuit, mais j’ai tenu le choc », plaisante ce Dionysien, prof de maths retraité.

S’asseoir sur des disques de lancer

Le reste du temps, il a modélisé, scié, percé, testé son objet du jour sous la férule des quatre encadrants du Pointcarré. La fabrique dionysienne mettait en effet à disposition des équipes tout l’attirail du parfait bricoleur mais aussi des imprimantes 3D, des découpeuses laser…

Suffisant pour l’équipe composée par Michel, Mariama et Laure pour composer non pas un, mais trois objets issus du recyclage. En l’occurrence « un jeu de 3 tabourets culbuto pour conter en famille », expose le trio. On peut s’y asseoir pour raconter des histoires à ses enfants tout en se musclant le dos et le périnée parce qu’ils ne sont pas tout à fait stables. Pour ça, il nous a fallu des disques de lancer pour l’assise, des témoins de relais pour les pieds, des bonnets de bain en latex et enfin des tee-shirts pour recouvrir le tout. »

 

Facile à dire, moins facile à faire ! Mais, simple à tester pour le président du Conseil départemental de Seine-Saint-Denis qui joue les cobayes, vite persuadé par la destination sportive de l’objet : « Effectivement, ça fait bien travailler les abdos ! » A peine le temps de se remettre de ses efforts qu’arrive l’heure de la délibération finale.

Un esprit d’entraide

Fin de suspens, ce sont les tabouret culbuto qui raflent la mise : soit un ensemble de formations à toutes les machines du Pointcarré et une dizaine d’heures d’accès à son atelier. En prime, l’équipe lauréate sera présentée au Campus Condorcet d’Aubervilliers, le 28 novembre, dans le cadre de l’exposition photographique « Figures militantes du sport populaire ».

Une perspective qui donne le sourire à Mariama, la reine des concours In Seine- Saint-Denis puisqu’elle a déjà remporté cet été le Championnat du Monde des Cuisines du Monde, toujours dans la Cité des Rois : « Franchement, c’était une superbe expérience, dans une ambiance très « cool » où tout le monde s’est finalement entraidé. Et puis, ça me m’encourage à persévérer dans l’entreprise, les Souvenirs de Seine-Saint-Denis, que je viens de lancer du côté d’Épinay. Sur le même modèle que ce hackathon, on travaille en mode artisanal avec des créateurs du 93 pour valoriser des déchets et en faire des objets décoratifs qui représentent l’inventivité de la Seine-Saint-Denis. Vivement, la prochaine édition en 2024 ! »

Qui devrait être évidemment en mode olympique et déjà avec une devise toute trouvée : « Flexion, extension et invention made In Seine-Saint-Denis ! »

Crédit photos : Bruno Levy

« Des objets recyclés qu’on pourrait retrouver pendant les Jeux… »

Trois questions à Stéphane Troussel, président du Conseil départemental.

Que retenez-vous de cette première « Nuit du design sportif en Seine-Saint- Denis » ?

Tout l’intérêt de cet hackathon de 24 heures était de prouver qu’on peut donner une seconde vie à des objets, des équipements sportifs promis au rebut. D’ailleurs, le jury a eu un peu l’embarras du choix. Ce qui prouve aussi la valeur des équipes en lice, composées aussi bien de designers, que d’étudiants ou de citoyens lambdas.

Qu’est-ce qui vous a le plus étonné, surpris dans les objets présentés ?

C’est surtout l’inventivité des candidats ! Une des équipes avait, par exemple, proposé un kit de sport inclusif qui était très intéressant, même si la démarche du concours n’était pas tout à fait respectée puisqu’il n’y avait pas eu une totale transformation des objets, mais plutôt la création d’un nouvel usage. En tout cas, la mini-planche de surf montée sur un casque était une excellente idée pour travailler l’équilibre !

Des objets recyclés qui pourraient désormais connaître une nouvelle vie pendant les Jeux de 2024 ?

Oui, effectivement pourquoi ne pas proposer aux habitants de la Seine-Saint- Denis de venir tester ces nouveaux objets recyclés dans le parc Georges-Valbon qui sera l’été prochain le cœur battant de la célébration des Jeux en Seine-Saint- Denis.

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