Loïs Szymczak, l’artiste du plongeon
- En 2024, Loïs Szymczak participait à l’épreuve du plongeon à 10 mètres synchronisé en compagnie de Gary Hunt aux JO de Paris.
- Aujourd’hui, cet ancien étudiant des Beaux-Arts mène de front une carrière de coach, au Centre aquatique olympique (CAO) de Saint-Denis et à Montreuil, et d’artiste plasticien.
- Mais surtout un combat contre la maladie, qui a frappé sans prévenir.

Loïs Szymczak et Gary Hunt, membres du club de Montreuil, ont disputé en duo le concours de plongeon synchronisé au JO de Paris 2024.
La dernière fois qu’on avait rencontré Loïs Szymczak, c’était il y a deux ans et des poussières. Lors d’un entraînement avec l’équipe de France de plongeon au Centre aquatique olympique (CAO) de Saint-Denis, à quelques semaines des Jeux olympiques et paralympiques de Paris. L’international tricolore peaufinait ses derniers réglages avec son compère Gary Hunt, légende encore en activité du plongeon extrême (27 mètres) avec onze titres de champion du monde. Ensemble, ils s’apprêtaient à réaliser un rêve de gosse : concourir à l’épreuve du haut vol à 10 mètres synchronisé aux JO, qui plus est dans leur pays. « Cette opportunité, je l’ai vécue comme un cadeau, un souvenir qui restera gravé à jamais dans ma mémoire, raconte aujourd’hui le jeune homme de 33 ans. Avec Gary, nous terminons derniers de la finale mais c’était notre place, en face la concurrence était trop forte, nous n’avons aucun regret à avoir. On se loupe juste sur le dernier plongeon. Le plus drôle dans tout ça, c’est qu’on a fait les mêmes erreurs au même moment, ce qui prouve qu’on était fait pour sauter ensemble, synchronisé jusqu’au bout (rire) ».
Pourtant, sa participation aux Jeux n’a pas été une évidence. Quand Clémence Monnery, directrice de l’équipe de France de plongeon, lui propose en 2022 de réintégrer les Bleus en vue du challenge olympique, Loïs refuse, dans un premier temps : le haut niveau est alors derrière lui et le plongeon est redevenu un loisir, qu’il pratique uniquement quand l’envie lui prend. Mais le spécialiste du 10 mètres finit par se rétracter. « Franchement, qui refuse les JO ? En plus toutes les conditions étaient réunies : sauter à domicile dans un écrin extraordinaire sans pression de résultat, affirme-t-il. D’ailleurs, il y avait vraiment un contraste entre nous et les autres plongeurs. Quand les Mexicains ont appris qu’ils termineraient 4e du concours, ils se sont écroulés et étaient inconsolables parce qu’ils estimaient que leur place était sur le podium. Avec Gary, on est tombé dans les bras l’un de l’autre et on s’est aussi mis à pleurer mais pas du tout pour les mêmes raisons, on était juste trop content d’être là. »
Le sport de haut niveau, Loïs l’a pratiqué longtemps, depuis son plus jeune âge, mais paradoxalement, n’a jamais pris aucun plaisir dans la compétition. Une situation probablement partagée par de nombreux athlètes qui, à la différence du plongeur, n’ont jamais osé en faire état. « Pour en avoir pleinement conscience, j’ai dû faire appel à une psychologue du sport qui m’a permis de dénouer pas mal de choses en moi et de me libérer d’un poids, glisse-t-il. J’en étais arrivé à un moment dans ma carrière où j’étais un peu perdu. J’avais besoin de savoir pourquoi j’étais bon à l’entraînement mais inconstant en compétition. Pourquoi la confrontation directe avec d’autres plongeurs me déstabilisait à ce point. Cette rivalité n’était en réalité pas faite pour moi, mais quand on s’entraîne tous les jours des heures entières, on n’a pas le temps de prendre du recul et de se rendre compte de tout ça. »
Des études de journalisme
Pourtant, dès son plus jeune âge, Loïs s’est taillé un destin de champion. Avant le plongeon, qu’il ne découvrira qu’à 18 ans et qui, contrairement aux apparences, n’est pas un sport qui s’apprend dans l’eau mais sur des tapis de gym, le Francilien s’essaie à la gymnastique à 4 ans. « La discipline parfaite pour le gamin très remuant que j’étais », précise-t-il. L’enfant est doué, investi. Premières compétitions à 6 ans, sport-études à 10, Pôle Espoirs de Vélizy durant les années collèges et enfin, Pôle France à Lyon quand il entre au lycée. Il obtient son bac et arrête aussi sec la gym. « J’avais eu ma dose, l’impression d’avoir fait le tour. Depuis tout petit, ma vie avait été façonnée par le sport, j’avais besoin de passer à autre chose. » Il retourne donc en région parisienne pour faire des études de géo à la fac. Le virage est compliqué. Perte de repères, absence de cadre et de rigueur, Loïs est dépassé et délaisse les cours. Il se réfugie auprès d’un groupe d’anciens gymnastes devenus plongeurs (un recyclage très fréquent, les clubs formateurs de plongeon étant rares) dans lequel se trouve un de ses meilleurs amis. « J’ai toujours aimé sauter d’un rocher ou d’un plongeoir à la piscine. Et comme je suis acrobate aérien de formation, la transition entre la gym et le plongeon s’est faite naturellement », explique-t-il.
Comme à son habitude, le jeune homme est brillant. Il rejoint l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (Insep), dans le bois de Vincennes, qui lui donne deux ans pour intégrer l’équipe de France. Ce qu’il réussit à faire, sans trembler. « Cette exigence, cette obligation de résultats, tout ça m’était familier, c’était même pour moi un environnement rassurant. À la fac, j’étais paumé, là je me retrouve propulsé dans un cocon où l’on décide de me faire confiance, j’ai adoré. » Sa hauteur favorite devient rapidement le 10 mètres, l’épreuve la plus spectaculaire. « La peur est inhérente à mon sport, elle en est même l’élément central. Tu apprends à l’accepter et à travailler avec. L’enjeu de cette discipline consiste à progresser en ratant le moins possible. À cette hauteur, le moindre plat fait très mal physiquement et psychologiquement », analyse-t-il.
En 2013, un an après avoir connu son premier rassemblement chez les Bleus, il est sacré champion de France. Et si le plongeon devient le centre de sa vie, il ne néglige pas pour autant les études. Il se forme au journalisme via Sportcom, fruit d’un partenariat entre l’Insep et le Centre de formation des journalistes (CFJ). « Je me suis spécialisé dans la vidéo. J’ai beaucoup aimé l’usage créatif de cet outil, l’information, l’actualité, c’était moins mon truc. Les profs ont rapidement décelé en moi une sensibilité artistique », se souvient-il. Non sans avoir validé au préalable son Bachelor (4 ans), il change à nouveau de voie, passe le concours des Beaux-Arts et est reçu. Au même moment, il s’installe à Montreuil, qui a l’avantage d’être proche de l’Insep, prend une licence loisir dans le club local, le Red Star (devenu depuis le Kingfisher) et finit par y enseigner.
Un film documentaire sur sa maladie
Appréhendant le plongeon aussi comme une démarche artistique, Loïs aime à tisser des liens entre son sport et l’art. Dans son atelier situé dans les Docks de Paris, à Aubervilliers, il prépare un « opéra de plongeon ». Un travail conceptuel et minutieux qu’il espère terminer « courant 2027 » et qui a consisté à répertorier dans un carnet 5000 plongeons notés de 0 à 10 puis convertis en notes de musique, lesquelles donneront naissance à un opéra. Mais depuis quelques mois, sa vie a basculé. À la fin de 2025, Loïs ne se sent pas bien. Grosse fatigue, troubles visuels, crises d’épilepsie à répétition… Le diagnostic tombe : il souffre d’une tumeur cancéreuse du cerveau et doit être opéré d’urgence. Le traitement qui s’ensuit est lourd et comporte plusieurs séances de radiothérapie et de chimiothérapie. « Aujourd’hui, je vais mieux, j’ai même reçu le feu vert de mon chirurgien pour reprendre le plongeon, mais je ne suis pas guéri, prévient-il. Il va falloir attendre encore longtemps avant de parler de rémission. » Pour raconter la manière dont ils traversent ensemble cette épreuve, il prépare avec Jeanne, sa petite amie, un documentaire. « On filme notre quotidien mais ce n’est pas un projet autocentré où on assiste à ma rédemption après avoir vécu le pire, tient à préciser Loïs. On raconte ce qui se passe dans les hôpitaux, le parcours de soins, le retour à une vie normale… Il va d’ailleurs être produit par Marieke Tricoire, qui a travaillé pour Jarmush et Cronenberg. Si tout va bien, il sera distribué dans les salles de cinéma. Le projet l’a immédiatement séduite, c’est incroyable ! »
Depuis son opération, Loïs n’a quasiment jamais arrêté de travailler : outre son métier d’artiste, il continue de partager son expérience et de distiller des conseils auprès de jeunes plongeurs au CAO, de coacher à la piscine Maurice-Thorez de Montreuil avec le Kingfisher et de participer à des spectacles aquatiques au parc Astérix. En juin 2027, il projette de réaliser une performance autour du plongeon. Une fois n’est pas coutume, « le saut se fera ailleurs que dans un bassin », révèle-t-il. Avec Loïs, le plongeon est un art bien vivant.
Grégoire Remund
Photos: ©Sophie Loubaton