Femme Holistique, le documentaire qui place l’émancipation féminine au centre du terrain

Femme Holistique, le documentaire qui place l’émancipation féminine au centre du terrain
Égalité femmes-hommes
  • Porté par l’association Ladies Squad, le documentaire Femme Holistique suit des jeunes femmes engagées dans un parcours de transformation personnelle.
  • Financé en partie par le Département, il a été présenté le 19 septembre dernier à l’Espace 93, à Clichy-sous-Bois, devant plus de 300 personnes.
  • Alors qu’il devrait être projeté d’ici peu dans d’autres salles de Seine-Saint-Denis, l’équipe du film cherche en parallèle des diffuseurs à la télévision.

Sur les premières images, une femme danse au milieu des barres d’immeuble. Ses mouvements sont accompagnés d’une voix off qui déclame un slam. Extrait : « Nous, femmes de partout et de nulle part, crions jusqu’à en faire trembler les murs car nous sommes libres et fortes ». Dans le documentaire Femme Holistique (qui a pu compter sur une participation financière du Département), le ton est donné dès les premières minutes. Et, de fait, dès le titre : « Holistique, le terme est un peu savant mais résume parfaitement l’intention du film : considérer la femme dans sa globalité, sous tous ses aspects pour révéler son potentiel et s’assurer qu’elle construise sereinement son avenir », explique Rafaela Lopes, réalisatrice de ce 52 minutes et membre de Ladies Squad, une association basée à Montfermeil et Clichy-sous-Bois, et fondée par d’anciennes footballeuses professionnelles (Rafaela a été internationale portugaise), qui mobilise et sensibilise la jeunesse à travers des actions sociales et sportives (lire plus bas).

En plus d’être le titre d’un docu, Femme Holistique est aussi un programme, porté depuis deux ans par l’association précitée, qui suit des jeunes femmes issues de quartiers populaires engagées dans un parcours de transformation personnelle. Encadrées par des intervenantes expertes et accompagnées par l’équipe de Ladies Squad, les bénéficiaires apprennent – par le biais d’ateliers de prise de parole, de matchs de foot et autres sorties culturelles – à reprendre confiance en elles. Respectant une trame chronologique, le film dévoile d’abord les débuts tâtonnants de l’association dans son nouveau projet, la difficulté de trouver un local par exemple, puis met en lumière des parcours de femmes « souvent invisibilisés mais porteurs d’une force et d’une richesse humaines remarquables », relève Rafaela. Qui ajoute : « Nous avons souhaité montrer comment le sport, l’accompagnement psychologique, l’expression artistique et le soutien collectif peuvent devenir de véritables outils d’émancipation. »

Ainsi suit-on les parcours de Nejma qui, du haut de ses 19 ans, se questionne beaucoup et qui à l’issue du tournage, a intégré l’équipe du Ladies Squad en tant qu’assistante de communication, ou encore de Sonia, jeune cheffe cuisinière évoluant dans un milieu professionnel majoritairement masculin. On assiste aussi à des ateliers de prise de parole, où les sujets tabous, comme celui des menstruations, sont abordés sans retenue. « En suivant les trajectoires de plusieurs bénéficiaires, le film révèle les défis qu’elles rencontrent, leurs questionnements, mais aussi leur capacité à se reconstruire, à s’affirmer et à envisager de nouvelles perspectives », assure la réalisatrice. Face caméra, Sébé Coulibaly, une des mères fondatrices du Ladies Squad, se livre également, en toute transparence et authenticité. Ex-joueuse professionnelle, elle affirme qu’il lui a fallu beaucoup de courage et d’abnégation pour convaincre sa famille que le football n’était pas un sport réservé aux garçons. « Le regard de mes proches a changé quand j’ai atteint le haut niveau et que je suis devenue internationale malienne, leur réticence a fini par se transformer en fierté », confie Sébé, tandis que les images de ses exploits défilent à l’écran.

Être diffusé à la télé, l’objectif ultime

Pendant seize mois (d’octobre 2024 à février 2026), Rafaela emmène sa caméra partout, tourne des quantités gigantesques de rushes. « Raconter une histoire, mener des interviews, je ne l’avais jamais fait auparavant, précise-t-elle. J’ai commencé ce projet toute seule puis je me suis peu à peu entourée de personnes qui travaillent dans l’audiovisuel ou qui ont un bagage technique, histoire de bien faire les choses. » Le 19 septembre dernier, Femme Holistique a été projeté à l’Espace 93, à Clichy-sous-Bois, devant plus de 300 personnes. « Le film a été super bien accueilli par les spectateurs, se souvient la jeune femme. Des personnes qu’on ne connaissait pas, donc sincères à priori, sont venues nous dire tout le bien qu’elles en pensaient. Dans la salle, j’ai vu des hommes très touchés par les différents témoignages. »

Depuis quelques semaines, et en attendant que le film soit montré dans d’autres salles, en Seine-Saint-Denis et ailleurs, Rafaela, épaulée par ses collègues du Ladies Squad, prend son bâton de pèlerin pour tenter de vendre son documentaire à des chaînes de télévision. « L’objectif est de toucher un public plus large que celui de YouTube, de lui donner aussi un cadre professionnel pour que notre message ait une plus grande résonance », ambitionne-t-elle. Les filles du Ladies Squad aimeraient également organiser des ciné-débats dans les collèges et les lycées pour prolonger la réflexion et éveiller les consciences. « Le climat qui règne actuellement dans notre société est nauséabond, note Rafaela. Il y a d’ailleurs un vrai paradoxe entre l’émancipation croissante des femmes et un raidissement conservateur qu’on peut observer chez une partie des hommes. Mais quoi qu’il arrive à l’avenir, cela ne nous empêchera pas de continuer à mener nos combats dans les quartiers auprès des femmes, bien au contraire. » 

Grégoire Remund

Photos: ©Nicolas Moulard

Le Ladies Squad, une équipe pleine d’avenir

Créée en 2017 à Montfermeil et Clichy-sous-Bois par Sébé Coulibaly, Myriam Zanoubi et Rafaela Lopes, d’anciennes footballeuses professionnelles, l’association Ladies Squad mobilise et sensibilise la jeunesse, en priorité les femmes, autour d’actions sociales, sportives et culturelles. « Au départ, c’est le football qui nous a réunies, témoigne Sébé, qui a grandi à Montfermeil et qui a joué, notamment, à l’AS Saint-Étienne. Avec Myriam et Rafaela, on a très vite sympathisé et fait le constat, ensemble, que les jeunes femmes issues des quartiers populaires avaient du mal à quitter leur environnement, à s’émanciper, comme si c’était une fatalité. Alors on a décidé d’agir. » Outre le programme « Femme Holistique », qui a fait l’objet d’un documentaire, le Ladies Clubs met en place toute l’année une myriade de dispositifs. Parmi lesquels « Aime en 6 passion » (comme « émancipation »), une plateforme qui propose des débats sur des sujets de société, également ouvert à la gent masculine. Actuellement l’asso travaille en collaboration avec le FabLab et le collège Louise-Michel de Clichy-sous-Bois, sur un projet dédié aux jeunes de maquette 3D des villes de Clichy-sous-Bois et Montfermeil. Objectif : faire ressortir les lieux stratégiques (mission locale, clubs de sport, conservatoire, etc.) pour rappeler leur existence et indiquer leur emplacement géographique. Enfin, le Ladies Squad vient de relancer son application, qui était en sommeil depuis quelques années. Pensé comme un site de rencontre, le logiciel met en relation des joueuses et des joueurs de football de tous niveaux pour des matchs à cinq contre cinq. Des créneaux horaires sont proposés et les participants s’inscrivent pour jouer. « Nous avons environ 3000 utilisateurs, essentiellement en Seine-Saint-Denis, mais l’objectif est de développer l’appli partout en France », indique Sébé.

G.R.

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