Semer les graines de l’inclusion

Semer les graines de l’inclusion
Agriculture urbaine
  • Soutenu par le Département, le Potager du Grand Paname organise des ateliers pédagogiques auprès des habitant·es, des scolaires, des publics sociaux...
  • Des membres de l'Accueil familial départemental s'y retrouvent régulièrement pour des séances conviviales de cuisine et de jardinage.
  • Zoom sur ces rencontres qui réunissent des personnes déficientes psychiques et leurs accueillant·es au coeur du parc du Sausset, à Villepinte.

« J’ai un peu de mal à retenir la recette mais j’aime bien faire la cuisine avec les autres » confie Tidjane, 28 ans, en badigeonnant d’huile d’olive les böreks aux épinards et aux blettes. Avec Sarah, Priscilla, Stéphane… le jeune homme, qui vient tous les mois avec son accompagnatrice de l’Accueil familial aux ateliers organisés par le Département, a préparé de bons plats « veggies » dans la cuisine équipée de la Maison du parc. Pendant deux heures, le petit groupe de personnes « accueillies » et « accueillantes » a mitonné puis dégusté des produits bio ou savoureux, en partie glanés dans le Potager du Grand Paname à proximité. Une part des légumes confectionnés provient de ce terrain de 1,5 hectare où les « binômes » viennent une fois par mois jardiner, en compagnie du maraîcher Brice Paccard. Une façon de se détendre en mettant les mains dans la terre et d’en savoir davantage sur les techniques de la permaculture ou le cycle du vivant.

Des ateliers pour créer de la réassurance

L’Accueil familial est un dispositif mis en place il y a 14 ans par le Département qui permet à des adultes en situation de handicap ou des seniors souvent en situation de dépendance de vivre dans le domicile d’une famille et ce, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Cet accompagnement offre ainsi à une trentaine de Séquano-Dionysien·nes un cadre idéal pour gagner en autonomie, en apportant la stabilité et la chaleur d’un foyer. Djamila, qui s’occupe de Priscilla, 32 ans, depuis plus d’une dizaine d’années, la considère ainsi comme une membre de sa famille.

Encouragée par les participant·es, cette dernière a mitonné un tzatziki de radis, en mélangeant des yaourts avec notamment du jus de citron, des radis râpés et des feuilles de menthe, le tout servi plus tard au groupe en tartinade. « Priscilla travaille pendant la semaine dans un ESAT (NDLR : établissement ou service d’aide par le travail), en étant suivie le vendredi dans un hôpital de jour » indique Djamila en souriant. « Elle aime bien refaire les plats à la maison et je me dis que si jamais elle souhaite vivre seule plus tard, elle saura se débrouiller pour la cuisine… ». 

Les dix chefs en herbe ont ensuite dégusté les plats végétariens suivis par un délicieux crumble aux pommes et à la chantilly, concoctés par leurs soins. « On essaie de leur montrer les bienfaits d’une alimentation équilibrée en leur présentant l’origine des légumes de saison consommés » explique Krystina, la diététicienne de l’association Les Insatiables qui les accompagne. « Cela permet aussi aux accueillants de passer de bons moments avec les personnes accueillies et prendre un temps pour soi, la posture d’aidant exigeant beaucoup de temps et de dévouement ». 

 

Un potager bio au coeur du parc du Sausset

Le petit groupe a par la suite pris en voiture la direction du Potager du Grand Paname, situé à quelques kilomètres. Brice Paccard, maraîcher bio, leur a d’abord présenté le fonctionnement d’un composteur où les participant·es ont jeté des déchets organiques et remué la terre noire. Les Séquano-Dionysien·nes ont ensuite récupéré dans la serre des plants d’épinards pour les planter dans les champs du Potager. « Vous voyez les deux cotylédons là, et bien quand la troisième feuille sort, c’est le signe qu’on peut planter, en prenant soin d’enlever le chignon (NDLR : le bout de la racine qui tourne) avant de mettre en terre »  conseille l’agriculteur, qui multiplie les expériences sensorielles pour faciliter l’apprentissage.

Les participant·es ont ensuite récolté des poireaux avec une fourche-bêche ainsi que des radis et des endives de plein champ. Jean-Luc, assez en retrait lors des premières séances, a pris progressivement confiance en lui et posé des questions en observant des pousses de lentilles. Comme ses camarades, il renouvellera l’expérience en plantant dans le jardin de son « accueillante » des graines de moutarde qui seront peut-être consommées plus tard. « Ces rencontres font prendre conscience aux familles que les bénéficiaires peuvent faire pas mal de choses en autonomie, en créant un espace de convivialité » déclare Olivia Royer, responsable de l’Accueil familial du Département. « Cela brise les préjugés et permet à tous de tisser des liens d’amitié avec les autres en dehors du domicile ». 

Ces cours de cuisine et de jardinage s’inscrivent dans le cadre du Plan alimentaire territorial instauré par le Département de la Seine-Saint-Denis dès 2022 afin de faciliter l’accès à une alimentation de qualité, durable et saine. En ouvrant la Maison du Parc et le Potager du Grand Paname aux publics en situation de handicap mental ou psychique, les acteurs de cette initiative prouvent que tous·tes les habitant·es peuvent avoir la main verte. Un enseignement que les participant·es à ce projet méditeront bientôt pendant une journée de détente à Berck-sur-Mer le 23 avril à l’occasion du Festival international des cerfs-volants.

 

Crédit-photo : Marie-Pierre Dieterlé

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