L’Aide au film court, 20 ans déjà

L’Aide au film court, 20 ans déjà
Soutien à la création
  • Depuis 2006, cette Aide financée par le Département et coordonnée par l’association Cinémas 93 a profité à 197 courts-métrages.
  • Ce soutien intervient au moment de la post-production et de la diffusion des films.
  • Sophie Letourneur, Thomas Cailley ou Olivier Babinet sont quelques-uns des cinéastes à en avoir bénéficié.

Le 26 février prochain, elle prétend au César du meilleur court-métrage documentaire pour « Car Wash ». Laïs Decaster a déjà fait du chemin depuis qu’elle a bénéficié deux fois, en 2022 et 2025, de l’Aide au film court en Seine-Saint-Denis, successivement pour « Une histoire de plage », le récit d’une amitié à Marseille, et « La peau dure », où elle suivait le quotidien d’une jeune judoka.

Yiyi loin de son pays, de Yiwei Yao (2023)

Servir de tremplin pour de jeunes cinéastes en devenir, c’est précisément le but de l’Aide au film court, dispositif qui fête déjà ses 20 ans. Depuis 2006, ce soutien porté par le Département et coordonné par l’association Cinémas 93 aura profité à 197 courts-métrages. Chaque année, 10 films profitent du dispositif, bénéficiant ensuite d’une aide à la post-production et à la diffusion comprise entre 5 000 et 20 000 euros. Avec parmi eux, des réalisateurs qui ont ensuite fait parler d’eux : Sophie Letourneur, Thomas Cailley ou encore Olivier Babinet.

Celui qui s’était fait connaître en 2016 pour « Swagger », portrait vibrant de jeunes scolarisés au collège Debussy à Aulnay-sous-Bois, avait commencé par être épaulé par le Département pour son court-métrage « C’est plutôt genre Johnny Walker » en 2008. Clin d’œil amusant : « Swagger » vient de rentrer dans la sélection « Collège au Cinéma » du CNC, une collection de films jugés à intérêt pédagogique.

Sophie Letourneur, Thomas Cailley ou Yassine Qnia

Fais croquer, de Yassine Qnia (2011)

On peut aussi citer Yassine Qnia parmi les bénéficiaires : après « Fais croquer », soutenu en 2011, ce cinéaste avait eu le bonheur de réaliser son premier long-métrage en 2021, « De bas étage », polar cafardeux sur un escroc à la petite semaine.

« Cette aide, c’est une vraie aubaine pour les jeunes réalisateurs, juge-t-il. Obtenir l’aide au film court avait vraiment bonifié mon court-métrage. Grâce à elle, « Fais croquer » a pu bénéficier d’une vraie post-production avec un montage, un mixage, un étalonnage pros… Et puis, cette aide avait aussi renforcé notre confiance et visibilité : grâce à elle, j’ai pu aller au festival Premiers Plans d’Angers, une vraie chance », se souvient ce réalisateur qui a grandi à Aubervilliers.

Pourtant, nul besoin d’être originaire de Seine-Saint-Denis pour bénéficier de ce précieux coup de pouce. « Il y a certes eu une réforme en 2024 qui a renforcé le critère de territoire dans le comité de présélection des courts. Mais le critère de qualité artistique du film reste premier », insiste Emma De Griève, responsable de cette aide à l’association Cinémas 93, qui coordonne entre autres actions l’attribution de l’Aide au film court.

Christelle Lheureux, qui a grandi au Havre et n’a pas spécialement de lien au 93, a ainsi pu s’appuyer par deux fois sur ce dispositif. Une première fois pour « La maladie blanche, « film à très petit budget » racontant l’escapade onirique d’une petite fille dans les Pyrénées, Grand Prix du Festival Côté Court de Pantin 2010. Une seconde fois en 2020 pour « 80 000 ans », court intimiste racontant le retour d’une femme dans sa maison d’enfance à Fécamp.

Important pour la diversité des expressions

1996 ou les malheurs de Solveig, de Lucie Bordereau (2023)

« C’est vraiment une aide très précieuse, témoigne-t-elle à son tour. Dans le paysage des aides à la post-production, il y a finalement assez peu de soutiens. Et celles qui existent sont très normées et ne se déclenchent que si on est accompagné de boîtes de prod. Là, cette aide permet à des projets assez fragiles d’exister. C’est donc à mon sens très important pour la diversité des expressions au cinéma. », estime la cinéaste de 54 ans qui est en train de tourner son premier long en Thaïlande, intitulé « Are you OK ? »

En 2025, 10 films ont encore pu être sublimés ou même exister grâce à l’Aide au film court, parmi lesquels « L’été à l’ombre » ou « Moy Dom ». Peut-être que l’un de leurs réalisateurs triomphera à l’avenir aux Césars ? Avec l’Aide au film court, c’est en tout cas une certaine idée du cinéma, faisant la part belle à la diversité et à la création, qui s’exprime.

Christophe Lehousse

Extraits des films: ©Cinémas 93

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