Damien Perrinelle, coach du Red Star : «Tout le monde tire dans le même sens»
- Entraîneur du groupe élite puis adjoint de l’équipe première à l’AS Monaco pendant 6 ans, Damien Perrinelle a pris les commandes du Red Star cet été.
- Un nouveau projet et un costume tout neuf – il s’agit de sa première expérience en tant qu’entraîneur principal - pour ce Francilien, qui nous a accordé un entretien.
Pourquoi avoir signé au Red Star à l’intersaison ?
Damien Perrinelle : Quand, comme moi, on est né et on a grandi en Ile-de-France [à Suresnes, dans les Hauts-de-Seine], on sait tous ce que représente ce club sur ce territoire, de par son histoire, son ancrage unique dans le paysage du football. Quand l’opportunité de signer ici s’est présentée, ça a été comme une évidence, je n’ai pas hésité une seule seconde. Avec les dirigeants, on a une vision commune sur le projet sportif et l’identité de l’équipe.
Avez-vous eu d’autres propositions ?
Oui, d’autres clubs ont manifesté leur intérêt, à l’étranger notamment [son nom a circulé du côté du Cercle Bruges, qui partage le même propriétaire que l’AS Monaco]. Mais encore une fois, quand le Red Star, club de Ligue 2 ambitieux, a pris contact avec moi, la décision a été très simple à prendre.
C’est votre première expérience en tant que coach numéro un. Avez-vous hésité à relever ce challenge ?
On pourrait croire qu’à Monaco, eu égard à l’environnement spécial qui règne sur place [on dit souvent que la pression médiatique et populaire est moins forte qu’ailleurs], j’étais dans une zone de confort, mais pas du tout. L’exigence de résultats m’a toujours poussé, en tant qu’adjoint durant ces cinq années, à me remettre en question constamment, à ne jamais me reposer sur mes lauriers. J’aurais pu rester une année de plus à ce poste mais le foot, c’est aussi une question d’opportunités et de défis. L’an passé, j’ai obtenu mon BEPF (Brevet d’entraîneur professionnel de football), j’étais donc prêt pour le grand saut.
Avec des équipes comme Nantes, Saint-Étienne, Metz ou encore Montpellier, le championnat de Ligue 2 est particulièrement relevé cette année, quels objectifs vous êtes-vous fixé avec le Red Star ?
Le premier objectif est de continuer d’aider le club à se développer, à progresser. Il ne faut pas oublier que c’est seulement sa troisième saison consécutive dans ce championnat. La première année a été difficile, la deuxième nettement meilleure [avec une place en play-offs], tâchons de faire au moins aussi bien cette année, tout en apportant une nouvelle dynamique. Avec Pauline Gamerre [directrice générale] et Grégory Dupont [directeur du football], on tient à faire les choses dans l’ordre qui passe d’abord par la création d’une feuille de route et de rester fidèles à nos idées. Dans le foot, il arrive souvent que les résultats ne reflètent pas la physionomie du match. Contre Sochaux (2e journée), on fait 0-0 mais cette rencontre, au regard des occasions, on devait la gagner. On ne veut pas se focaliser sur le score. Le résultat ne nous obsède pas encore.
C’est quoi le style Perrinelle ?
Au-delà du style de jeu – je suis encore nouveau dans ce métier et je ne veux pas passer pour prétentieux -, je mise avant tout sur les valeurs humaines et l’authenticité. Auprès des joueurs, je ne vais pas chercher à jouer un rôle, à me faire passer pour un autre. Le Red Star rassemble autour d’une identité, d’un ADN populaire, je vais tâcher de me conformer à cette image. C’est un club de banlieue parisienne – moi-même j’en suis issu – qui me correspond parfaitement. Je suis heureux d’être ici et j’espère que cela se traduira par des bonnes performances sur le terrain.
Avec deux victoires, deux nuls et une défaite, quel bilan tirez-vous des cinq premières journées de championnat (Ligue 2) ?
Faire un premier bilan est pour moi prématuré. Ce que je retiens de ces deux premiers mois au club, c’est l’alignement total entre le staff, les dirigeants et les joueurs. Tout le monde tire dans le même sens et ça, pour un entraîneur, c’est précieux.
« Elyaz Zidane savait qu’il n’aurait aucun passe-droit, qu’il lui faudrait gagner sa place »
Dans quels domaines en particulier, l’équipe doit-elle s’améliorer ? Sur le plan offensif, par exemple, elle est perfectible…
Premier point, notre manière de jouer au foot est un peu différente de ce qui se faisait la saison dernière en termes du jeu de possession mais surtout du jeu sans ballon. L’intégration de ces principes de jeu par les joueurs est déjà fort intéressante. Deuxième point, par rapport à l’aspect offensif, je n’ai aucune inquiétude car les situations de but, on s’en est créé à chaque match. Si notre animation offensive ne donnait rien, je serais beaucoup plus inquiet. Les datas sur les cinq premières journées montrent qu’on est sur la bonne route. On va insister et ça finira par passer.
En défense, un certain Elyaz Zidane, le dernier-né des Zidane, vous a rejoints cet été. On imagine que depuis son arrivée, il est ultra sollicité. Comment faites-vous pour le protéger ?
Son arrivée a certainement créé un effet de surprise dans les médias et suscité un intérêt de leur part au début du championnat. Mais Elyaz sait faire face à tout ça. C’est un jeune joueur de 20 ans qui apprend encore son métier, qui a de très belles valeurs humaines, qui a reçu une très bonne éducation et qui n’est pas venu au Red Star avec un statut de « fils de ». C’est tout à son honneur. Il est venu dans un club où il savait qu’il n’aurait aucun passe-droit, où il lui faudrait gagner sa place. En tout cas, depuis le début de la saison, je ne vois pas un joueur perturbé ou qui serait sursollicité. Mais plutôt un jeune qui s’éclate sur le terrain.
Justement, avant de venir ici il n’avait jamais évolué en France et découvre la Ligue 2, vous êtes satisfait de son rendement ?
Jusqu’ici, il a joué tous les matchs comme titulaire parce qu’il s’en est donné les moyens. Je ne suis pas là pour faire des cadeaux mais, à l’instar d’autres jeunes de l’effectif, tels que Islamdine Halifa, qui n’a pas manqué une rencontre en tant que titulaire, ou Cheick Konaté, qui n’avait jamais évolué en Ligue 2 et qui entre souvent en cours de match, il nous montre semaine après semaine l’étendue de son talent. Le potentiel pour faire une carrière de haut niveau, il l’a, c’est indéniable.
Le club dispose depuis un an d’un centre de formation avec beaucoup de jeunes talents dont certains sont originaires du département. Quelques-uns s’entraînent-ils déjà avec l’effectif pro ?
Ma venue ici est aussi liée à mon passé de formateur à Monaco. Un centre de formation est capital pour un club. Celui-ci va nous permettre de ne plus nécessairement aller chercher des joueurs ailleurs mais de s’appuyer sur ceux qu’on a à disposition et qu’on va aider à se développer. Mais ce centre n’a qu’un an, pour en tirer les bénéfices, il va falloir encore patienter. Depuis le début de la saison, on convoque régulièrement des joueurs de l’académie à nos entraînements. On garde un œil constant sur ces jeunes avec l’objectif de créer les conditions, le meilleur environnement possible, pour qu’ils puissent s’exprimer et n’aient pas envie d’aller voir ailleurs. Ce qui n’est pas qu’une question d’argent, contrairement à ce qu’on pourrait croire.
Vous vous êtes, au cours de votre carrière, déplacé dans des dizaines et des dizaines de stades, que pensez-vous du stade Bauer et de l’ambiance qui y règne, même si celui-ci est encore en travaux ?
J’ai connu l’ancien, je découvre le nouveau. Ce stade a quelque chose que les autres n’ont pas. C’est un petit stade mais il y a une atmosphère vraiment à part. J’étais venu il y a quelques années avec Monaco pour un match de Coupe de France et j’avais été impressionné par l’ambiance avec un kop de supporters et des spectateurs qui encouragent leur équipe de la première à la dernière minute, même quand celle-ci fait un mauvais match.
Propos recueillis par Grégoire Remund
Photos: ©Bruno Lévy
Damien Perrinelle, bio express
Ancien défenseur central, Damien Perrinelle (43 ans) a essentiellement joué en France dans des clubs de Ligue 2 (Créteil, Clermont, Boulogne, Istres). De 2014 à 2017, il a évolué dans le championnat nord-américain (MLS) dans l’équipe des New-York Red Bull, aux côtés de Thierry Henry, notamment.