Le Boxing Beats poursuit son histoire au féminin

Le Boxing Beats poursuit son histoire au féminin
Boxe
  • Connu pour avoir formé Sarah Ourahmoune, vice-championne olympique, le club de boxe anglaise d’Aubervilliers présente à nouveau deux boxeuses aux championnats de France cette année.
  • Si Inès Grante s’est fait éliminer en -60kg, Yuma Cefelman-Okazaki, 26 ans, a réussi avec brio son entrée en lice en -51kg et combattra en quarts samedi dans le Pas-de-Calais.
  • Nous avons passé les portes de ce club au savoir-faire réputé en boxe féminine.

« Ce que j’ai tout de suite apprécié au Boxing Beats, c’est qu’il y a beaucoup de gens différents, une ambiance de travail mais tout en restant très bienveillants les uns avec les autres. Ici, pas de distinction entre les titrés et les non titrés, il y a juste des boxeurs et des boxeuses. »

Yuma Cefelman-Okazaki évolue au Boxing Beats depuis 3 saisons, mais c’est comme si elle y avait été toute sa vie. Pas un jour ou presque où elle ne passe pas les portes de cette salle en briques, nichée à côté des Laboratoires d’Aubervilliers.

Une fois passée la volée de marches qui donne l’impression de mener à un entrepôt, les fresques et les trophées de cette salle immédiatement chaleureuse se chargent de vous rappeler où vous êtes. Les silhouettes stylisées de Mohamed Ali ou de Manny Pacquiao se détachent entre les sacs de frappe et les cordes du ring. Les visages féminins dessinés sur les murs par l’artiste-boxeur Rakajoo ne sont pas absents non plus. Et pour cause : bienvenue dans un des clubs de France les plus titrés au niveau féminin.

Le Boxing Beats, 58 titres nationaux chez les filles

Le Boxing Beats, fondé en 1998, compte 58 titres nationaux chez les filles.

« 58 titres de championnes de France, dont les 10 de Sarah Ourahmoune, une des premières boxeuses à s’être lancée quand la boxe féminine a été autorisée en France, en 1999 », souffle Saïd Bennajem, le co-fondateur de la salle et un temps entraîneur de Sarah.

Aujourd’hui, la vice-championne olympique de Rio 2016 n’est plus là qu’en photo ou passe éventuellement en coup de vent, mais ses héritières ont pris la relève. Yuma Cefelman-Okazaki combat ce samedi en quarts de finale des championnats de France chez les -51kg, après avoir passé un premier tour, le 10 janvier, vainqueure par arrêt de l’arbitre contre Adeline Galent.

« Je me sens bien, prête. Les championnats de France, c’est très différent des autres tournois : il y a plein de choses à gérer, notamment cette possibilité de disputer deux combats en deux jours », confie au téléphone la boxeuse originaire de Montreuil. C’est ce qui arrivera si Yuma franchit samedi l’obstacle Maëva Bournat en quarts, auxquels succéderont directement les demies dimanche.

Cette année, une autre représentante du BB était aussi engagée sur les « France » : pressentie pour aller chercher le titre après déjà 2 places de vice-championne nationale, Inès Grante a malheureusement chuté dès le premier tour, face à la gauchère Sarah Nouiri. Une grosse déception pour cette perfectionniste, venue au noble art en 2021 après une première carrière à haut niveau dans le judo.

Inès Grante, objectif Los Angeles 2028

Pour autant, la Pantinoise de 26 ans, entrée en équipe de France l’année dernière, n’est pas du genre à baisser les bras à la première déconvenue. « C’est une fille qui a la rage : on n’a pas besoin de lui dire d’aller courir, elle y va toute seule. En l’espace de quelques années seulement, elle a déjà fait d’immenses progrès », estime Saïd Bennajem qui l’entraîne avec Sounil Ouazani, un ancien international algérien.

Footing à 6 heures du matin, combats avant le combat pour faire le poids sont le quotidien de cette battante, qui suit par ailleurs un bachelor en management à la WeiD School Talents, une école à distance conçue spécialement pour des profils de sportifs de haut niveau.

Là où Yuma Cefelman, par ailleurs styliste diplômée des Arts décoratifs de Paris, voit la boxe comme un défi personnel, Inès Grante s’accroche à son rêve : disputer les Jeux de Los Angeles 2028. Celle qui boxait encore l’année dernière en -63kg est d’ailleurs passée cette année en -60kg, la catégorie olympique, ce qui peut aussi expliquer certains tâtonnements. Elle qui a eu la chance de voir les quarts de finale du tournoi olympique de Paris 2024, organisés à Villepinte, a en tout cas eu la confirmation qu’elle voulait poursuivre dans cette voie : « C’était incroyable, j’avais des étoiles dans les yeux. »

« Un autre modèle féminin »

Inès Grante, au Boxing Beats depuis 2021.

Il est en revanche un poin(g) où Yuma Cefelman et Inès Grante se rejoignent : la fierté qu’elles retirent de leur investissement. « La boxe permet de se dépasser comme aucun autre sport. A chaque fin de combat, je suis contente d’être allée au bout, que j’aie gagné ou perdu », explique par exemple Yuma Cefelman.

Franco-japonaise, cette athlète inventive dit être d’abord tombée sur une certaine incompréhension de la part de sa famille japonaise quand elle a commencé la boxe en 2018 (à l’époque au club de Noisy-le-Sec). « Ma mère et sa famille étaient un peu dubitatives au début. Mais j’ai tout de suite eu l’appui de mes 4 sœurs. Ma grande sœur vient d’ailleurs parfois me voir, sans doute parce que ça lui permet aussi de montrer à ses propres filles un autre modèle féminin. Ça, ça me rend fière. »

On croise très fort les doigts pour que ce week-end, en quarts de finale des championnats de France dans le Pas-de-Calais, Yuma Cefelman voie encore briller les yeux de sa sœur.

Christophe Lehousse

Photos: ©Charlène Fontana pour la photo de Une et ©Marie Magnin pour Inès Grante

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