Gaël Rivière : « Avec les Jeux, on est passé de la compassion à la passion »

Gaël Rivière : « Avec les Jeux, on est passé de la compassion à la passion »
Handisport
  • Sacré champion paralympique avec l’équipe de France en 2024, le joueur du Bondy Cécifoot Club a été élu en décembre dernier président de la Fédération française Handisport.
  • Lucide, il juge les retombées des Jeux de 2024 positives, mais encore insuffisantes.
  • Pour la Seine-Saint-Denis, Gaël Rivière se félicite d’un outil comme le Prisme de Bobigny, nouvel équipement sportif à l’accessibilité universelle, mais pointe encore des failles en termes de transports en commun.

Que vouliez-vous défendre en vous portant candidat – et en étant élu en décembre dernier- au poste de président de la Fédération Handisport ?

Je voulais que le mouvement d’engouement pour le para-sport qu’on a vu éclore lors des Jeux de Paris 2024 soit le début, pas la fin, de quelque chose. Dans notre programme, nous avons donc insisté sur l’impératif de conserver une trajectoire financière viable car pour durer et se développer, il faut des moyens. Cela passe par la rationalisation de nos dépenses et l’accroissement de nos recettes : on travaille notamment à développer nos partenariats. Nous voulons aussi rajeunir notre mouvement dans ses pratiquants, en imaginant d’autres manières de pratiquer, plus ludiques, plus « fun ». Je pense aussi qu’il faut plus impliquer les parents qui sont pour l’instant une composante un peu absente de notre fédération. Enfin, on a vu avec les Jeux de Paris 2024 que si on veut changer le regard sur le handicap, la performance est un atout indéniable. Il faudra donc aussi être au rendez-vous des Jeux d’hiver de Milan 2026 et d’été de Los Angeles 2028.

7 mois après, comment jugez-vous le fameux héritage de Paris 2024 ?

Il est substantiel en ce qui concerne l’héritage immatériel. Comme je le dis souvent, avec ces Jeux, on a réussi à passer de la compassion à la passion. C’est-à-dire qu’ils ont permis de réunir les gens autour d’une émotion sportive où la dimension du handicap passait au second plan. Ce qui primait, c’était la performance et les compétences des sportifs, et leur handicap n’était finalement qu’une donnée parmi d’autres. Maintenant, concernant l’héritage matériel, on n’y est pas encore : on peut constater tous les jours que la promesse de transports et d’infrastructures accessibles à tous n’est pas encore remplie. En revanche, je dirais que le handicap s’est fait une petite place dans l’imaginaire collectif et notamment dans celui des décideurs publics : désormais, parler d’accessibilité est rentré dans leur langage courant. En tout cas, les retombées sont bonnes en termes de licenciés puisque nous en comptons 30 000, avec une légère hausse après les Jeux.

Gaël Rivière, le jour de l’inauguration du Prisme à Bobigny, en compagnie de son coéquipier Tidiane Diakité et de son président de club Jean-François Chevalier.

Pour parler de la Seine-Saint-Denis, est-ce que le Prisme, gymnase spécialement conçu pour la pratique du para-sport et inauguré en février à Bobigny, peut être cet instrument régional qui provoque une accélération dans la pratique ?

Avoir une infrastructure adaptée à différents handicaps et différentes pratiques dans un territoire qui en manquait, ça ne peut évidemment que favoriser la pratique. Même s’il reste encore des éléments à résoudre pour faire que cette infrastructure soit pleinement opérationnelle : aujourd’hui, les transports en commun qui y mènent sont rares et peu adaptés. Mais on ne peut que louer un ouvrage de cette qualité, ça va indéniablement dans le bon sens.

Le Bondy Cécifoot Club, que vous avez rejoint à sa création en 2020, est un exemple très vertueux d’inclusion par le sport. Comment pourrait-on faire pour généraliser ce genre d’initiatives ? On a parfois l’impression que trop de choses dépendent d’initiatives personnelles…

Le Bondy Cécifoot est né de la rencontre entre un entrepreneur (Jean-François Chevalier) et un entraîneur de cécifoot (Samir Gassama) c’est vrai. Mais il ne faut pas oublier que les pouvoirs publics – mairie et Département- ont épaulé leurs demandes. Un terrain de cécifoot dédié est ainsi sorti de terre au stade Léo-Lagrange. Là où l’exemple du BCC est à mon avis duplicable, c’est dans sa structuration : c’est un club fondé autour d’une pratique handisport- le cécifoot- sur lequel se sont ensuite greffées des pratiques valides avec notamment le futsal. Cet exemple d’inclusion inversée est à mon avis très porteur, parce que là l’échange de compétences se fait dans les deux sens. Ce ne sont pas de gentilles personnes valides qui se sont ouvertes à de braves personnes en situation de handicap…

Vous êtes avocat. Est-ce que le sport vous a aidé dans votre vie professionnelle ou étudiante ?

Oui, c’est certain que je ne serais pas la même personne sans le sport. A titre professionnel, je dirais surtout qu’il m’a donné confiance en moi et aussi une capacité de résister à la pression. Non-voyant de naissance, j’ai commencé à jouer au foot chez moi à La Réunion, dans la rue. Puis j’ai découvert le cécifoot, avec des règles codifiées, à l’internat de l’INJA de Paris (Institut National des Jeunes Aveugles) où j’étais venu pour mes études. Quand on a le privilège de rejoindre les équipes de France à 15 ou 16 ans, ça donne une confiance en soi assez forte. C’est aussi un outil d’apprentissage du travail, de la rigueur et de l’humilité parce qu’en sport on perd plus souvent qu’on ne gagne. C’est enfin un apprentissage de la mobilité et de l’autonomie parce que savoir se déplacer sur un terrain en évitant des obstacles sert forcément dans la vie de tous les jours. C’est tout ce qu’on voudrait transmettre à de jeunes non-voyants à travers une Académie que nous essayons de créer au Bondy Cécifoot…

Et ça marche ?

Oui, sans doute que notre titre aux Jeux paralympiques va nous permettre de traduire en faits ce qu’on voulait faire depuis longtemps. Par exemple, lors de la Coupe d’Europe qu’on disputait fin mars à Bondy, une maman et son fils non-voyant sont venus nous voir pour rejoindre le club. Comme d’autres ados sont aussi intéressés, l’Académie prend forme, même si c’est un processus de longue haleine.

Propos recueillis par Christophe Lehousse

Photos: ©Didier Echelard et ©Nicolas Moulard

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