En Seine-Saint-Denis, le futsal a trouvé son terrain de jeu
- En France, le futsal est en plein développement et la Seine-Saint-Denis, qui compte 29 clubs sur son territoire, n’échappe pas à cette frénésie.
- Lors du dernier Euro (20 janvier au 7 février), 4 des 14 joueurs de l’équipe de France qui a terminé demi-finaliste ont été formés dans des clubs du département.
- Zoom sur cinq d’entre eux.
À l’image de l’équipe de France qui, en 2024, pour sa première participation à une Coupe du monde, a atteint le dernier carré de la compétition, avant de réaliser exactement le même exploit deux ans plus tard lors de l’Euro (eux qui n’avaient jamais passé le premier tour !), le futsal est en plein boom en Seine-Saint-Denis. D’ailleurs, quatre des quatorze joueurs qui composaient le groupe France lors du Championnat d’Europe ont grandi et ont été formés dans des clubs du département. Souheil Mouhoudine, le capitaine des Bleus, à l’AS La Courneuve, Mamadou Touré à l’Olympique de Pantin, Ouassini Guirio au CS Épinay-sur-Seine et Francis Lokoka au Red Star FC. On peut ajouter à cette liste Nelson Lutin (FC Villepinte), non retenu pour l’Euro mais présent lors du Mondial. Chez les femmes, Fagueye Sy, licenciée au Bondy Cécifoot Club et par ailleurs agente du Département, fait aussi régulièrement partie des sélectionnées bleues.
En Seine-Saint-Denis, le vivier de talents est intarissable et les clubs – ils étaient 29 au coup d’envoi de la saison 2025-2026 – jouent un rôle-clé dans la formation. Depuis quelques années, et alors que la Fédération française de football (FFF) vient de dévoiler un nouveau plan sur trois ans (2025-2028) pour développer la pratique, ils connaissent une croissance notable et revendiquent près de 2 700 licenciés (50 000 au niveau national), un chiffre en constante augmentation. Parce qu’il est évidemment impossible d’être exhaustifs, nous avons choisi de vous en présenter cinq. Cinq clubs qui brillent par leur singularité et leur exemplarité.
- Les Artistes Futsal (Villepinte) : le plus performant
Disons-le sans détour, Les Artistes Futsal est, en matière de résultats, ce qui se fait de mieux actuellement sur le département. Ce club de Villepinte, créé en 2001 par cinq amis fans du « joga bonito » brésilien, réalise une saison de rêve. Inimaginable il y a encore quelques années. À quelques journées du terme du championnat de Division 2, qu’il découvrait cette année, il occupe la tête du classement. Encore quelques efforts et l’accession en D1 ne sera plus une chimère. De plus, l’équipe est encore en lice en Coupe de France : le 15 février, elle s’est qualifiée pour les 8e après avoir écarté Nantes-Dervallières (7-4). Pour en arriver là, nos « Artistes », qui ont remporté à six reprises la Coupe du 93 et atteint la finale de la Coupe de France en 2003, ont misé sur la formation. « 80 % des joueurs de l’équipe première sont Villepintois et issus de l’académie, rappelle Alpha Sey, responsable de ladite école de futsal. Ils se connaissent depuis qu’ils sont gamins et sont montés ensemble de catégorie en catégorie, pour la cohésion de groupe, on ne peut pas faire mieux. » Avec 370 licenciés et une section féminine (des U11 aux seniors) en plein essor, Villepinte semble actuellement au meilleur de sa forme. De nombreux joueurs ayant percé par la suite au plus haut niveau sont passés par ce club. C’est notamment le cas de l’international tricolore Nelson Lutin, qui défend aujourd’hui les couleurs de l’Étoile Lavalloise, le meilleur club français ; son frère Rayan, qui joue au foot à 11 à Amiens en Ligue 2 et qui vient de participer à la Coupe d’Afrique des nations (CAN) avec les Comores ; ou encore Béni Souza, qui est parti rejoindre l’équipe B du Benfica Lisbonne. Du travail d’Artistes !
- Bondy Cécifoot Club : le plus féminin
En matière de bonnes ondes, il y a, outre-Manche, la BBC. En Seine-Saint-Denis, le BCC, le Bondy Cécifoot Club. Ce club qui a vu le jour en 2019 se fait le chantre de l’inclusion, à travers son équipe handisport, et de l’égalité femmes-hommes, par le biais de sa section féminine, montée en 2021 et dont l’ascension a été fulgurante. Rien qu’en 2024, le club s’est adjugé la Coupe de Paris, une compétition de niveau régional, la Coupe départementale et la deuxième place du championnat de France de R1 – le plus haut niveau régional mais aussi national car, chez les femmes, faute de ligue réunissant en son sein les meilleures équipes du pays, le découpage se fait par région. « Notre équipe féminine est l’équipe-phare du club en matière de futsal, se félicite Jean-François Chevalier, président du BCC. Nous avons un groupe formidable de 40 joueuses qui progressent ensemble. Elles sont très unies. » Pour développer cette section et étoffer à terme le groupe, le club bondynois a ouvert cette saison son académie de futsal féminin. « Dans cette ville et ce département, un nombre croissant de jeunes filles se tournent vers le futsal. Il y a un énorme vivier », assure le président. La réussite actuelle de cette équipe, un peu dans le dur cette année en championnat (5e sur 10), est incarnée par sa capitaine et internationale tricolore Fagueye Sy. Agente du Département dans le civil, elle est, en seulement quatre ans de pratique, la taulière du vestiaire et une « meneuse de femmes » hors pair. L’an passé, nous lui avions consacré un portrait. Elle déclarait notamment : « Un club comme le Bondy Cécifoot Club, dont les deux vitrines sont le handisport – avec le cécifoot – et le futsal féminin [il existe aussi une équipe masculine de futsal qui évolue au niveau départemental], n’a aucun équivalent en France. Cette politique d’inclusion se traduit au quotidien. Ici, en tant que femme, je me sens hyper valorisée, le club nous met constamment en avant et veut faire de nous une grosse équipe de futsal en France. »
- Sport-Éthique Livry (Livry-Gargan) : le plus tolérant
Ce club, dont l’équipe fanion joue actuellement en Régional 2, l’équivalent d’une 4e division nationale, est né d’une désillusion. Celle vécue par le petit frère d’Alhadji Baldé, un des pères fondateurs et directeur technique du Sport-Éthique, qui, du haut de ses 6 ans, à l’époque, rêvait de rejoindre le club de foot à 11 de sa ville mais qui a été prié d’aller voir ailleurs, le club en question considérant que le bambin n’avait pas le niveau requis. « ‘’Votre frère, il n’a pas assez de ballon’’ m’avait-on donné comme explication. J’étais tellement sidéré qu’on a décidé avec un groupe d’amis de créer notre propre structure en se jurant qu’on ne refuserait personne », se remémore Alhadji Baldé. Les compères se lancent alors dans l’aventure futsal car l’offre sur la ville, en termes d’équipements, est pléthorique. Le bien nommé Sport-Éthique Livry (SEL) est officiellement créé en 2014. « Au départ, nous disposions juste de quelques créneaux le dimanche, mais très vite la demande a explosé et nous intervenons désormais dans les cinq gymnases de la ville », fait savoir le dirigeant. Des babys (4-6 ans) aux vétérans, en passant par la section féminine et les seniors masculins, tout le monde est traité avec la même considération, chaque catégorie bénéficiant de trois séances d’entraînement hebdomadaires, y compris les adhérents qui ont opté pour le pôle loisir. Comptant parmi les clubs-phares de Livry-Gargan, le SEL a toujours été fidèle à son crédo : aucune détection, aucune porte fermée. « Chez nous, tout le monde a sa place », martèle Alhadji.
- Almaty Bobigny : le plus conquérant

Le 15 février, Almaty Bobigny (en noir) s’est incliné 2-3 contre Kingersheim en 16e de finale de la Coupe de France.
Le 15 février dernier, le gymnase Henri-Wallon de Bobigny, qui accueillait le match opposant l’équipe locale, l’Almaty Bobigny, au FC Kingersheim (Haut-Rhin) dans le cadre des 16e de finale de Coupe de France, avait revêtu sa tenue de gala. Les Balbyniens, poussé par un public chauffé à blanc, étaient prêts à créer l’exploit contre le pensionnaire de D1. Mais d’exploit il n’y a pas eu, l’équipe de Régionale 3 n’a pas su déjouer les pronostics et s’est inclinée d’un petit but (3-2). « Malgré l’écart de niveau sur le papier, on avait nos chances et on n’a pas été loin de réaliser un gros coup, regrette Alexandre Diatta, le président du club. Le scénario est cruel, mais on a laissé une belle image grâce à une organisation aux petits oignons et des supporters en or. » Le parcours en Coupe s’étant arrêté ici, l’Almaty va pouvoir pleinement se consacrer au championnat. À quelques journées du terme, l’équipe est invaincue et occupe la première place. « L’objectif, depuis le début de la saison, a toujours été le même: la R2 », souligne le président, qui a fondé ce club en 2019. D’ailleurs pourquoi Almaty ? « C’est un clin d’œil à la meilleure équipe du monde qui se trouve à Almaty, la capitale du Kazakhstan, révèle Alexandre. On voulait éviter les trop classiques « FC », « AS « ou « Académie » , être original. » Il s’agissait aussi de se démarquer des clubs de foot à 11, une ambition globale que partagent de nombreux clubs de futsal sur le territoire. « Notre discipline est une alternative intéressante au foot classique, estime Diatta. Et le fait qu’il n’ait absolument aucun lien, pour l’instant, de près ou de loin avec le sport business, le rend particulièrement plaisant. Les enjeux ne sont pas les mêmes. On ne peut pas jouer au futsal en se disant qu’on en fera un jour notre gagne-pain. »
- Aulnay Futsal : le plus familial
« Aulnay Futsal, à la base, c’est un club de quartier, créé pour éviter que les jeunes tiennent les murs, relate Myriam Rolland de Kerdoret, responsable sportive et coach historique du club. Aujourd’hui, il attire toute la jeunesse aulnaysienne et est implanté un peu partout dans la ville, huit gymnases différents selon les catégories d’âge. » Si les 4-18 ans sont les mieux représentés, l’Aulnay Futsal (AF) étant un club de « jeunes », le club compte également une équipe senior compétitive, qui vise la montée en R1, ce qui serait une première dans l’histoire du club. « Beaucoup de mômes qui ne s’épanouissent plus dans le football viennent chez nous pour faire le plein d’énergie et d’envie. Une fois qu’ils ont repris confiance, ils repartent. C’est comme ça, mais cela prouve au moins qu’on fait les choses sainement », explique Myriam. A l’AF, club familial s’il en est, les grands, formés au coaching et à l’arbitrage, encadrent les petits. Une tradition qui perdure de génération en génération. La section féminine, quant à elle, a récemment été dissoute « en raison de l’interdiction du port du voile. Pour rester au club, les filles jouent désormais en loisir », conclut la dirigeante.
Grégoire Remund
Photos: ©Bruno Lévy