Alison Jackson, une Madeleine au sirop d’érable

Alison Jackson, une Madeleine au sirop d’érable
Cyclisme
  • Recrutée cette année, la Canadienne, vainqueure de Paris-Roubaix 2023, va être l’une des attractions de la saison de l’équipe cycliste St Michel-Preference Home-Auber 93.
  • A 37 ans, elle rêve de regagner l’Enfer du Nord et pourquoi pas une étape du Tour.
  • Cette personnalité extravertie et ouverte au monde doit aider les « Madeleines » à grandir, au sein d’un collectif toujours plus international.

En ce mardi de février, Alison est déçue. Elle qui voulait profiter de sa venue à Paris et de la présentation du nouveau vélo de la marque Cannondale pour visiter le Louvre, a fait chou blanc : le Musée à la Pyramide est fermé le mardi. « Bon, j’ai entendu qu’il y avait d’autres manières d’y entrer, mais je n’ai pas tenté », glisse-t-elle, rigolarde, avant de se prêter au jeu des interviews.

Voilà en condensé le portrait d’Alison Jackson : enjouée, sûre d’elle et curieuse de tout. Les Mondiaux de cyclisme se disputent pour la première fois en Afrique, au Rwanda, en 2025 ? Super, Alison en profite pour visiter le pays après la course. Alison participe en 2024 à la course sur route des JO de Paris ? Parfait, elle fête sa belle 19e place par une visite de Versailles avec sa famille… En 2023, son appétit de connaissances et sa joie de vivre l’ont même poussée à refaire la route du Paris-Roubaix qu’elle venait de gagner, mais cette fois en prenant le temps de s’immerger dans l’histoire de la course, en montant sur le chevalement de l’ancienne mine d’Arenberg et en s’intéressant à l’association qui, tous les ans, entretient amoureusement les pavés de l’Enfer du Nord.

« On ne vit qu’une fois ! En tant que sportive professionnelle, on a la chance de faire plusieurs fois le tour du monde, donc autant en profiter pour le découvrir. Je suis aussi persuadée que s’aérer la tête, c’est bénéfique à la performance. Mais évidemment, quand c’est la course, c’est la course. », estime cette compétitrice hors pair.

Science de la course

Cette combativité jusqu’au-boutiste de la Canadienne, St Michel en a d’abord fait l’amère expérience en 2023 quand, sur le vélodrome de Roubaix, Alison Jackson avait passé au sprint Marion Borras qui était encore dans le coup pour les Madeleines (Borras terminera 5e). « Ce jour-là, elle nous avait crucifiées. Mais maintenant qu’elle est avec nous, on ne lui en veut pas », se souvient Stéphan Gaudry, directeur général de St Michel Auber, qui compte fortement sur la Canadienne pour aider son équipe à grandir.

« Au-delà des résultats, Alison est extrêmement précieuse, elle peut transmettre aux plus jeunes son expérience, sa science de la course. Un exemple : une fille comme Alison, personne dans le peloton ne va oser la bouger. Et comme elle a un placement en course toujours impeccable, cela profite aussi aux autres filles. », explique Gaudry.

Le lien entre St Michel Auber et Alison s’est fait via Cannondale, la marque de vélos américaine commune à la Canadienne et aux Madeleines. Mais aussi grâce à Roxane Fournier, directrice sportive de l’équipe femmes – qui évolue en 2e division internationale – et ancienne adversaire d’Alison sur la route.

« Roxane m’a raconté l’ambiance à la fois compétitive et familiale qu’il y a chez St Michel. Et comme c’est aussi une ancienne sprinteuse-puncheuse comme moi, j’étais d’autant plus en confiance pour venir. Je sais qu’elle voit la course comme je la vois », explique celle qui, sur son rutilant vélo aux couleurs du Canada, dont elle est la championne sur route en titre, a fait inscrire en anglais : « Ne pense pas, danse ».

Danser, Alison aimerait évidemment le refaire sur Paris-Roubaix, le 12 avril prochain, elle qui a encore terminé 5e de l’édition 2025. Mais aussi sur le Tour des Flandres, « une course tellement iconique et qui peut se gagner de plusieurs façons différentes », dit celle qui après avoir vécu aux Pays-Bas et en Belgique, s’est désormais installée à Gérone, en Espagne, « où vivent beaucoup de sportifs canadiens ».

Vermilion, « plus d’animaux que d’habitants »

Cette communauté de Canadiens, Alison pourra maintenant la retrouver à Aubervilliers puisqu’avec Simone Boilard et Clara Emond, elles aussi engagées par Auber cette année, les Madeleines auront un fort accent canadien. « On attend avec impatience les Mondiaux de Montréal, chez nous en septembre, où on débarquera en plus avec la championne du monde en titre, Magdeleine Vallières », insiste la native de Vermilion, dans l’Alberta.

« Pas un seul cycliste et plus d’animaux que d’habitants », plaisante celle qui a grandi dans une ferme spécialisée dans l’élevage… de bisons. C’est là, dans ce village de 4 000 âmes, entre une grande sœur et un petit frère, qu’Alison l’intrépide a cultivé son goût pour les efforts extérieurs intenses : « natation, course, patinage, je faisais de tout », se  remémore celle qui découvrira le vélo à l’université pour ne plus le lâcher.

« Je voulais juste découvrir les limites du corps humain, de mon corps », poursuit-elle. Depuis, elle a un peu évolué dans sa définition du vélo : « Le cyclisme, ce n’est pas que de la force pure, c’est jouer avant tout. Jouer avec la tactique, avec ses adversaires, avec les éléments, c’est ce qui le rend si magique. » Avec Alison, les Madeleines sont en tout cas de retour « dans le game. »

Christophe Lehousse

Photos: ©Aymeric Lassak

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