Sport, prévention et inclusion à la piscine Kellermann
- Le centre aquatique départemental Annette-Kellermann, à La Courneuve, a accueilli le 31 mai une compétition ouverte à tous les nageur.es, quels que soient leur âge, leur niveau et leur handicap.
- Organisé par plusieurs fédérations sportives, cet événement avait également pour objet de sensibiliser les participants sur le savoir-nager et les gestes qui sauvent en cas de noyade.
Médaille autour du cou, Kioa, 10 ans, délaisse quelques instants ses béquilles dont il ne se sépare que très rarement et s’installe tout sourire sur la plus haute marche du podium. Face à lui, les flashs crépitent et les félicitations fusent. Ce bambin de Pantin, atteint de la maladie de Steinert, une affection génétique rare qui touche principalement les muscles, n’a pas volé son moment de gloire. Il vient de prendre part à sa première compétition de natation. Dans sa ligne d’eau, sous les encouragements du public, Kioa a tout donné. En phase de rééducation après avoir subi récemment une double opération aux hanches, sa participation n’était pourtant pas acquise d’avance mais « il tenait absolument à être là, précise Stéphanie, sa maman. Il faut dire qu’on ne peut pas laisser passer un rendez-vous comme celui-ci. »
Ce dimanche 31 mai, le centre nautique départemental Annette-Kellermann, à La Courneuve, accueille un événement de natation basé sur deux temps forts : une compétition inclusive, où personnes en situation de handicap et « valides » sont invités à nager ensemble, et un temps de formation qui porte sur la prévention des risques de noyade et les gestes de premiers secours. Organisé par cinq fédérations sportives, pas moins (les Fédérations française de natation, des maîtres-nageurs sauveteurs, du sport adapté, handisport et la FSGT 93), la réunion a attiré des nageur·ses de tout le département. « C’est la première fois que ces fédérations travaillent de concert pour organiser un tel événement, révèle Sandie Nahoum, présidente de la Fédération française des maîtres-nageurs sauveteurs (FFMNS). Vu l’importance des thèmes qui y sont abordés (natation inclusive, prévention contre la noyade, savoir sauver autrui), on espère qu’il puisse s’inscrire dans la durée. »
« J’ai bu la tasse mais je suis très heureux d’être arrivé au bout »
Assis au bord du bassin, bonnets de bain sur la tête, Matthieu et Éloi, son fils de 9 ans, attendent que le speaker les appelle pour prendre part à la course. « Nous sommes tous les deux licenciés au CS Lilas Natation et c’est notre première compétition, explique le papa. Nous sommes débutants et le cadre est idéal car l’ambiance est amicale et détendue. Personne n’est là pour faire un chrono. » Mayssane, Louna et Aliya, respectivement 10, 11 et 13 ans et pensionnaires du CM Aubervilliers Natation, se disent quant à elles fières de nager « aux côtés de personnes en situation de handicap. Ce genre d’initiative devrait se produire plus souvent, ce devrait même être quelque chose de systématique », affirment-elles en chœur. Et Sébastien, leur entraîneur, de rappeler : « Au CMA, le sport pour tous est ancré depuis longtemps dans les mentalités. Nous avons au club des nageur.es en situation de handicap, c’est une chose à laquelle nous sommes très attachés. »
Avec son bonnet frappé des initiales ASNR (Association Sportive des nageurs du Raincy), Claude, 75 ans, dont « 70 passées dans les bassins », abonde dans le même sens. « On assiste à une belle fête de la natation avec une communauté élargie, c’est le genre d’épreuve que je ne veux rater sous aucun prétexte », déclare celui qui vient de remporter quatre médailles – deux en or, deux en argent – aux championnats de France de natation dans la catégorie C11 (75-79 ans).
Sous les vivats des spectateurs et des autres compétiteurs, Zakaria, 9 ans, regagne son fauteuil roulant, essoufflé. Malgré la maladie – il souffre d’une spina bifida, une malformation de la colonne vertébrale -, il vient d’accomplir d’une traite 25 mètres. « Je fais aussi du basket-fauteuil mais je préfère la sensation de l’eau où j’ai un sentiment de liberté, confie le garçonnet, qui habite à Saint-Ouen. J’étais stressé, j’ai bu la tasse mais je suis très heureux d’être arrivé au bout. »
« Il faut permettre aux maîtres-nageurs de faire davantage de prévention dans les écoles »
La compétition terminée, place au second temps fort : des ateliers de prévention contre la noyade suivis d’une sensibilisation aux gestes de premier secours. Dans un coin de la piscine, des mannequins (du format nourrisson au format adulte) attendent de se faire compresser la cage thoracique. « On apprend aux usagers à avoir le réflexe de donner l’alerte, à allonger la personne en position latérale de sécurité, à dégager ses voies respiratoires et à effectuer un massage cardiaque car les secours mettent en moyenne dix minutes avant d’intervenir, une éternité dans certaines situations, détaille Sandie Nahoum. Nous disposons de plusieurs types de mannequins car le nombre de compressions n’est pas le même selon qu’on est un enfant ou un adulte. Pour un nouveau-né, on effectue en général quinze compressions en s’aidant de deux doigts, pour un enfant, on fait le même nombre de compressions mais à l’aide d’une main, et pour un adulte, il est recommandé d’effectuer trente compressions avec les deux mains. »
Le sujet est d’autant plus prégnant que la vague de chaleur qui s’est abattue ces derniers jours sur la France a augmenté de manière significative les noyades mortelles, certains n’hésitant pas à braver les interdits de baignade. Dans les piscines, le risque existe aussi. En avril dernier, on est passé tout près d’un drame au centre aquatique Les Nymphéas, à Noisy-le-Grand : un enfant de 5 ans qui avait échappé à la vigilance des adultes censés le surveiller a dû son salut à l’intervention d’un autre enfant et d’une femme. « À l’approche de l’été, mais aussi le reste de l’année, il est très important de sensibiliser le grand public aux dangers de la noyade [responsables chaque année en France d’environ 1000 décès, dont la moitié pendant la période estivale, ndlr], alerte la présidente de la FFMNS. Il faut permettre aux maîtres-nageurs de faire davantage de prévention dans les écoles, les enfants doivent être conscientisés dès leur plus jeune âge. »
Cette démarche renvoie inévitablement au Plan « savoir-nager » mis en place par le Département, représenté ce dimanche par sa vice présidente en charge de l’action sociale Oriane Filhol. S’inscrivant pleinement dans l’héritage des JO, signé en partenariat avec la Fédération française de natation et le CNOSF (Comité national olympique et sportif français), ce dispositif répond à des enjeux majeurs : prévenir les noyades dans un territoire marqué par la présence de nombreux cours d’eau, améliorer la santé publique, réduire les inégalités d’accès aux pratiques sportives et de loisirs ou encore développer la confiance en soi. Car il y a urgence : en Seine-Saint-Denis, un enfant sur trois ne sait pas nager en sortant de la 6e.
Grégoire Remund
Photos: ©Bruno Lévy