Mères isolées : comprendre pour aider

Mères isolées : comprendre pour aider
Table ronde
  • En France, une famille sur quatre est monoparentale et dans 82 % avec une femme à sa tête.
  • Ces familles rencontrent des difficultés particulières.
  • C’est pourquoi jeudi 5 mars, le Département organisait une table ronde « Mères isolées : comprendre la stigmatisation, reconnaître les réalités, construire l’action publique. »

Lorsqu’une famille sur 4 est concernée, il ne s’agit plus de cas particuliers, mais bien d’un phénomène de société déclarait en introduction Pascale Labbé, vice présidente du Département chargée de l’Observatoire départemental des violences envers les femmes et de l’égalité Femmes-Hommes. Colombe Brossel, sénatrice et co-autrice du rapport « Familles monoparentales, pour un changement des représentations sociétales » expliquait que malgré la proportion importante de famille monoparentales, « il n’y a pas de prise en compte particulière. Sans doute parce qu’il s’agit d’une histoire de femme à plus de 80%. Pourtant, ces mères isolées sont confrontées à une mécanique de précarité, avec un cumul d’inégalités sociales, professionnelles et de genre. Au point que 45% des enfants seuls avec leur mère vivent sous le seuil de pauvreté. »

Solitude et stigmatisation

Non seulement les caractéristiques et les difficultés des mères isolées ne sont pas prises en compte, mais celles-ci sont souvent stigmatisées. La sociologue Maud Simonet explique que « dans la famille les rôles sont genrés. A la femme le soin, l’écoute la douceur, au père le soutien financier, l’autorité. Dans ce cadre, il manque forcément quelque chose à une famille monoparentale. » Claire Morin, trésorière du Collective mères isolées de Montreuil reprenait : « Les mères isolées sont constamment stigmatisées. Si le père s’en va, c’est que la mère l’avait mal choisi. Ou bien qu’elle ne lui avait pas laissé assez de place pour jouer son rôle de père. C’est toujours la faute de la mère ! »

Colombe Broussel, sénatrice de Paris

Colombe Brossel

Colombe Brossel insistait : « Il y a un besoin de responsabilisation du parent non-gardien. Plus de 20% des pensions alimentaires ne sont pas versées. Plutôt que de cibler les mères isolées pour des suspicions de fraude, le travail de la CNAF doit être de faire payer les pensions alimentaires. C’est possible, au Québec 95% des pensions sont versées car il y a un système de prélèvement automatique. » Maud Simonet soulignait le caractère injuste de cette stigmatisation « car c’est le plus souvent à la femme que revient le travail d’organisation, de planification pour les pères. En plus de la charge émotionnelle, de prendre sur soi et de maintenir des relations correctes avec le père pour le bien-être de l’enfant. »

Vers des solutions ?

La première étape consiste en la reconnaissance des particularités de la situation des mères isolées. Colombe Brossel se veut optimiste malgré le long chemin à parcourir encore : « Nous avons ouvert une porte sur la reconnaissance du statut de mère isolée. Dès lors, on peut construire des politiques publiques adaptées. La reconnaissance du statut de mère isolée, c’est une clef pour l’obtention de droits, une clef pour l’égalité. »  Claire Morin rappelle que la Collective mères isolées propose des actes concrets : « Il ne sert à rien de proposer des réductions pour des activités à destination des enfants. Lorsque 40% vivent sous le seuil de pauvreté, 5€ au lieu de 8€, ça ne fonctionne pas, c’est la gratuité qu’il faut ! » Une proposition de loi en cours d’examen vise à défiscaliser les pensions alimentaires. Pour l’instant le montant de la pension est déduit de l’assiette utilisée pour le calcul de l’impôt sur le revenu du parent qui la verse (le père dans 97% des cas). Par contre pour le parent qui la reçoit, la mère dans la plupart des cas, la pension est à la fois prise en compte dans les barèmes des prestations sociales et considérée comme un revenu taxable pour le calcul de l’impôt sur le revenu.

D’autre préconisations sont plus simples à mettre en œuvre, simplement en se posant la question « Est-ce adapté à une maman solo ? » Est-ce qu’une activité sportive qui termine à 15h30 est adaptée ? Est-il possible de prévoir de l’étendre jusqu’à 18h30 ou d’assurer un relais avec le centre de loisirs… Nadia Azoug, vice-présidente chargée de l’enfance, de la prévention et de la parentalité rappelait « la nécessité de nommer les choses, pour les faire changer. C’est le sens de cette table ronde organisée par le Département, un premier point d’appui pour un levier de changement. »

Besoin de concret

 

Sarah Maataoui, Amélie Wisniewski et Sabine Mimifir

Sabine Mimifir, Sarah Maataoui et Amélie Wisniewski travaillent toutes les trois à la PMI Aimé Césaire de Bobigny et ont assisté à la table ronde. Elles approuvent la démarche : « Les mères isolées, c’est la population que nous recevons, c’est notre quotidien. Cet après-midi nous avons appris ce qui avait déjà été mis en place. Pour venir en aide aux femmes isolées, nous faisons beaucoup appel aux associations comme Femmes solidaires. Elles sont un précieux soutien. Mais on avancera lorsqu’il y aura un véritable statut de mère isolée. Il permettra une aide financière, au logement, un soutien psychologique gratuit. Et le droit au répit ! Car, constamment, 24 h sur 24, elles sont en tension, ne peuvent jamais relâcher leur vigilance, ne peuvent pas se reposer sur quelqu’un d’autre. Elles assument tout, toutes seules. C’est épuisant. »

Photos : Marie Magnin

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