IA, Intelligences Aulnaysiennes

IA, Intelligences Aulnaysiennes
Résidence artistique
  • 10 ans après son film « Swagger » qui décrivait déjà les aspirations de jeunes Aulnaysiens, le réalisateur Olivier Babinet est de retour au collège Claude-Debussy.
  • Avec une quarantaine d’élèves, il explore cette fois les potentialités et dangers de l’Intelligence Artificielle.
  • 5 courts-métrages sur ce thème vont être créés par ces élèves et diffusés en juin dans le cadre du festival Côté Court à Pantin.

« L’IA, c’est pratique pour nous aider à faire certains devoirs. Mais on sait aussi qu’il y a des risques, par exemple le fait de ne pas savoir faire par nous-mêmes. »

Dans la salle multimédias de Claude-Debussy, une affiche de « Swagger » rappelle le premier passage du réalisateur Olivier Babinet il y a 10 ans.

Comme tous les collégiens, Aïcha et Koudieye sont parfois tentées d’abuser de Chat GPT pour faire tel exercice de maths ou de français. Mais ces élèves de 4e savent aussi que ces IA peuvent être mal utilisées ou même à l’origine de fake news.

Leur court-métrage, écrit avec 4 de leurs camarades du collège Claude-Debussy, souligne d’ailleurs bien cette ambivalence de la technologie.

Aulnay en 2047

« Néo-Galion » nous projette dans un Aulnay version 2047 où les êtres humains vivent enfermés dans des appartements en métal. Une épidémie oblige en effet les habitants à vivre confinés et des robots patrouillent à l’extérieur pour s’assurer que personne n’enfreint le confinement. Mélissa, mère de deux jumeaux, Grady 1 et 2, et enceinte d’un robot, n’échappe à la règle. Chercheuse de son état, elle s’est jurée de trouver un antidote pour mettre un terme à l’épidémie…

Comme Aïcha et Koudieye, ils sont au total 40 élèves – des 5e et des 4e– à avoir laissé libre cours à leur imaginaire pour donner naissance à des scénarios futuristes. « Super-handicap » nous transporte ainsi dans un monde où le handisport a pris le pas sur le sport valide parce que plus spectaculaire mais aussi plus égalitaire. Et « Les Sanguinaires » imagine un monde à court d’énergie où le sang humain aurait remplacé l’essence, définitivement épuisée.

« Dans beaucoup de scénarios, la guerre est présente, sans doute parce que les médias mainstream nous y préparent lentement et nous font baigner dans cette peur », constate Olivier Babinet, le réalisateur chargé de diriger cette résidence de courts-métrages.

Le cinéaste est en terrain connu puisqu’il y a 10 ans, il avait déjà tourné dans ce même collège « Swagger », un long-métrage né d’une résidence In Situ, financée par le Département. Questionnés sur leurs rêves et leurs craintes, de jeunes Aulnaysiens s’étaient retrouvés à monter les marches de Cannes, prenant ainsi confiance en eux et en leurs capacités.

10 ans plus tard, « Le Monde existe-t-il ? », le nom de la résidence actuelle d’Olivier Babinet poursuit exactement le même but.

« J’aime bien cette idée de bus tractés par des éléphants parce qu’il n’y a plus d’essence, félicite-t-il Nazia, qui avoue « en avoir marre des transports un peu galère » à Aulnay.

Prise de confiance et sens critique

 Maintenant que les scénarios sont définis, la séance du jour porte sur le découpage en plans. « Chaque court-métrage fera 3 minutes et comportera 20 plans. Mais il faut maintenant que vous cherchiez des images qui nourriront l’IA qui fera votre film », annonce Olivier Babinet.

En salle multimédia, Neila cherche ainsi à quoi pourrait ressembler le maillot d’un club de foot acheté par un certain « Adolf Musk » (toute ressemblance avec la réalité est purement fortuite), pendant que Darrel se met en quête d’images de personnes en fauteuil roulant.

Toutes ces images finiront sur les écrans de Sébastien Dhrey et Matthieu Mantovani, producteurs et réalisateurs spécialisés dans l’IA et associés au projet. « Avec les enfants, ce sont eux qui vont produire les 5 court-métrages en cours d’écriture », détaille Olivier Babinet qui travaille par ailleurs avec ces mêmes cinéastes à un projet personnel : « l’histoire d’un ancien ingénieur informaticien, désormais en Ehpad, et qui se retrouve face au robot qu’il a lui-même créé. »

« Outre le fait que ce projet fait appel à leurs imaginaires, nos élèves en retirent aussi un certain sens critique, estime Armand Sabbathe, professeur de technologie coordinateur de cette résidence. Par exemple, en visitant en septembre une expo consacrée à l’IA au Jeu de Paume, ils ont pu se rendre compte que cette technologie était notamment nourrie par des centres de « machine learning » qui profitent de la misère humaine. »

Une fois terminés, ces 5 courts seront diffusés dans le cadre du festival Côté Court, au cinéma 104 de Pantin, le 4 juin prochain. IA plus qu’à !

Christophe Lehousse

Photos: ©Nicolas Moulard

Olivier Babinet, de retour dans le « Swagger » d’Aulnay

Une affiche de « Swagger » trône en bonne place dans la salle multimédias du collège. Né d’une résidence In Situ financée par le Département, ce film drôle et touchant avait su parler avec justesse de la construction de jeunes adolescents, de leurs rêves et de leurs doutes. 10 ans plus tard, Olivier Babinet se sent « ému » à l’heure de repousser la porte de Claude-Debussy. Le réalisateur y revient avec d’autant plus de plaisir que « Swagger » a eu le but escompté auprès des protagonistes de l’époque : Paul, un peu hésitant face à la caméra d’Olivier Babinet, a fait son trou dans la musique, Elvis a ouvert des écoles au Bénin et Régis, star du documentaire, a bien fait carrière dans la mode comme il l’espérait.

« Autant je me sentais étranger quand je suis arrivé ici pour la première fois il y a 13 ans, autant là, j’avais l’impression de connaître tout le monde, ce qui est aussi un peu absurde », sourit le cinéaste qui a aussi signé « Robert Mitchum est mort » ou « Normale ».

Sa résidence actuelle a débuté avec une projection de « Swagger », à laquelle il avait d’ailleurs convié des collégiens de l’époque. « J’ai adoré voir mon collège dans un film, c’était trop drôle. En plus, ma grande sœur avait participé au tournage, à l’époque », sourit Nazia, en 4e. 10 ans plus tard, la collégienne a donc elle aussi l’occasion de travailler avec Olivier Babinet.

CL

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