Des ateliers pour lever le tabou des règles
- Le Département organise des ateliers pour les collègien·nes visant à déconstruire les tabous autour des menstruations.
- En parallèle, 70 collèges de Seine-Saint-Denis disposent désormais d'un distributeur de protections périodiques pour les élèves.
- Nous avons rencontré Emma Graneri, chargée de mission du Planning familial qui anime ces ateliers auprès de petits groupes mixtes.
Vous animez des rencontres dans le cadre de la politique départementale sur les menstrues. Pourquoi sensibiliser les adolescent·es de 6ème et de 5ème ?
Avec les autres animatrices et animateurs de la Fédération Île-de-France du Planning familial, nous rencontrons des collégiens de 11, 12 ans, l’âge des premières règles étant justement aux alentours de 12 ans. On constate que la majorité des élèves est assez peu au courant de ce que sont les menstruations, donc nos interventions visent entre autres à donner des connaissances sur l’anatomie humaine et « détabouiser » le corps. C’est important que chacun et chacune sache ce qui se passe dans le corps de l’autre pendant cette période charnière qu’est l’adolescence. Ceci permet en outre de développer l’empathie, ce qui contribue en parallèle à lutter contre les inégalités entre les filles et les garçons.
Cette séance permet de dépasser le sentiment de gêne que peuvent avoir les élèves, rassurer tout le monde sur ce qui va leur arriver et ouvrir la parole sur ce sujet entre les collégiens, leurs proches, au sein des familles, de la communauté éducative… Les élèves ont eu des connaissances sur la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS) dans le programme scolaire mais on remarque que les garçons ont plus de mal à aborder ce sujet en public, parce qu’il y a ce côté tabou et à cause de la peur d’être mal vus ou perçus comme bizarres. Les filles, de leur côté, sont souvent stressées par ce qui va leur arriver et le fait d’organiser ces séances leur apporte une forme de sérénité, tout en permettant aux collégiens de repartir avec les mêmes connaissances. Des connaissances qu’ils et elles pourront partager entre pairs.
Pourriez-vous nous parler du programme de chaque séance ?
Avec des collègues du Planning Familial, nous organisons des séances de 2 heures en petits groupes mixtes dans les classes. On présente d’abord notre association en essayant de mettre les élèves le plus à l’aise possible. Nous parlons ensuite des pubertés, on nomme les parties génitales extérieures et les parties des appareils reproducteurs. Nous évoquons la production de sperme, du pénis, du vagin, de l’utérus, du déroulement du cycle menstruel, en s’appuyant aussi sur leurs connaissances. Nous embrayons ensuite sur les produits menstruels en leur présentant des serviettes, tampons et coupes menstruelles qu’ils et elles peuvent manipuler. On évoque aussi les nouveautés dans ce domaine comme les culottes menstruelles, les serviettes réutilisables en tissus qui commencent à être démocratisées. La dernière partie est consacrée aux représentations sur les règles : les douleurs, le cliché des filles énervées pendant leurs menstrues… et les réalités sur ces questions.
Plus de 80 classes de 6ème et de 5ème ont été sensibilisées, en comptant les interventions de l’associations Règles élémentaires, par exemple aux collèges Gabriel-Péri à Aubervilliers, Iqbal-Masih à Saint-Denis, Georges-Politzer à La Courneuve… Le livret d’information « Les règles, si on en parlait » réalisé par le Département est disponible en ligne.
Nous sommes souvent agréablement surpris de voir que les jeunes n’ont pas un discours stéréotypé sur ce thème, même si on constate plus de maturité chez les filles qui se sentent forcément plus concernées. Il n’y a pas de moqueries et les douleurs liées aux règles ou l’endométriose (NDLR : maladie gynécologique chronique qui touche 10% des femmes en âge d’avoir des enfants) sont abordées de façon sereine, ce qui permet peut-être de mieux comprendre certains cours ratés par les filles.
Des distributeurs de protections périodiques ont été installés dans 70 collèges, en parallèle des ateliers. Pourquoi ?
Pendant les ateliers, nous indiquons aux collégiennes qu’un distributeur a été mis en place souvent dans les toilettes ou près de l’infirmerie et qu’elles peuvent bénéficier de tampons ou de serviettes gratuites. (NDLR : 36 établissements supplémentaires de Seine-Saint-Denis en seront équipés d’ici à la fin de l’année). Ceci permet de réduire le stress associé aux premières règles qui peuvent être irrégulières et lutter contre la précarité menstruelle que les familles les plus fragiles peuvent subir. Un paquet de serviettes hygiéniques coûte entre 2 et 7 euros, ce qui représente une dépense entre 10 et 15 euros par mois pour une fille. Idem, pour une culotte menstruelle de bonne qualité, il faut débourser entre 25 et 40 euros, une somme inabordable dans certains foyers.
L’association Règles élémentaires qui assure dans les collèges des séances auprès des élèves et des ateliers de sensibilisation des adultes, avance le chiffre de 4 millions de personnes touchées par la précarité menstruelle en France. Une loi a été votée il y a quelques années pour que les alternatives écologiques, à savoir l’achat de serviettes ou de culottes menstruelles lavables soient remboursés mais on attend toujours le décret d’application.
En attendant, les initiatives se multiplient en Seine-Saint-Denis, avec des formations de la communauté éducative : CPE, professeurs, assistants d’éducation…, l’instauration d’un espace de répit en cas de règles douloureuses au sein d’un collège de Montreuil… (NDLR : Un kit du Département intégrant entre autres des stickers va être également distribué aux collèges de Seine-Saint-Denis fin mai pour les inciter à mettre en place des actions de sensibilisation).
Les mentalités changent sur ce sujet et le tabou tombe progressivement, ce qui est une excellente chose !

Le Département a installé des distributeurs de protections périodiques au sein des services sociaux, comme ici au Pré Saint-Gervais. Des campagnes ont aussi été menées auprès des professionnel·les et des bénéficiaires pour casser les idées reçues sur ce sujet.
Crédit-photo : iStock et Nicolas Moulard