À Livry-Gargan, une ressourcerie éphémère partie pour durer

À Livry-Gargan, une ressourcerie éphémère partie pour durer
Solidarité
  • Très active dans le quartier de La Noue, à Bagnolet, notamment dans le domaine du réemploi, l’association Temps Libre a ouvert l’été dernier une ressourcerie éphémère à Livry-Gargan.
  • À la faveur d’une convention d’occupation temporaire, l’association accueille dans de vastes locaux une boutique de meubles et de vêtements de seconde main, des ateliers dédiés à la couture ou à la fabrication du pain, un espace de convivialité, des bureaux...
  • Prévue initialement pour une durée de six mois, l’aventure, forte de son succès, vient d’être prolongée jusqu’en juin prochain et pourrait même se pérenniser.

« Je n’ai quasiment jamais touché d’aiguille de ma vie, je suis venue avec ma fille pour apprendre à coudre », affirme sans détour et avec un large sourire Zohera. À ses côtés, Nayla, 8 ans, assise en face à une montagne de chutes de tissu, souhaiterait repartir avec un sac à main. Comme tous les samedis après-midis depuis un mois, la ressourcerie éphémère de Livry-Gargan abrite un atelier couture animé par Alice Ananou, une bénévole qui habite la ville. « Cet atelier est né après avoir constaté que parmi les nombreux vêtements d’occasion qui arrivent chaque jour, certains avaient subi quelques accrocs, raconte Alice. Pour ne pas les jeter, avec l’aide de quelques volontaires, on s’est mis à les repriser. » De fil en aiguille, cette initiative ponctuelle s’est muée en un rendez-vous hebdomadaire apprécié des habitants, notamment des enfants. La semaine passée, Noam, 10 ans, a cousu avec l’aide d’Alice un doudou en forme de licorne. Quelques jours auparavant, un passant, qui se trouve être couturier, est venu transmettre son savoir au débotté.

« On fait des rencontres très riches, se réjouit la responsable de l’atelier. L’objectif est d’associer l’utile à l’agréable et de permettre à des personnes qui ne se connaissent pas, qui se croisent peut-être tous les jours sans le savoir, de faire des choses ensemble. L’autre jour, une mère et sa fille dont les liens s’étaient distendus, ont participé ensemble à l’activité. On a senti poindre de la complicité. » Sur la grande table, qui trône au milieu de la pièce, les machines à coudre ne chôment pas. Les étagères, elles, regorgent de chutes de tissus donnés par l’Institut français de la mode (Paris 13e), partenaire du lieu. Sur des cartons sont empilées les créations laissées sur place et promises à la vente. Des doudous, des sacs, des coussins, des poufs qui partiront à prix modiques.

L’atelier couture est une activité parmi d’autres à la ressourcerie de Livry-Gargan. Situé sur les bords de la Nationale 3, ce tiers-lieu qui ne dit pas son nom, a ouvert ses portes à l’été 2023 sous l’impulsion de l’association Temps Libre et de son fondateur, le charismatique et vibrionnant Alhassane Diallo. L’homme de 44 ans n’en est pas à son coup d’essai. Il y a cinq ans, il a mis sur pied un projet comparable dans le quartier de La Noue, à Bagnolet, son fief. Une initiative devenue depuis une référence locale en matière de réemploi et qui lui a valu de devenir ambassadeur de l’Appel à Agir In Seine-Saint-Denis.

À Livry-Gargan, Alhassane a débarqué en territoire inconnu. Il a hérité du lieu après avoir remporté un appel d’offres lancé par le groupe Novaxia, acteur du recyclage urbain, qui cherchait une structure spécialisée dans l’économie sociale et solidaire pour occuper à titre gratuit un bâtiment vide de quatre étages, sous-sol inclus. « Nous avons signé une convention d’occupation temporaire, précise celui qui est aussi directeur du centre social et culturel Guy-Toffoletti, à Bagnolet. Nous devions quitter les lieux à la fin de 2023 mais devant l’engouement de la population, notre contrat a été prolongé pour six nouveaux mois. L’été prochain, on ne sait pas encore ce qu’on va devenir mais la municipalité, qui souhaite voir se développer ce type de lieux sur son territoire, aimerait nous garder. Si ce n’est pas dans ces locaux, nous irons ailleurs, ce n’est pas un problème. »

Fabrication de pain bio

L’intéressé reconnaît tout de même que le spot actuel, localisé dans une rue très passante, à quelques encablures du centre-ville, jouit d’un emplacement idéal. Sa superficie est également enviable : plus de 1000 m2 au sol. Si les deux étages du haut attendent encore d’être aménagés – il manque notamment du mobilier -, nul doute qu’Alhassane saura user de son entregent pour rendre ces espaces rapidement attrayants, promis au co-working, à des réunions et des séminaires. Charmée par le lieu, une sophrologue fraîchement formée devrait d’ici quelques jours y installer son cabinet. En retour, elle dispensera des séances gratuites aux bénévoles.

Le sous-sol, qui surprend par son immensité, renferme le centre de tri. Entreposés au fond de la pièce, les sacs de vêtements apportés par les donateurs ont fini par former une colline. Une fois lavés et triés, ils finiront sur des portants et prendront la direction de la boutique, au rez-de-chaussée, qui propose aussi à la vente des meubles, des outils, de la vaisselle, de la quincaillerie, des livres et des vélos. À l’entrée, un vestibule sert d’espace de convivialité où les visiteurs peuvent profiter d’une collation et d’une boisson – chaude ou froide – ainsi que de tables de baby-foot de toutes les tailles. Dans les pièces voisines, on retrouve l’atelier couture et un atelier de fabrication du pain, qui est organisé, ce samedi, pour la première fois. Sous les conseils bienveillants de Didier Bodelot, un visage bien connu du Département, les participants en sont à l’étape du pétrissage.

« De l’eau, du sel et de la farine fermentée au levain issue de l’agriculture biologique et en circuit court, rien de plus, explique le boulanger. Le secret d’un bon pain réside avant tout dans la qualité du four et dans le mode de chauffe. » Le créateur de l’École du Pain, à Montreuil, a apporté dans sa remorque un des deux fours à pain qu’il a pu s’offrir grâce aux financements du Département dans le cadre du Plan de rebond solidaire et écologique, en 2021. « Mon activité principale consiste en de la boulangerie artisanale ambulante. Je me déplace dans toute la Seine-Saint-Denis. Je vends du pain et dispense également des ateliers pédagogiques dans les écoles, les centres sociaux, pour des événements ponctuels. » Son projet revêt, on s’en serait douté, une forte dimension sociale. « Dans mes ateliers, on commence par se présenter puis on apprend à se connaître, détaille Didier. Ensuite, je sonde les participants sur leur connaissance du pain, leurs habitudes alimentaires, je leur fais découvrir des saveurs, deviner des odeurs. Je propose une expérience à la fois humaine et sensorielle. »

Consommation responsable

« Ce lieu existe depuis six mois et tourne bien alors que nous n’avons fait aucune communication sur les réseaux sociaux, aucune campagne d’affichage en ville, souligne Alhassane Diallo. Le bouche à oreille a fait son effet. » Pourtant, ce tisseur de liens a bien conscience que l’équilibre économique d’un tel projet est fragile, qu’il tient à peu de choses. « On a eu beaucoup de chance qu’une société comme Novaxia nous mette à disposition ses locaux. Si on avait dû s’acquitter de frais d’occupation, on aurait été obligés de vendre nos produits beaucoup plus chers, ce qui n’a évidemment aucun sens quand on est dans une démarche solidaire », note Alhassane. Et d’ajouter, un brin amer : « Avec l’avènement du télétravail et des commerces en ligne, il y a actuellement beaucoup de bureaux inexploités qui pourraient servir à héberger des projets comme le nôtre. »

Il rappelle aussi, à l’heure du réchauffement climatique, le caractère indispensable de sa petite entreprise, actrice de la transition écologique. « L’écologie est un sujet anxiogène et culpabilisant, estime le Bagnoletais. En consommant du réemploi, on s’inscrit dans cet effort sans s’en rendre compte et sans contrainte. » Pour lui, l’autre point fort d’une ressourcerie est sa capacité à faire se rencontrer différents publics, entre ceux qui viennent pour avoir une consommation responsable et les autres par nécessité ou pour trouver un peu de réconfort et de chaleur humaine. Son objectif, si l’opération se pérennise, est de créer de l’emploi. Ce qui est possible : la Recyclerie de la Noue compte aujourd’hui, « grâce au soutien des pouvoirs publics », trois salariés et un service civique. Engagée sur tous les fronts, l’association Temps Libre n’a jamais aussi bien porté son nom.

Grégoire Remund

Photos: ©Bruno Lévy

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Tous les commentaires6

  • Abagryn

    Bonjour, quelle est l adresse à Livry-Gargan ? Merci pour votre réponse. Cordialement

    • Karine Rollan

      Bonsoir,
      Que prenez vous ?
      Cordialement

  • Abagryn

    Bonjoir, Merci de me communiquer l’adresse sur Livry-Gargan . Cordialement

    • Grégoire Remund

      Bonjour, 79-85 avenue du Consul Général Nordling

  • Cathy Magna

    Bonjour, Belle initiative bravo!!!
    y a t il un atelier de réparation du petit électroménager ? Ou est ce prévu?

    • Grégoire Remund

      Bonjour,
      A ma connaissance, non, pas à ce jour. Mais les choses peuvent bouger.
      Cordialement

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