Booster l’entrepreunariat féminin

Booster l’entrepreunariat féminin
Club des entrepreneuses
  • Cheffe d’entreprise depuis une dizaine d’année, Khoumba Diarra intervient pour le Département auprès des Agences locales d’insertion (ALI) lors de webinaires pour apporter son expertise dans l’insertion professionnelle.
  • Présidente du Club des entrepreneuses de Gagny, elle fêtait le 24 mars les trois ans d’existence de son club, au siège de Randstad à Saint-Denis, entourée des cheffes d’entreprise qu’elle accompagne.
  • Rhoda, Malika et Khoumba nous présentent les atouts de ce dispositif de soutien à l’entreprenariat féminin.

Comment est né le Club des entrepreneuses de Gagny ?

J’ai été énormément impactée par la période du Covid qui a mis en stand-by toute mon activité et le développement de ma société avec des difficultés d’ordre financier. Nous étions beaucoup à être dans cette situation. À l’époque il n’y avait pas réellement de structure, de relai, de dispositif de soutien pour nous accompagner.

Quel est l’objectif du club des entrepreneuses de Gagny ?

Nous ne sommes pas une structure d’accompagnement à la création d’entreprise. L’idée du club c’est de rassembler, de fédérer, de mobiliser des femmes qu’on soit en phase d’idéation, de développement ou de croissance. L’objectif est de se retrouver, de pouvoir parler de nos problématiques quotidienne. A partir de là, je peux les orienter vers les organismes qui existent comme la CCI (chambre de commerce et d’industrie), la CMA (chambre des métiers et de l’artisanat) et tant d’autres. Souvent ces personnes ignorent que ces structures peuvent les accompagner.

Quel type d’actions proposez-vous ?

Tous les mois, nous nous se retrouvons lors d’ateliers thématiques autour de l’entrepreneuriat animés par des intervenants extérieurs, ou des adhérentes ayant des compétences clés.  Nous avons aussi des moments conviviaux autour d’activités liées au développement personnel : sophrologie, sortie détente. Et là, nous parlons peu d’entrepreneuriat, mais de soi-même. Cela permet justement de créer des liens solides entre femmes qui rencontrent les mêmes problématiques. Cela permet à la fois de créer du réseau, de ne pas culpabiliser… surtout de s’élever… et de se rassurer tout simplement.

Khoumba Diarra, Présidente du Club des entrepreneuses de Gagny, à la tête de l’entreprise Taamala

 La Seine-Saint-Denis est-ce une terre d’entrepreneuriat au féminin ?

Bien sûr. C’est même un territoire à aller chercher, riche en cultures. Ayant un parcours dans l’insertion, j’ai accompagné de nombreuses personnes dans leur retour à l’emploi. J’ai réalisé à cette occasion qu’il y avait beaucoup d’activités informelles (Ndr : ou économie grise, activités sans régulation de l’État) qui ne permettaient à ces femmes ni de se développer, ni de se structurer. Elles restaient dans l’informel et n’osaient pas.

Que préconisez-vous alors pour sortir de l’économie grise ?

Accompagner concrètement ces femmes pour qu’elles passent en mode formel serait bénéfique pour notre territoire. Leur donner justement ce coup de pouce en les sortant de tous ces freins périphériques. Et on en a beaucoup sur le territoire. Pour cela, il faut prendre la personne telle qu’elle est et l’accompagner pour qu’elle puisse aboutir. Si on met l’entrepreneuriat avant l’aspect humain : on risque de perdre ces personnes et de créer de la frustration. En tant que chef de projet senior, spécialisée en incubation et en entreprenariat, je constate que tant que les freins ne sont pas consolidés, beaucoup n’osent pas se lancer concrètement.

Avoir une bonne idée de boîte ne suffit pas, c’est ça ?

L’idée ne suffit pas. Tant qu’elle n’est pas testée, validée ça ne sert à rien : elle reste une idée. Pour savoir si ce projet-là sera fiable sur le long terme, il y a plein d’étapes dont l’étude de marché. Pour cela, il faut aller à la rencontre de sa cible, répondre à un besoin. C’est là que l’accompagnement peut être nécessaire.

Quelle est la plus-value de votre club ?

Le club est aussi là pour accompagner ces femmes en partant de l’expérience qu’on a toutes. Nous avons toutes des expériences en entrepreneuriat de plusieurs années. Avec ce que j’ai pu vivre, les erreurs que j’ai pu faire, je peux me permettre de transmettre mon expérience, la mettre à profit pour qu’elles ne puissent pas refaire la même chose.  Et surtout pour qu’elles puissent aller beaucoup plus loin et beaucoup plus efficacement.

Avez-vous des « role models » en Seine-Saint-Denis ? Des femmes entrepreneuses vous ont-elles inspiré ?  Faites-vous partie d’une famille de businesswomen ?

Venant d’une culture africaine, l’entreprenariat fait partie de notre ADN, de manière inconsciente. En Afrique, les femmes entreprennent de manière très naturelle en fait. Que ce soit la vendeuse de tomate ou peu importe… c’est quelque chose qui est là, ancré. Nous ne le verbalisons pas, nous ne le formalisons pas en tant que telles, comme des femmes chefs d’entreprise mais plutôt comme des petits commerçants de quartier. Ma mère est glacière, artisan-glacier. Et moi, je n’avais jamais mis le mot entreprenariat sur ses activités. Elle n’avait pas de business model prévisionnel financier mais son business se portait à merveille. Elle l’avait structuré. La rentabilité était là. C’était propre. C’était tellement normal que je ne m’en rendais pas compte. Boly ma maman est mon premier role model.

Avez-vous d’autres role models ?

J’en ai trois : Madame Dubrac, présidente de la CCI, Madame de Boa, directrice de l’innovation de Randstad et directrice générale de la fondation Randstad et Madame Élisabeth Moreno l’ancienne ministre. Des femmes avec des parcours qui impactent. Des femmes qui sont « venus de loin », entre guillemets. Des femmes qui se sont battues pour être là où elles sont aujourd’hui. Ce sont des femmes de terrain, des femmes vraiment inspirantes.

L’entreprise Taamala

«  L’idée avec Taamala est de perpétuer un savoir-faire ancestral en proposant des miels d’exception qui ont déjà séduit la haute gastronomie française. Nous avons travaillé avec des palaces comme le Royal Monceau, le Ritz, la Réserve, avec des chefs étoilés comme Gaye Kanouté. J’appelle souvent nos miels, des caviars de miel. Les gens ont souvent tendance à croire que les miels sont les mêmes. Mais les miels ne sont pas les mêmes. On a des miels classiques. On a du faux-miel qui est fait à base d’édulcorants qu’on peut trouver dans les supermarchés à des très très bas prix. On a des miels d’exception comme le miel de manouka qui est l’un des meilleurs miels du monde. Avec Taamala, nous importons des miels d’exception comme les miels de karité, de baobab de moringa. C’est là où je parle d’innovation parce que ces miels sont très peu connus du grand public. Le moringa ne pousse que dans les pays arides. C’est une plante hyper complète utilisée dans les pays sous-développés pour pallier la malnutrition. En fait, chaque miel a ses vertus.»

Le club m’a rendu encore plus forte

« Dans toute activité, on a des hauts et des bas et le club nous apporte une oreille. Le chemin de l’entreprenariat n’est pas évident pour toutes les femmes. Être accompagnée par ces femmes qui ont pris ce chemin de l’entreprenariat avant moi m’a permis d’être encore plus forte.  Si on n’est pas épaulée par des femmes qui croient en nous, qui nous tirent vers l’avant, qui nous disent « ce n’est pas grave si tu changes de statut », « si tu fermes ton entreprise et que tu la réouvres ». On apprend aussi dans ce club que les échecs sont un apprentissage. »

Rhoda, cheffe d’entreprise, créatrice de la marque de lingerie Dareyeel (qui signifie « prendre soin » en somalien).

Un boost dans mon business

« Au début, quand j’ai commencé, j’étais vraiment toute seule. Lorsque j’ai rejoint le club des entrepreneuses de Gagny, ça été vraiment un boost dans mon business. J’étais entourée par des femmes bienveillantes qui nous apportent de l’aide. Qu’on soit au début d’un projet ou déjà bien lancées on a toujours besoin d’entendre des paroles bienveillantes. Suivre les ateliers « prise de parole en public », « comment pouvoir pitcher son projet», « réseaux sociaux », « IA » a été vraiment bénéfique. C’est concret, on sort avec des outils. »

Malika, entrepreneuse dans la décoration et l’architecture intérieure et ex-ingénieure en télécommunication

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