Bien plus qu’un resto bio et beau

Bien plus qu’un resto bio et beau
entrepreneuriat
  • Léa Bourlier-Chartier habite à l’Île-Saint-Denis dans le quartier du village olympique. C’est là aussi qu’elle a implanté ses deux entreprises bio : une épicerie bio et un concept épicerie bio/restaurant.
  • Cette cheffe d’entreprise vient de remporter le prix Créatrice d’avenir 2025 dans la catégorie impact territorial.
  • Ce prix récompense ses entreprises pour leur impact social sur la vie locale avec la création d’emplois.

 

Lumineux, cosy, tendance, écolo, beau et bio, le restaurant La Passerelle coche toutes les cases. Situé au bord du canal, il fait face aux quais et jouxte une grande épicerie bio. Les deux locaux communiquent. Et comme l’explique Léa Bourlier-Chartier sa patronne, l’un fournit l’autre. « A la base, lorsqu’on m’a proposé ce local de 300 m2, je savais, avec mon expérience d’Ilot gramme (ndr : sa première entreprise située au centre de la commune), que ce n’était pas possible d’y installer une épicerie bio de cette surface. Il n’y avait pas la clientèle. Du coup, j’ai repensé le projet en ayant une partie restaurant. Comme on doublait la superficie de ma première épicerie bio, j’avais très peur du gaspillage alimentaire. C’est quelque chose dont je ne veux pas » explique Léa. C’est donc dans son épicerie bio que son chef vient se fournir pour inventer les recettes du restaurant La passerelle.

Allergique au gaspillage alimentaire et encore plus au machisme, cette businesswoman a dû batailler pour s’imposer. Au moment de prodiguer des conseils, Léa Bourlier-Chartier lance : oser négocier avec ses fournisseurs, avec son bailleur, avec son banquier. Ne pas avoir peur, ni d’être à découvert, ni de voir grand.

Celle qui a arrêté ses études après le bac « qu’elle a eu au rattrapage » les a reprises 4 ans plus tard, décrochant « parce que très motivée » un master en gestion des crises humanitaires. Le COVID la contraint à arrêter son travail dans l’humanitaire. C’est alors qu’elle suit à la Chambre de commerce et d’industrie le programme Entrepreneur Leader, qui lui permet de construire le premier business plan d’Ilot gramme. «  Cet accompagnement était essentiel. Un business plan, c’est quand même très très lourd à porter. Ça permettait de le porter plus facilement auprès d’une banque. » Avec Mieux Entreprendre 93, elle bénéficie d’un autre dispositif d’accompagnement : « Croissance +, je l’ai même fait un peu à reculons, honnêtement. Et pourtant il a été essentiel. »

Pour baptiser son restaurant, Léa Bourlier-Chartier propose aux habitant·es du quartier un peu d’aide. L’un d’eux lance La Passerelle, un nom simple faisant le lien avec la passerelle qui enjambe le canal juste en face. Passerelle entre l’épicerie et le restaurant. Pour Léa, le mot passerelle a même une troisième signification, car au moment de recruter, elle choisit « de ne travailler quasiment qu’avec des personnes de l’île-Saint-Denis ». Des profils pas forcément du métier ou très éloignés de l’emploi dans une ville au taux de chômage et de déscolarisation très important. La Passerelle accueille aussi des stagiaires, de première, de 2nde pro ou de 3e . Celle qui a remporté le titre de Créatrice d’avenir 2025 dans la catégorie impact territorial, pour son impact social sur la vie locale veut aussi donner à voir la réalité du métier de cheffe d’entreprise : « Sans vouloir faire de généralités, mais dans le 93, énormément de jeunes pas très fans de l’école sont orientés vers des bac pro commerce. On leur laisse miroiter qu’ils vont faire du biz, de l’argent, qu’ils seront patrons de leur entreprise. Alors que ce n’est pas du tout la réalité. En règle générale, on finit à Carrefour toute sa vie en mise en rayon. Éventuellement, on évolue en responsable de rayon. Donc l’idée c’est vraiment de les accueillir, de leur montrer la réalité du métier. La position debout, régulière, toutes les difficultés au quotidien et le fait qu’on ne devient pas patron comme ça. »

 

Dans son café-restau de proximité, Léa Bourlier-Chartier a aussi aménagé un coin pour les enfants, avec des livres, des jeux. Dès mars, elle veut lancer des brunchs avec des animations pour les enfants le dimanche pour faire de La Passerelle un lieu incontournable de L’Île-Saint-Denis.

Crédits photos : © Marie Magnin / Département de Seine-Saint-Denis

 

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