Mémoires d’eau en Seine-Saint-Denis
- Notre territoire est traversé par une dizaine de cours d’eau naturels aujourd’hui disparus ou enterrés.
- Il ne subsiste désormais que de petits bouts de rivière à ciel ouvert, le ru du Sausset au nord du département ou la Vieille-Mer à Dugny et Saint-Denis.
Fermez les paupières, imaginez de vastes prairies verdoyantes. Un peu plus loin, des champs de blé à perte de vue. En tournant la tête, vous apercevez une église, des mares, des ruisseaux et entendez le clapotis d’une rivière. Ce paysage bucolique est la peinture fidèle des zones humides qui ont existé en Seine-Saint-Denis. Le XIXème siècle et son industrialisation ont entraîné l’abandon ou la couverture de ces cours d’eau dont il ne reste aujourd’hui guère de traces visibles.
Un grand nombre de rus et de rivières
« Le Croult devient, à la confluence avec la Morée et la Vieille Mer, une rivière majeure qui traverse Dugny, La Courneuve et Saint-Denis. Il est aujourd’hui presque totalement busé (NDLR : intégrée dans une canalisation souterraine) » déclare Ronan Quillien, chef du bureau de l’eau dans la ville au Département. « Ces anciens cours d’eau, bien que disparus de la surface, restent présents dans la mémoire du territoire et dans le sous-sol. » Le ru du Moleret alimentait ainsi la Molette en descendant le plateau de Rosny-sous- Bois vers Bondy puis rejoignait le cours d’eau de 6 km de la Vieille-Mer. Plus à l’Ouest, le ru de Montfort bordait le vieux quartier de Bobigny en rejoignant la Vieille-Mer à son débouché dans la Seine.
Le canal du Chesnay, un ancien bras de la Marne est aujourd’hui enterré sur l’essentiel de son tracé de Montfermeil vers Gagny. Le Sausset, autrefois affluent naturel de la Morée, a été busé et partiellement enterré à la fin des années 1950 pour répondre aux besoins de l’urbanisation et limiter les inondations. Le Rouillon, quant à lui, circulait dans le quartier de Stains qui porte de nos jours le nom des Trois Rivières. Enfin, le ru d’Arra, qui naissait dans le Val d’Oise, irriguait les territoires de Villetaneuse et de Montmagny.

Des tisserand·es, foulons et plusieurs moulins s’installèrent dans le passé le long du Croult, avant qu’il soit busé et couvert dans les années 1950.
Une source de vie et d’énergie
Dès le Néolithique, les premières communautés humaines se sont installées près des cours d’eau pour subvenir à leurs besoins essentiels : boire, se laver, nourrir les bêtes et cultiver. « On a trouvé des cornillons (NDRL : chevilles osseuses sous la corne de ruminants) sur les bords de la Marne datés entre le Ier et le IIe siècle après J-C » indique Pascal Métrot, chargé des collections au bureau de l’archéologie départementale. Les rivières jouaient un rôle économique non négligeable dans les endroits qu’elles traversaient, en développant l’agriculture et en compensant le manque d’engrais naturels. Des prés humides existaient notamment aux abords du Sausset. Dès le IXe siècle, l’abbaye de Saint-Denis fait aménager le Croult afin d’amener de l’eau jusqu’au monastère. Sur ces rives, des terrains où poussaient des osiers et des saules étaient employés pour la vannerie ou l’artisanat. Pendant la période médiévale, des moulins servaient à moudre les grains mais aussi à battre le fer en actionnant des soufflets et des marteaux de forge. L’armée profitait des six moulins en activité au XVIIIe siècle afin de fabriquer des épées et des canons. La noblesse et les grands propriétaires investissaient beaucoup d’argent dans l’aménagement des cours d’eau, afin d’améliorer leur confort et leur prestige. « Le château du Raincy, construit au XVIIe siècle a bénéficié de nombreux travaux hydrauliques avec des pièces d’eau et des jets d’eau dans le parc » ajoute l’archéologue. Des aqueducs souterrains alimentaient les pièces d’eau des châteaux de Noisy-le-Grand et de Montfermeil. Par la suite, les rivières et les canaux ont aussi servi au fonctionnement d’usines textiles ou chimiques implantées le long des berges, notamment à Pantin ou Aubervilliers.
L’abandon progressif des cours d’eau
La Révolution industrielle du XIXe siècle a engendré peu à peu la disparition de rivières, rendues de moins en moins utiles du fait du développement urbain. Pour des raisons d’hygiène, les derniers cours d’eau et rus, qui charriaient les déchets des habitant·es, ont été couverts et canalisés dans les années 1960. Le Département, qui souhaite rapprocher l’eau de la population, a réalisé plusieurs études dans l’optique de revaloriser – et peut-être réouvrir – dans les prochaines années certains secteurs de rivières comme la Vieille-Mer qui passe sous le parc Georges-Valbon. Une façon de visibiliser ces cours d’eau, qui ont modelé les paysages et marqué dans certains cas des limites entre communes. Leur souvenir n’a en effet pas complètement disparu. On trouve encore aujourd’hui des Séquano-Dionysien·nes âgé·es qui ont joué sur les bords des rus ou qui s’y sont baigné·es !

Ancrés dans la mémoire collective, certains anciens rus pourraient être partiellement ré-ouverts dans le futur.
Vous voulez en savoir plus sur les anciens cours d’eau du territoire ?
L’association Baština vous propose de découvrir l’histoire du ru de la Vieille Mer samedi 12 septembre à 14h30. Cette rivière a été progressivement busée dans les années 60 et passe depuis sous les pieds des habitant·es sans que personne ne puisse le voir. Vous remonterez son ancien lit de la basilique jusqu’au parc Valbon, en compagnie d’un guide. On vous donne rendez-vous ?
Inscription et réservation sur Explore Paris.