POUSH reste en Seine-Saint-Denis
- Après la Porte Pouchet, « d’où le nom de Poush », Piver , une ancienne parfumerie, la Principale pépinière d’artistes en Europe reste en Seine-Saint-Denis, en s’ancrant au Parc Icade des Portes de Paris à Aubervilliers.
- Interviews de deux de ses résidentes : Pauline Guerrier et Clara Imbert. La première qui a connu toutes ses adresses magnifie le syndrôme du cœur brisé. La seconde est une amoureuse du métal qui trouve l’inspiration entre le Japon et la Seine-Saint-Denis.
Résidente à Poush depuis 7 ans, Pauline Guerrier y a monté un atelier de marqueterie de paille. Elle y travaille la broderie, la tapisserie : « Aubervilliers, c’est l’endroit où je prépare mes voyages, où je fais de la recherche. Au tout début à Poush, on était 70. Aujourd’hui, on est 260. Je me suis renseigné, c’est le plus grand rassemblement d’artistes au monde, en termes de nombre d’artistes et de diversité avec plus 80 nationalités différentes ». Enthousiaste, Pauline Guerrier ajoute : « Pour nous, c’est vraiment très important d’être à Poush, que ce soit en termes de carrière, en termes de contacts, en termes de collaboration. Le réseau aussi est absolument incroyable. Ça change la vie d’un artiste d’être dans un projet comme celui-là. »

Pauline Guerrier a conçu trois œuvres avec la Maison Desrues, le parurier de Chanel qu’elle a appelé « Tako-Tsubo » ou syndrome du cœur brisé. « Il y a dix ans, j’ai découvert ce syndrome en écoutant à la radio, une femme raconter qu’elle croyait faire un infarctus alors qu’elle faisait un Tako-Tsubo. Il s’agit d’une déformation du cœur dû à la peine. Le cœur gonfle et prend une forme très étrange qui ressemble au Tako-Tsubo la céramique japonaise servant à pêcher les poulpes. » L’artiste ajoute : « C’est une sorte de jarre qui est mise dans l’eau. Le poulpe rentre par l’arrière, se retrouve bloqué et ne peut plus sortir. Le paradoxe est quand on perd quelqu’un, on essaie de garder l’être aimé… comme cette jarre. C’est une belle histoire ».

Réalisés dans un premier temps en terre, ces Tako-Tsubo ont été ensuite déformés en suivant les radios de gens ayant vécu ce syndrome (Ndr l’artiste collectionne depuis dix ans les radios de personnes ayant fait un Tako-Tsubo). Ils ont été scannés puis imprimés en 3D et finalement recouverts d’une peau où des perles en pierre naturelles ont été collées : « Au Japon, la jade, le quartz ont des vertus bienfaitrice pour le corps. Nous avons créé une nappe émotionnelle autour de ces formes. Toutes les perles étaient collées à la main. On a créé une espèce de sertissage avec des microperles entre les perles. Il y a comme l’idée de genèse, d’œufs de poisson. »
La plupart des pièces que Pauline Guerrier produit, sont faites dans le cadre de résidences en collaboration avec des artisans dans le monde entier : au Bénin, au Chili, en Inde… « Je voyage énormément mais ces Tako-Tsubo ont été produites en France puis emmenées au Japon. Et c’est moi qui les ai suivies pour une fois ». Avant d’être d’exposées à Aubervilliers, ses pièces ont en effet voyagé à Tokyo où elles ont été vues par 75 000 visiteurs.

Clara Imbert vient de collaborer avec un grand nom de l’artisanat japonais : Naritoshi Suzuki, seizième héritier de l’atelier d’orfevrerie Morihisa Suzuki.
Pour Artefact 29 et Artefact 30, ils ont, sans se connaître, participé tous deux au processus de création. « Naritoshi Suzuki m’a vraiment fait confiance. C’était super. On a choisi ensemble certaines de ses pièces. » explique Clara Imbert. Des pièces chargées de symboles qui repensées par Clara deviennent des œuvres, des totems.
Si elle est diplômée de la prestigieuse école d’art et de design Central Saint Martins, Clara Imbert qui travaille l’acier n’a pas, à proprement parler, eu de formation technique. « Cela me donne une grande liberté car je ne me sens pas du tout limitée par la technique. J’imagine toujours comment on peut faire la pièce, d’une façon ou d’une autre. Naritoshi Suzuki, lui, a le poids de la tradition et de ses ancêtres. Il faut que ce soit fait d’une certaine façon. » elle ajoute « Notre collaboration était très ouverte et très bienveillante. Naritoshi Suzuki avait vraiment envie justement de pousser son travail, de sortir un peu des sentiers. Notre collaboration lui a apporté une sorte de liberté».
Une collaboration à distance, puisque l’une était en France et l’autre au Japon. « C’est devenu quelque chose d’assez épistolaire. C’était assez beau. Je lui ai envoyé les dessins. On n’a pas arrêté de parler. On a beaucoup communiqué. On s’est rencontré au Japon avant l’exposition. C’était hyper émouvant. »
Un voyage au Japon rendu possible grâce au 19M. « Le fait de sortir de la scène française et d’arriver sur la scène internationale, c’est très intéressant. Le Japon est un lieu particuliers, d’une grande poésie ».
Clara Imbert et Naritoshi Suzuki n’ont pas pu travailler à quatre mains : « sa technique traditionnelle est très très très longue. Chaque moule pour faire une pièce prend au moins un an. On est sur des temporalités très longues, alors que moi je suis dans quelque chose d’un peu plus organique et plus instinctif, donc plus rapide ». Les deux artistes ont décidé de continuer le projet « on fera une collaboration dans le futur. On essaie de trouver un moyen de collaborer ensemble. J’irai là-bas. »
Avec cet artisan japonais qui pratique le Nangu, une technique réservée aux hommes, Clara Imbert est la première occidentale avec laquelle il collabore : « Pour la première fois de l’histoire de l’héritage de sa famille, c’est sa mère qui a cassé cet héritage et lui a transmis la technique. C’était important pour lui de travailler avec une femme qui travaille l’acier. Il n’y a pas beaucoup de femmes qui travaillent ces matériaux ».

Très implantée en Seine-Saint-Denis
Celle qui fréquente beaucoup la bibliothèque de l’INHA (Institut National de l’histoire de l’art) rue de Richelieu à Paris, élabore ses pièces dans son atelier à Poush à Aubervilliers : « les gens qui travaillent avec moi, mes fournisseurs en acier sont pour la plupart aussi en Seine-Saint-Denis. J’ai plusieurs adresses où je vais pour différents matériaux ». L’une de ses œuvres justement resssemble à une tour emblématique de Seine-Saint-Denis : la Tour de Romainville, avec sa silhouette rétro futuriste. Clara Imbert aime imaginer ses œuvres « de façon monumentale. J’aime bien aussi dialoguer avec l’architecture. Les grandes œuvres permettent aussi de se projeter, d’approcher l’œuvre différemment »
Photos Mickaël LLORCA