Marie Maillet, l’impératrice de l’autre côté du miroir

Marie Maillet, l’impératrice de l’autre côté du miroir
Mémoire
  • Figure de l’Art brut, Marie Maillet Vitiello a réalisé et porté la célèbre « Robe de la reine » pendant son séjour à l’hôpital psychiatrique de Maison-Blanche à Neuilly-sur-Marne
  • Internée de 1937 jusqu’à sa mort en 1989, cette dame a traversé le siècle, portant la mémoire des lieux.
  • On vous raconte.

Internée par son mari

« Née dans une famille d’agriculteurs, Marie fréquente l’école de Château la Vallière où son institutrice s’appelle Reine » indique Françoise Simon, présidente de l’association Histoire(s) & Mémoire de Maison Blanche. En 1925, elle achète son épicerie, épouse Joseph Vitiello, et subit plus tard un accident de voiture qui la blessera à la tête.

Trois ans plus tard, la jeune femme manifeste des troubles psychiques qui incitent son mari à signer une demande de placement volontaire. Internée pendant plus de 50 ans dans l’asile de femmes de Maison-Blanche, elle se fait une place au ménage puis à la lingerie, une activité pour laquelle elle perçoit un pécule. S’auto-persuadant d’être impératrice d’Europe, Marie profite des ateliers d’aiguilles qui occupent ses après-midis pour confectionner un vêtement « digne de son rang ».

Un témoin de l’histoire de la psychiatrie

Composée de l’uniforme de bure de l’asile, la robe de Marie est recouverte de fils de coton, de soie et de lin brodés et d’autres tissus notamment réalisés au crochet. « La parure était sans doute complétée par d’autres éléments non conservés, entre autres une cape, un sac de laine, une aumônière et des chaussures décorées de médailles » déclare Cécile Cunin, spécialiste de l’art asilaire, qui voit dans cette création un geste pour se réapproprier son histoire et sa dignité. Respectueuse, voire affectueuse avec sa « cour », la patiente se montre travailleuse et serviable au quotidien. La malade subit comme les autres résidentes des rationnements pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle a aussi bénéficié de l’humanisation des soins avec notamment l’arrivée de la mixité et l’ouverture des pavillons accordée par le docteur Hubert Mignot. En 1980, elle obtient une permission de sortie au théâtre.

 

Une parure passée à la postérité

« Gardée à Maison Blanche, la robe est sauvée de la benne par des infirmières qui avaient connu Marie puis confiée au musée de la Serhep de Neuilly-sur-Marne » (voir encadré) confie Maria Brinco de Freitas, présidente de cette association. Présentée lors d’expositions à Lausanne et en Belgique, elle est conservée et mise en valeur dans ce lieu depuis 1999. « Fascinés par cette œuvre, nous avons coordonné des acteurs et déposé un dossier afin de l’inscrire à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques » explique Jasmine Morice, chargée d’inventaire du patrimoine mobilier pour le Département, qui a vu ce projet aboutir en mai 2025. La robe, qui va être exposée pour les 80 ans de l’institut en soins infirmiers (IFITS) à Neuilly-sur-Marne, pourrait être classée cette année, devenant ainsi « Trésor national » après son étude par la commission nationale du patrimoine, l’ancrant définitivement dans l’histoire de notre pays.

 

Un musée complètement fou

Installé dans l’ancien vestiaire de l’asile de Ville-Évrard, ce lieu unique en France offre une plongée dans la longue histoire de la psychiatrie, de la santé mentale, des soins… Géré par la Serhep* (Société d’études et de recherches historiques en psychiatrie), il présente de nombreux objets employés par les soignant·es depuis la création de l’hôpital en 1868 : camisoles, menottes, brancards, appareils à électrochocs, cartographie cérébrale… Le public découvrira aussi une collection d’œuvres réalisées par des patient·es (peintures, sculptures, écrits…) et des créations issues d’ateliers thérapeutiques. Le musée propose régulièrement des expositions thématiques abordant des aspects méconnus de l’histoire de la folie et des soins ou mettant en lumière des artistes patient·es de l’hôpital comme l’acteur Antonin Artaud ou la sculptrice Camille Claudel.

Découvrez l’Hopital Psychiatrique de Ville-Evrard en vidéo

« 1934, d’un asile à l’autre, vies de papier »

Jusqu’au 8 mars, découvrez l’exposition « 1934, d’une asile à l’autre, vies de papier » installée sur le site de Maison Blanche est co-organisée avec le Service des archives de Ville-Evrard. Cette exposition de photos et de documents d’archives qui concerne 15 des 153 malades transférées de l’asile de Ville-Evrard à celui de Maison Blanche en octobre 1934,  éclaire la longue pratique des transferts en psychiatrie.
À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, cette exposition leur rend hommage en évoquant leur existence, ballotées d’un établissement à l’autre, à travers les traces qu’elles ont laissées.
Deux visites sont proposées sur inscription préalable :
14h : visite de l’exposition seule
15h30 : visite de l’exposition et du site de Maison Blanche

ILLUSTRATIONS MARIE MAGNIN ET ARCHIVES DÉPARTEMENTALES DE LA SEINE-SAINT-DENIS

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