Le cèdre du Liban de Livry-gargan vous raconte son histoire

Le cèdre du Liban de Livry-gargan vous raconte son histoire
Mémoire
  • Depuis plus de 250 ans, sa silhouette caractéristique sert de point de repère aux usager·ères de l’ex-RN3.
  • Le cèdre du Liban de Livry-Gargan a représenté l’Île-de-France lors du concours de l’Arbre de l’année 2025.
  • Écoutez-le raconter son histoire…

« On m’aurait planté à Livry en 1758 dans le domaine du Grand Berceau. Son propriétaire, le duc de Lorges, avait été séduit par le premier cèdre du Liban que le botaniste Bernard de Jussieu avait rapporté en France dans son chapeau depuis l’Angleterre lors d’une traversée mouvementée, puis installé dans le Jardin des plantes. Il faut dire nous autres, les cedrus libani, sommes célèbres depuis l’Antiquité. Sur les pentes du Mont Liban, certains de mes cousins ont passé les 3 000 ans et c’est notre bois qui a servi à construire le temple de Salomon à Jérusalem. Je figure sur le drapeau de mon pays, le Liban bien sûr ! 

De Louis XVI à Fausto Coppi

De ma petite enfance, je me rappelle d’une nouvelle propriétaire en 1781, Marie-Marguerite Magon de la Lande. Elle est surtout connue pour être la mère de Marie-Jean Hérault de Séchelles, acteur de la Révolution française et membre du Comité de salut public. Ce ne devait pas être un grand amateur d’arbres puisqu’il finit, comme tant d’autres, par perdre la tête entre les bois de justice…

Mes souvenirs les plus marquants sont liés à la route de Meaux, ou la route nationale 3 ou RD933, elle a plusieurs fois changé de nom. Comme ce 25 juin 1791, où après avoir fui et été arrêté à Varennes, le roi Louis XVI et sa famille sont passés sous ma frondaison pour rentrer à Paris. Le 30 mars 1814, j’ai vu passer les 3 200 soldats du prince russe Eugène Wurtemberg, en route pour se battre à Pantin avec tous ses canons. Je m’en souviens bien, même si peu d’entre vous connaissent la bataille de Paris, défaite de Napoléon qui entraînera sa première abdication. En 2005, c’est dans l’autre sens, en direction de Clichy, que j’ai vu passer les camions de CRS…

J’ai heureusement des souvenirs beaucoup plus joyeux, comme le départ de la première étape du Tour de France 1949, le 30 juin exactement. Tous les coureurs sont partis de la place de la Libération, direction Reims. Je me souviens de l’Italien Fausto Coppi, qui réalisa cette année-là le doublé inédit Tour de France Tour d’Italie. Quelle allure il avait ! Le Tour est passé une deuxième fois à Livry-Gargan, le 25 juillet 2004, mais cette fois pas sous mes branches, dommage ! J’ai un autre regret, celui de ne pas avoir vu le premier Bol d’or, en 1922, il passait juste à côté ! Le circuit de 5,1 km en terre battue traversait Vaujours, Coubron, Clichy-sous-Bois et Livry-Gargan, mais un peu trop loin de moi.

Photo du cèdre en 1959 – ARCHIVES DE LA VILLE DE LIVRY-GARGAN

 

En 2024, du haut de mes 30 mètres, j’ai pu apercevoir la Flamme paralympique qui traversait l’ex-RN3 en direction de Sevran. C’est parfois frustrant de ne pouvoir bouger… D’ailleurs je sais que j’ai des cousins libanais ailleurs en Seine-Saint-Denis, à Saint-Denis, Pierrefitte, Épinay. Mais nous ne nous voyons pas souvent…

Du parc à la ville, sans bouger

Au fil des ans, les prés et mes amis de la forêt de Bondy ont disparu peu à peu, remplacés par les pavillons, les bâtiments… Au début du XXe siècle, lorsque j’ai vu passer les premières automobiles, ces risibles machines tressautantes et fumantes, je ne me doutais pas que, cent ans plus tard, j’en verrais passer jusqu’à 30 000 par jour ! En 1930, la ville a racheté le domaine où j’avais pris racine et depuis, elle me chouchoute. Tous les 5 ans j’ai droit à un check-up complet. Ils me nettoient, enlèvent mes branches mortes, me font des tests phyto- sanitaires et même une tomographie pour voir s’il n’y a aucune cavité dans mon tronc. Surtout on vérifie l’état de mes charpentières, mes plus grosses branches et aussi mes filins. Simple précaution : si une branche venait à céder, le filin la retient et évite qu’elle tombe et blesse quelqu’un. C’est que je ne suis plus dans un parc, mais au bord d’une route !

Le cèdre de Livry-Gargan est aussi haut que large, 30 m. Sa circonférence est de 4,80 m. Sa silhouette, son feuillage caractéristique en plateau en font un repère pour les habitant·es, et le Plan local d’urbanisme (PLU) en vigueur protège cet arbre remarquable au titre des Eléments de Paysage Identifiés.

Solide pour longtemps

Je bénéficie de l’arrosage de la jardinière plantée à mon pied, mais pour l’essentiel, je me nourris depuis l’espace vert de la résidence à proximité. Il faut dire qu’en 1959, lorsque la Nationale est passée à deux fois deux voies, mes racines gênaient. J’ai été amputé d’une bonne part de mon système racinaire, mais je me suis adapté et je n’ai pas de problème de stabilité. Un spécialiste est même venu de Belgique avec un camion spécial pour faire des tests de traction. Pas de problème, je tiens ! Si tout se passe bien, vous me verrez encore longtemps. Si je vis aussi longtemps que mes cousins du Liban, au moins encore
1 750 ans ! »

 

Remerciements : Stéphane Morini, service des espaces verts de Livry-Gargan

Crédit photo : Nicolas Moulard

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