Festival de Saint-Denis : le choix de la voix
- En récital, chœur avec orchestre, chœurs de femmes ou d'hommes a capella, pour le jeune public... La voix sous toutes ses formes sera au cœur du festival de Saint-Denis 2026, du 28 mai au 23 juin.
- Pour sa première programmation, son nouveau directeur Nicolas Candoni l'a choisie comme fil conducteur pour aller au-devant du public.
- Il s'appuie aussi plus sur les artistes et structures de Seine-Saint-Denis.
- Cette saison est la première que vous avez conçue en tant que directeur et elle est très tournée sur des artistes, des structures de Seine-Saint-Denis. Pourquoi ?

Nicolas Candoni, directeur du festival de Saint-Denis
Le festival est un acteur de longue date de la Seine-Saint-Denis et il y a ici un foisonnement de projets culturels innovants, audacieux. Tout cela à sa place dans le festival. Il ne doit pas être un lieu qui ne fait qu’accueillir des artistes internationaux, mais aussi travailler avec ces acteurs à proximité. On peut citer Sequenza 9.3, l’Académie Fratellini, Divertimento que le monde entier connaît après leur passage lors des JO. C’est la preuve que local et international peuvent aller de pair ! Nous programmons une création avec Jazz à Saint-Denis également, une structure avec à sa tête Emmanuel Bex, une figure de longue date du jazz ! Il nous offrira des improvisations autour du répertoire classique allemand, faire dialoguer le jazz et le classique, c’est ce qui peut être la spécificité de ce festival, qu’on ne retrouvera pas ailleurs.
- Et avec la participation de La Grande Soufflerie, une fanfare amateure dionysienne…
Tout à fait, ce projet réunit des professionnels comme Emmanuel Bex, Sequenza 9.3, et les amateurs de Dionys Voice, de la Grande Soufflerie et Quentin Guérillot, organiste titulaire des Grandes-Orgues de la basilique cathédrale Saint-Denis. Ce concert sera un dialogue entre musiciens amateurs et professionnels, mais aussi entre deux types d’orgues, l’Hammond d’Emmanuel Bex et le Cavaillé-Coll de la basilique (cet orgue est le premier construit par le génial facteur d’orgue Aristide Cavaillé-Coll, et est classé monument historique ndlr), deux références.
- Vous proposez également un spectacle avec les circassiens de l’Académie Fratellini, aussi de Saint-Denis…

« Une fantaisie allemande » création d’Emmanuel Bex avec l’ensemble Sequenza 9.3 et l’organiste Quentin Guérillot. © Stéphane Barthod – DR – Luigi de Palma
L’Académie Fratellini vient d’ouvrir en octobre des locaux complètement rénovés, dont son grand chapiteau. C’est un acteur culturel de dimension internationale et ce serait dommage de se priver de cet enrichissement et du croisement entre musique et cirque. C’est aussi un moyen d’ouvrir nos publics respectifs, de les croiser alors que les rencontres entre musique classique et cirque ne sont pas si fréquentes.
- Alors pourtant que la musique fait partie intégrante du cirque !
Absolument ! Mais dans ce projet, et c’est ce que j’ai particulièrement apprécié dans notre travail avec Valérie Fratellini, chacun sert l’autre, mutuellement. Nous aurons le vendredi soir un concert à la basilique du chœur Aedes (28 chanteurs a capella) avec l’intervention de 4 circassiens de Fratellini, et le lendemain un concert au grand chapiteau de Fratellini. (L’ensemble Saxback jouera des œuvres d’Eric Goubert, Leonard Bernstein, Sergueï Prokofiev, Bryce Dessner avec une performance inédite des circassiens de l’Académie Fratellini ndlr).
- Vous perpétuez donc la tradition du croisement de genres chère au festival de Saint-Denis ?
Ils font partie de l’identité du festival et le public a envie de renouveler les expériences qu’il vit durant les spectacles. Et donc nous, si nous voulons nous adresser à un public plus large, nous devons sortir de frontières très conventionnelles. On ne peut revendiquer d’aller au-devant des publics et toujours proposer la même chose. Le pluridisciplinaire est une forme aujourd’hui appréciée du public. Il serait dommage de ne pas avoir cette dimension dans le festival alors qu’elle fait partie de son identité et de son histoire. Là nous avions une occasion idéale, et qui conforte l’idée de travailler avec des acteurs du territoire. Nous avons à quelques centaines de mètres d’ici des talents qui avaient envie de travailler avec nous. Nous avons ces savoir-faire sur le territoire, faisons-le savoir !
- Vous programmez aussi 6 concerts jeune public, voire très jeune public…

« Cocon Lyrique » un des 3 bébé-concert destinés aux 0-3 ans. © Les Flâneries Musicales de Reims
C’est un type de concert qui a été initié ici il y a 3 ans. Je trouve essentiel qu’il y ait des festivals, des spectacles, des concerts pour des jeunes, des enfants, des tout-petits. Nous avons des concerts pour les 0-3 ans en famille, car un festival doit s’adresser à tout le monde. Assister à un concert à 6 mois, cela peut sembler de prime abord compliqué. Mais les enfants sont assez fascinés par les artistes. Ceux-ci doivent bien évidement savoir s’adresser à des publics aussi jeunes, c’est un vrai savoir-faire mais ça marche extraordinairement bien, au point de nous donner envie d’en faire plus. Nous allons poursuivre aussi pour les enfants d’école primaire avec La Belle éveillée. C’est projet que nous montons avec la Cité des compositrices et Héloïse Luzzati (direction et violoncelle). C’est une version de la Belle au bois dormant repensée pour être plus en adéquation avec le monde d’aujourd’hui et transmettre aux plus jeunes le lien au monde, à l’environnement et la place des femmes dans la société. Avec l’intervention d’une actrice (Marie Oppert de la Comédie française) et un dessinateur (Pierre Cre’ach), ce spectacle sur lui aussi une dimension pluridisciplinaire.
Les élèves du collège Gabriel-Péri d’Aubervilliers auront la chance, grâce au dispositif Culture et Art au collège mis en place par le Département, de chanter un oratorio imaginé par Les Lunaisiens dans la basilique après une année de travail de sensibilisation à la musique classique.
- Le festival compte deux résidences, Il Carravaggio et La Néréide. Quel est leur rôle ?
Dans la résidence ce qui est important c’est que ces artistes soient impliqués dans nos projets d’éducation artistique et culturelle. Ils ne doivent pas uniquement jouer dans la basilique ou la Maison d’éducation de la Légion d’honneur, mais aussi participer à nos actions dans une douzaine de lycées d’Île-de-France dont plusieurs de Seine-Saint-Denis. Ils vont à la rencontre de ces publics assez éloignés de la musique classique et leur font découvrir ce que c’est, ce que ça représente, d’où ça vient et où ça va. Par exemple, nous leur montrons que certaines manières d’écrire la musique aujourd’hui, y compris dans le rap sont identiques à ce qu’on peut retrouver dans la musique du XVIIe siècle. Cela permet d’aiguiser la curiosité et l’écoute. Et pour les musiciens, cela les conforte dans ce travail de médiation car aujourd’hui les artistes doivent aussi savoir faire ce travail de médiation culturelle, en prise avec ce public.
- Pourquoi avoir choisi de proposer un concert avec les jeunes élèves du CRR 93 (Conservatoire à rayonnement régional d’Aubervilliers-La Courneuve) ?
Ils seront réunis avec des élèves du pôle supérieur de Boulogne-Billancourt. Ce que j’aime cette rencontre entre des élèves de territoires différents, et que chacun aille jouer dans le territoire de l’autre. Le 2 juillet ils donneront un concert dans la basilique et le lendemain au Théâtre Montfort, qu’on rejoint grâce à la ligne 13 et à la musique !
- C’est une manie d’aller chez les autres, à l’Académie Fratellini, au Théâtre Montfort !
On aime aller chez les autres ! (rires) On aime travailler ensemble et se retrouver… Les coopérations sont essentielles, pour nourrir notre expression artistique, pour des raisons économiques également et des questions de public, de diffusion.
- Il y a beaucoup de voix dans votre programmation, pourquoi ?

3 artistes lyriques habituées du Festival le même soir : Cyrielle Ndjiki Nya, Karine Deshayes et Eva Zaïcik. © Capucine de Chocqueuse – Aymeric Giraudel – Victor Toussaint
C’est un choix délibéré, assumé, revendiqué ! Dans la basilique, le lieu phare de notre festival, la voix est l’instrument qui est le plus en adéquation avec ce lieu, son acoustique, son histoire. Il y a une évidence à ce que la voix soit l’instrument phare qui conduise la programmation. Ça a été largement le cas dans le passé, mais je considère que ça doit l’être encore plus. Et la voix permet une infinité de choses. Quelqu’un qui chante peut se déplacer, être dans différents endroits, se combiner avec tous les instruments possibles et imaginables, il peut chanter seul, avec 100 autres… Des possibilités immenses que peu d’instruments proposent. C’est pour cela qu’on aura du récital, du chœur a capella, du chœur avec orchestre, dans de la musique classique, musique improvisée… C’est ce qui offre une plus large palette. Et la voix parle à tous les publics. Elle a un effet fédérateur et universel, c’est donc ce qui va nous guider et assoir l’identité du festival.