Nadia Melliti, la jeune première
- Elle a été sacrée meilleure actrice au festival de Cannes pour son tout premier rôle dans « La Petite Dernière », de Hafsia Herzi.
- Pourtant, la jeune femme, tout sauf strass et paillettes, poursuit ses études de prof d’EPS à Bobigny, sans délaisser sa nouvelle carrière d’actrice.
- Celle qui a grandi à Romainville pourrait bien être récompensée une nouvelle fois à l'occasion des Césars 2026, jeudi prochain.
Votre vie a-t-elle beaucoup changé depuis le succès de « La Petite Dernière » ?
Oui, ce serait un mensonge de dire que non. Après, je ne pense pas que ma personne ait changé, je l’espère en tout cas. Mais ce qui change, c’est la question de l’anonymat, le fait d’être exposée et d’être reconnue.
Qu’est-ce qui vous avait plu dans le scénario de « La Petite Dernière », avant même d’être choisie ?
Quand j’ai rencontré cette directrice de casting, au Pont Neuf, c’est ma curiosité qui m’a interpellée. Elle m’a brièvement raconté l’histoire et j’ai compris que ça allait être un personnage compliqué, un personnage intéressant à voir au cinéma. Ensuite, j’ai lu le roman de Fatima Daas, dont est issu le film, et j’ai adoré. J’ai été touchée par ces questions d’identité, de spiritualité, d’acceptation de soi-même. Et aussi par sa forme d’écriture que j’ai trouvée très poétique.
Comment êtes-vous rentrée dans le personnage de Fatima, vous qui n’aviez jamais fait de cinéma auparavant ?
Je ne sais pas. Ça part d’une volonté de bien faire les choses et d’être à la hauteur de la confiance qui m’a été attribuée. Je suis de nature assez compétitive et je n’avais pas envie de me retrouver à la place du rêve de quelqu’un d’autre. Donc j’ai fait les choses à fond : par exemple, Fatima est un personnage taiseux. Donc au préalable je n’ai dit à personne que j’allais jouer dans un film, pas même à ma famille ou mes amis, parce que j’avais besoin de me retrouver dans la même énergie de solitude que Fatima. Je pense que sur le plateau, ça m’a beaucoup aidée.
« L’enfance, c’est fondamental »
Pourquoi, alors que d’autres dans la même situation laisseraient tout tomber, voulez-vous continuer vos études de STAPS à Bobigny ?
Parce que le sport a toujours occupé une part essentielle dans ma vie et que je pense qu’il peut servir à d’autres. Longtemps, j’ai voulu devenir professionnelle de foot, mais j’ai malheureusement connu une grosse blessure qui m’a même un temps laissée en fauteuil roulant (fracture péroné-malléole). Mais j’ai alors réalisé que le sport équilibrait aussi ma vie en termes de relations sociales, d’ouverture au monde. Donc je veux aussi faire passer ça à d’autres jeunes. Parce que l’enfance pour moi c’est fondamental, c’est là que tout se construit.
Comment était la vôtre à Romainville ?
Très belle. Le sport a très tôt été pour moi un moyen d’émancipation. On me disait de chanter, de jouer d’un instrument, mais ça ne m’intéressait pas du tout, j’avais besoin de me dépenser. Donc ma mère m’a inscrite au club de foot des Lilas. J’y ai fait 4 ans en DSR U15 avant de partir pour le PSG. Ensuite est survenue ma blessure. Mais finalement, avec le cinéma et le professorat de sport, j’ai su me réinventer un rêve, et c’est ça le plus important.
Propos recueillis par Christophe Lehousse
Photo: ©Lucas Sellier